
La FRMF a annoncé dimanche dernier l’interdiction des noms de clubs étrangers pour les académies et écoles privées de football. Une décision qui a pris de court plusieurs acteurs de la formation, qui dénoncent un manque de concertation ou de notification préalable. Quel impact concret aura-t-elle sur les centres de formation ?
Pour l’heure, les opérateurs restent dans le flou, même si plusieurs conséquences potentielles se dessinent déjà.
La décision suscite de nombreuses interrogations dans le secteur de la formation du football. La Fédération royale marocaine de football (FRMF) a annoncé dimanche dernier l’interdiction de toute création d’académies et d’écoles portant le nom de clubs étrangers, y compris celles ayant des partenariats ou d’autres types de liens avec ces derniers. Une orientation destinée, selon l’instance fédérale, à renforcer la formation et l’encadrement national et à instaurer un principe d’autonomie des structures privées. Pour les acteurs concernés, reste désormais à savoir comment cette mesure sera appliquée et, surtout, ce qu’elle changera pour les académies déjà implantées au Maroc.
Selon une source des Inspirations ÉCO opérant au sein d’une structure de formation ayant requis l’anonymat, les acteurs du secteur n’ont pas été préalablement notifiés de la décision. Ils l’ont découverte au moment de sa publication et cherchent désormais à en connaître les modalités d’application. Notre interlocuteur déclare avoir saisi la Direction technique nationale (DTN) afin d’obtenir davantage de visibilité sur la situation, car plusieurs inconnues subsistent. La mesure concernera-t-elle uniquement les futures créations ou également les structures déjà en activité ?
Ces dernières devront-elles changer de nom ? Et, le cas échéant, dans quel délai ?
À ce stade, notre source indique ne disposer d’aucune visibilité sur un éventuel changement de dénomination des structures concernées.
Derrière les licences, un transfert de savoir-faire
L’annonce intervient quelques jours après la publication d’un cahier des charges comportant plusieurs critères et prérequis pour les académies et écoles privées. Or, selon notre source, l’interdiction des noms de clubs étrangers n’y était pas mentionnée. Pour les professionnels de la formation footbalistique, l’enjeu est désormais de comprendre l’articulation de cette nouvelle orientation avec le cadre réglementaire applicable, notamment la loi 30-09 relative à l’éducation physique et aux sports.
Les académies liées à des clubs internationaux reposent sur un modèle dans lequel l’activité demeure essentiellement marocaine. «Toutes les académies au Maroc sont marocaines», assure notre source. L’opérateur est local, tout comme l’encadrement administratif et les éducateurs. Le lien avec le club étranger prend généralement la forme d’un contrat de licence permettant d’accéder à une méthodologie et à un savoir-faire, avec notamment le déploiement d’un responsable technique du club. C’est précisément sur ce volet que la décision pourrait avoir des répercussions plus profondes si son application venait à dépasser la seule utilisation des marques étrangères.
Depuis plus d’une décennie, plusieurs enseignes internationales se sont développées au Maroc. PSG, FC Barcelone et Juventus figurent parmi les clubs présents dans ce paysage, tandis que le Real Madrid intervient à travers sa fondation. Arsenal était, quant à lui, présent sur le territoire jusqu’en 2016, avant de réorienter sa stratégie de formation à l’étranger exclusivement vers l’Asie et l’Amérique du Nord. L’Olympique lyonnais a, de son côté, développé des partenariats avec des clubs marocains, notamment le FUS et l’IRT. Pour les opérateurs locaux, l’intérêt d’une licence internationale est double.
Elle permet de bénéficier de l’aura d’un grand club, mais aussi et surtout d’importer une méthodologie. Les éducateurs restent marocains, mais peuvent être formés selon les méthodes développées par les clubs partenaires. Cette diversité des approches constitue, selon notre source, l’un des apports du modèle. Les différentes licences donnent accès à des approches et des savoir-faire distincts, qui viennent enrichir l’encadrement technique disponible localement.
Les partenariats également concernés ?
La question est donc de savoir si l’interdiction portera essentiellement sur la dénomination ou si elle remettra également en cause ces relations. La formulation de la FRMF interpelle à cet égard, puisque son communiqué mentionne également les académies et écoles disposant de «partenariats» ou de «tout autre type de liens» avec des clubs étrangers. Ce point pourrait élargir considérablement la portée de la mesure.
Les partenariats avec des formations étrangères ne sont en effet pas l’apanage des seules académies privées. Des clubs de première et deuxième divisions entretiennent eux aussi ce type de relations. L’exemple de l’Olympique lyonnais, lié notamment au FUS, pose ainsi la question du périmètre exact de la décision. S’agit-il uniquement d’empêcher qu’une école privée utilise le nom d’un club étranger ou de revoir plus largement les partenariats techniques conclus avec des formations internationales ?
Une clarification apparaît d’autant plus nécessaire que le secteur distingue les structures formelles des nombreuses écoles évoluant dans un environnement plus diffus. Certaines utilisent des logos ou des références à des clubs étrangers sans disposer nécessairement des droits correspondants. À l’inverse, les opérateurs sous licence disposent de relations contractuelles leur permettant d’exploiter une marque et d’accéder à son savoir-faire. Cette distinction pourrait être déterminante dans la mise en œuvre du nouveau dispositif. Les académies internationales ne représenteraient, selon les estimations de notre source, que 3 à 4% des structures de formation. Leur empreinte n’est toutefois pas négligeable.
Au moins 10.000 enfants fréquenteraient les écoles de football concernées. Il ne s’agit pas, pour l’essentiel, de centres de formation destinés à alimenter directement le football professionnel, mais d’écoles participant à l’animation et à l’apprentissage du sport. Le développement de ces structures depuis une dizaine d’années s’est également accompagné de créations d’emplois. Les opérateurs font travailler des éducateurs, responsables techniques et personnels administratifs marocains.
Par ailleurs, la récente décision de la FRMF pourrait impacter l’ouverture internationale proposée aux jeunes pratiquants. L’appartenance aux réseaux de certains clubs permet ainsi aux académies marocaines de participer à des événements organisés à l’étranger, à l’image de la Juventus Academy World Cup ou de la Paris Academy World Cup. Une rupture complète des liens avec les clubs internationaux pourrait donc également remettre en cause ces possibilités.
Incertitude
À court terme, le principal enjeu reste donc la définition des modalités d’application de la récente décision. Un simple changement de nom n’aurait évidemment pas les mêmes conséquences qu’une remise en cause des licences, des partenariats et des méthodologies qui les accompagnent.
Les acteurs concernés attendent notamment de savoir si un délai de mise en conformité sera accordé et quelle en sera la durée. Ils cherchent également à déterminer si les structures existantes seront concernées au même titre que les futures créations. Le défi sera désormais de concilier la volonté de la FRMF de renforcer l’encadrement au niveau national avec les acquis développés au cours de la dernière décennie en matière de transfert de savoir-faire.
La portée réelle de la décision ne dépendra donc pas de la disparition éventuelle de quelques logos, mais du sort réservé aux méthodologies, licences et partenariats qui ont accompagné le développement de ces structures au Maroc.
Rabei Benkiran





