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Recherche et technologies du futur: l’UPF University explore les frontières de l’information quantique

À l’occasion de l’ouverture de l’année académique 2026-2027 à l’UPF University, le chercheur canadien Gilles Brassard a décrypté les perspectives de l’informatique quantique. Entre calculs avancés et confidentialité des communications, le lauréat du prix Turing (l’équivalent du prix Nobel pour l’informatique) a rappelé la vulnérabilité prochaine des systèmes cryptographiques conventionnels protégeant les réseaux mondiaux.

Pendant près d’un siècle, le monde numérique s’est développé sur une abstraction mathématique, en considérant les données comme des flux logiques indépendants de la matière. Pourtant, l’information demeure avant tout un phénomène physique, soumis aux propriétés du monde subatomique. Le passage du calcul théorique à la réalité concrète des particules a ainsi marqué l’ouverture de l’année universitaire 2026-2027 à l’UPF University. Réunis sur le campus de Fès, les étudiants et le corps professoral ont reçu le Pr Gilles Brassard, chercheur à l’Université de Montréal et colauréat du prix Turing, l’équivalent du prix Nobel pour l’informatique. Le scientifique est venu exposer la remise en cause des architectures logiques actuelles dès lors que la physique fondamentale entre en jeu. En marge de sa visite, Brassard a acté le parrainage de la filière informatique à l’UPF University, liant directement l’évolution des modèles de calcul aux compétences dispensées aux futurs diplômés.

Les failles du modèle classique
Au cœur des échanges figurait une confrontation conceptuelle entre deux visions de la science informatique. D’un côté, il y a la théorie élaborée par Claude Shannon vers le milieu du siècle dernier. L’approche du mathématicien américain a permis d’édifier l’ensemble des réseaux contemporains grâce à une modélisation rigoureuse, mais totalement détachée des lois régissant la matière. De l’autre, émerge l’informatique quantique, qui réintègre précisément le comportement subatomique dans le traitement du signal. Selon l’analyse du Pr Brassard, l’erreur historique a consisté à penser l’algorithme comme une pure entité abstraite. Dès lors que les propriétés physiques des particules sont prises en considération, les principes de superposition et d’intrication cessent d’être de simples curiosités de laboratoire pour devenir des leviers opérationnels capables de transformer la manipulation des données.

L’équation entre secret et vulnérabilité
L’intégration des lois de la matière modifie en profondeur les capacités des processeurs. En premier lieu, la discipline autorise des calculs d’une complexité inédite qu’un ordinateur conventionnel mettrait des millénaires à résoudre, rendant possibles des simulations jusque-là hors de portée. En second lieu, la physique fournit un protocole de transmission dont la confidentialité peut être démontrée mathématiquement, quelle que soit la puissance de calcul détenue par un adversaire. Pourtant, le conférencier a rappelé le revers direct d’une telle avancée. Les mécanismes de sécurité déployés depuis plusieurs décennies pour verrouiller les échanges bancaires et administratifs reposent sur des fonctions mathématiques traditionnelles. Face à la puissance des processeurs quantiques, l’ensemble des clés cryptographiques en usage aujourd’hui perd son efficacité, contraignant l’écosystème numérique mondial à concevoir de nouveaux protocoles de protection.

L’obligation pour les universités de s’adapter
Devant l’ampleur des transformations annoncées, la question de la formation s’impose avec acuité. Interrogé sur le rôle des établissements universitaires, le Pr Brassard a affirmé qu’une institution d’enseignement supérieur se doit d’enseigner au moins les modules fondamentaux de la physique quantique appliquée à l’information. L’enjeu dépasse le cadre de la théorie pure pour toucher à la formation pratique des concepteurs des futurs systèmes d’information. Fondée en 2006, l’UPF University entend répondre à cet impératif à travers son plan de développement stratégique 2026-2030. Réparti sur neuf facultés et comptant plus de 50 filières, l’établissement intègre désormais les bases de l’algorithmique quantique dans son cursus d’ingénierie.

Mehdi Idrissi / Les Inspirations ÉCO

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