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La France sous tension pour une nouvelle journée de manifestations

La France vit samedi une nouvelle journée de mobilisations sociales, avec plusieurs manifestations et de possibles destructions et pillages, une semaine après les graves violences qui avaient secoué le pays et dont les images ont fait le tour du monde.

Plus de 70.000 policiers et gendarmes sont mobilisés, soit près de 20 % de plus que la semaine précédente.

Ce deuxième acte agrège une fois encore différents mouvements, des lycéens aux syndicats en passant par les gilets jaunes, dans un climat social et politique délétère à six mois de l’élection présidentielle, et alors que la situation de la France, en pleine dérive budgétaire, est devenue un sujet de préoccupation en Europe.

Face aux risques de débordements, les autorités ne souhaitent autoriser que les manifestations chapeautées par les syndicats. Elles ont multiplié les interdictions de rassemblements ou les couvre-feu, se faisant accuser de dérive autoritaire par la gauche radicale qui tente d’exploiter politiquement les manifestations.

Plusieurs défilés aux parcours strictement définis sont prévus dans plusieurs villes. À Paris, les autorités ont finalement interdit le parcours qui avait été accordé jeudi, et ont proposé une alternative que les syndicats ont refusée. Ils ont saisi la justice et maintenu leur appel à rassemblement sur le parcours initial.

Dans certaines agglomérations, les rassemblements sont interdits, comme dans le centre-ville de Lyon, Mulhouse, Nancy ou Besançon (est).

Dans la capitale comme ailleurs, des commerçants apeurés ou en colère ont protégé leurs vitrines de plaques de bois pour tenter de décourager les pillards, qui ont sévi massivement la semaine dernière et éclipsé la forte mobilisation des manifestants contre « la vie chère », au nombre de 550.000 à 800.000 personnes.

Les images de violences ont fait le tour du monde : boutiques saccagées, commerçants brutalisés, pillards vêtus de noir fuyant les bras chargés de marchandises, et même la mairie de Limoges (centre) incendiée.

Les chambres de commerce et d’industrie ont appelé les commerçants à « tirer le rideau » et « laisser faire la police », leur responsable Alain Di Crescenzo se disant « pas du tout rassuré », alors que certains commerçants se seraient armés.

Plusieurs musées parisiens particulièrement prisés des touristes resteront fermés, comme ceux du Louvre ou d’Orsay, et seront protégés par des militaires de l’armée de Terre, redéployés à partir de l’opération antiterroriste Sentinelle.

Le gouvernement, qui a ordonné un net renforcement samedi de la présence policière, a alerté contre de très nombreux appels de l’ultragauche et de l’extrême gauche à commettre des exactions.

Orléans

Le site d’ultragauche nantais (ouest) contre-attaque.net appelle par exemple, après le 17 octobre qualifié de « journée la plus révolutionnaire que la France ait connue depuis des décennies », à « être +comme l’eau+, insaisissables, imprévisibles, pour déjouer les dispositifs » policiers.

La tension générale dans les pays est encore accrue au lendemain d' »un attentat terroriste raciste », selon les mots du président Emmanuel Macron, qui a fait un mort et cinq blessés, en région parisienne.

La ville d’Orléans (centre) risque aussi d’être le théâtre de violences. Le Rassemblement national (RN, extrême droite) de la favorite à l’élection présidentielle de 2027, Marine Le Pen, y tient congrès, et des activistes de gauche prévoient de manifester.

« Il y a une inquiétude immense », expliquait vendredi à l’AFP Christine, qui tient une boutique de stylos, les larmes aux yeux et la gorge nouée, sans vouloir donner son nom.

À six mois de l’élection présidentielle, La France insoumise (LFI), le parti de gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon, essaye de surfer sur les différentes revendications sociales pour imposer son agenda alors que les différents sondages donnent Marine Le Pen gagnante en 2027.

LFI « appelle partout en France à manifester pacifiquement, toutes et tous ensemble, aux côtés des organisations syndicales de salariés, étudiantes et lycéennes ». Le gouvernement accuse la formation de « jeter de l’huile sur le feu ».

Emmanuel Macron, qui a reporté un voyage prévu en Afrique la semaine prochaine, a reçu vendredi pour la première fois des représentants des lycéens, dont la mobilisation a été un des carburants des manifestations. Son entourage a promis des « décisions concrètes » pour lundi.

Ces turbulences frappent la France alors que le pays est en pleine dérive budgétaire et que son économie flageole.

« Un mouvement durable pourrait entamer la confiance, en incitant les ménages à éviter les centres-villes, les touristes à reporter leurs séjours et les entreprises à différer leurs investissements. Cela pourrait transformer une perturbation temporaire en choc économique plus durable », estime la banque ING, parlant de « cercle vicieux » pour la France.

Vendredi soir, l’agence de notation Moody’s a toutefois maintenue inchangée la note souveraine de la France, précisant néanmoins que sa décision se base sur « l’hypothèse qu’un budget de 2027 réduisant le déficit sera adopté, tandis que les coûts de financement et les tensions sociales se modéreront quelque peu dans les prochains mois ».

S.L.

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