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Portrait. Otmane Quabil, la maîtrise du risque comme métier

À 40 ans, Otmane Quabil a derrière lui quatorze années passées à examiner les comptes, à décrypter les risques et à accompagner les entreprises dans leur organisation. Expert-comptable, commissaire aux comptes et associé chez CLA Expact, il a fait du contrôle interne et de la transmission des compétences deux dimensions essentielles de son métier. Avec une attention particulière portée à ce qui se passe, dans les entreprises, une fois les procédures écrites et les consultants repartis.

Une procédure peut être parfaitement rédigée et ne servir à rien. Il suffit qu’elle soit mal comprise, rarement appliquée ou que personne ne sache véritablement à qui revient la responsabilité du contrôle. Dans les banques comme dans les entreprises industrielles, Otmane Quabil connaît bien ces situations. Elles occupent une bonne partie de son quotidien professionnel.

Son métier ne consiste pas seulement à vérifier que les règles existent. Il cherche à savoir si elles sont adaptées aux risques, si les responsabilités sont clairement établies et si les équipes disposent des moyens nécessaires pour les appliquer. Car entre un dispositif de contrôle présenté dans un rapport et son fonctionnement au quotidien, l’écart peut être considérable.

À 40 ans, cet expert-comptable et commissaire aux comptes, aujourd’hui associé chez CLA Expact à Casablanca, a construit son expérience autour de ces questions. Depuis quatorze ans, il intervient auprès d’organisations de tailles et de secteurs différents, avec une connaissance particulièrement approfondie de l’environnement bancaire.

Une formation internationale, une première école bancaire

Son parcours débute entre la France et le Royaume-Uni. Diplômé du Master Comptabilité Contrôle Audit de l’IAE Lyon, il complète sa formation par un MSc Accounting and Finance à Aston University, obtenu avec distinction. À Birmingham, où il commence sa carrière, il se familiarise avec l’audit financier et l’analyse des risques. Cette première expérience britannique est suivie d’un retour au Maroc et d’une entrée dans le département Banque, Assurance, Finance et Immobilier d’un grand cabinet international. Les missions s’enchaînent alors dans un secteur où la fiabilité de l’information financière et la maîtrise des risques sont soumises à des exigences particulièrement strictes. Commissariat aux comptes de banques commerciales, audit de comptes consolidés selon les normes IFRS, opérations de due diligence, Otmane Quabil se forge une expérience au contact des directions financières et des groupes bancaires.

Son activité prend également une dimension africaine. Il participe à des missions pour des groupes bancaires panafricains au Niger, au Togo et en Côte d’Ivoire, ainsi qu’à une étude de convergence IFRS menée pour le compte du régulateur bancaire. Mais c’est dans la suite de son parcours que son expertise prend une orientation plus opérationnelle. Après avoir audité les comptes et examiné les dispositifs existants, il accompagne les établissements dans la transformation de leurs systèmes et de leurs méthodes de travail.

Il intervient notamment sur des projets de déploiement de systèmes bancaires et de trading, en assistance à maîtrise d’ouvrage comptable. Il dirige également un projet de mise en œuvre de la norme IFRS 9 et participe à la rédaction de manuels comptables, à la définition de schémas d’interprétation et aux phases de recette. Ces missions exigent une connaissance des normes, mais également une compréhension précise du fonctionnement des outils informatiques. Il ne suffit pas de connaître le traitement comptable attendu : encore faut-il pouvoir le traduire dans les systèmes, tester les écritures produites et accompagner les équipes dans l’utilisation des nouveaux dispositifs.

Quand les risques dépassent le cadre bancaire

Cette expérience constitue aujourd’hui une part importante de son activité chez CLA Expact, cabinet d’audit, d’expertise comptable, de conseil et de services juridiques, membre du réseau international CLA Global, présent dans plus de vingt-cinq pays. Au sein du cabinet, Otmane Quabil intervient sur des missions de conseil en organisation et en maîtrise des risques, d’accompagnement IFRS et de consolidation, mais également d’évaluation d’entreprises et de structuration de groupes.

La banque reste un domaine qu’il connaît particulièrement bien. Son expérience du contrôle permanent, des cartographies des risques comptables, du suivi des comptes sensibles et des dispositifs de prévention de la fraude lui permet d’intervenir sur des sujets où les contraintes réglementaires laissent peu de place à l’improvisation. Mais il retrouve désormais ces mêmes problématiques dans l’industrie, la distribution, l’immobilier ou les groupes familiaux. Les entreprises se développent, les opérations se multiplient, les responsabilités se répartissent entre plusieurs équipes. Les habitudes de fonctionnement qui convenaient à une petite structure peuvent alors devenir insuffisantes. « Une entreprise de cent personnes rencontre les mêmes risques qu’une banque. Simplement, personne ne lui demande de les formaliser. Quand elle le découvre, c’est souvent après l’incident », explique-t-il.

La remarque résume une partie de son approche. Dans de nombreuses entreprises, les questions de contrôle interne sont abordées lorsqu’un problème a déjà été constaté, qu’il s’agisse d’une anomalie comptable, une fraude, une difficulté dans la gestion des achats ou du patrimoine, ou encore une défaillance dans la circulation de l’information. Otmane Quabil intervient précisément pour éviter que ces situations ne se reproduisent. Il s’agit de comprendre comment les opérations sont réalisées, de repérer les risques et de déterminer les contrôles nécessaires. Qui valide une dépense ? Qui vérifie l’exactitude d’une écriture ? Comment une anomalie est-elle signalée ? À quelle fréquence les contrôles doivent-ils être réalisés ? Des questions simples en apparence, mais auxquelles les organisations n’apportent pas toujours de réponses suffisamment précises.

Former ceux qui devront prendre le relais

Otmane Quabil accorde autant d’importance à la manière dont un dispositif est utilisé qu’à sa conception. C’est aussi ce qui explique la place occupée par la formation dans son parcours. Depuis 2014, il enseigne auprès d’étudiants de master, notamment les normes IFRS et la consolidation. Il accompagne également les étudiants dans la préparation de leurs projets de fin d’études. Une activité qu’il poursuit parallèlement à ses missions en entreprise.

Au sein de CLA Expact, cette dimension pédagogique se traduit par une offre de formation comprenant vingt-six modules. Les thématiques vont du contrôle permanent bancaire aux normes IFRS, en passant par la consolidation, l’élaboration des procédures, le contrôle de gestion et les applications professionnelles de l’intelligence artificielle générative. Il a notamment formé cinquante-cinq collaborateurs d’un établissement bancaire au contrôle permanent et animé un parcours certifiant consacré aux IFRS pour des professionnels du secteur privé. « Un dispositif que personne ne comprend ne tient pas six mois. Former n’est pas une politesse, c’est la dernière étape de la mission », insiste-t-il. La formation n’intervient donc pas uniquement pour familiariser les collaborateurs avec de nouvelles règles. Elle doit leur permettre de comprendre les raisons des contrôles, d’en maîtriser les modalités et de savoir comment agir face à une situation inhabituelle. Une fois la mission terminée, ce sont eux qui devront faire fonctionner les procédures, identifier les écarts et prendre les décisions nécessaires. Pour Otmane Quabil, leur capacité à le faire compte autant que la qualité du travail réalisé en amont.

Le goût de la régularité

En dehors de ses activités professionnelles, Otmane Quabil partage son temps entre sa vie de famille et le sport. Il pratique le tennis depuis dix-huit ans, une fidélité à laquelle s’ajoutent des entraînements en arts martiaux et en endurance. Ces activités occupent une place régulière dans son quotidien. Elles demandent du temps, de la discipline et une progression qui se construit sur la durée. Une constance que l’on retrouve dans son engagement pour l’enseignement, poursuivi depuis plus de dix ans, parallèlement à une carrière de consultant.

À l’heure où les métiers de l’audit et de l’expertise comptable connaissent de profondes évolutions, Otmane Quabil s’intéresse aussi aux transformations que l’intelligence artificielle pourrait introduire dans les pratiques professionnelles. Les rapprochements comptables, les contrôles de masse ou les revues de cohérence font partie des travaux susceptibles d’être progressivement automatisés. Le changement pourrait être important pour des professions qui consacrent encore beaucoup de temps à la vérification et au traitement de données. Il y voit cependant une évolution de la nature du travail plutôt qu’une disparition de l’expertise humaine. L’automatisation de certaines tâches devrait laisser davantage de place à l’analyse, à la conception des dispositifs et au jugement professionnel. La responsabilité des décisions, elle, continuera d’incomber aux professionnels.

CLA Expact investit dans ces nouveaux usages, qu’Otmane Quabil entend développer dans le cadre de ses activités de conseil et de formation. Pour celui qui a commencé sa carrière dans l’audit financier avant de se tourner vers l’organisation et la maîtrise des risques, ce nouveau chantier prolonge finalement une préoccupation ancienne : faire en sorte que les outils, les procédures et les compétences avancent ensemble. Car les méthodes changent, les technologies progressent et les exigences se renforcent, mais une difficulté demeure dans les entreprises : passer de ce qui est prévu à ce qui est réellement fait. C’est sur cette distance, souvent sous-estimée, qu’Otmane Quabil a bâti l’essentiel de son métier.

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