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Législatives 2026: bulletins, sièges, quotient électoral… le guide du vote

Le 23 septembre 2026, plus de 15,8 millions de Marocains sont appelés aux urnes pour élire les 395 membres de la Chambre des représentants. Un scrutin à un tour, à la proportionnelle de liste, qui détermine non seulement la composition du Parlement, mais aussi la future majorité gouvernementale. Mais que vote-t-on exactement ? Comment un bulletin se transforme-t-il en siège ? Quelles sont les nouvelles règles de moralisation introduites pour ce scrutin ? Quels mécanismes encouragent l’émergence de jeunes élus et de représentants de la diaspora ? Et surtout, comment voter sans se tromper, que l’on soit au Maroc ou à l’étranger ? Des sièges à pourvoir aux bulletins nuls, du quotient électoral au vote par procuration, voici le mode d’emploi complet du vote.

Ce qui se joue

Les électeurs marocains élisent les 395 députés de la Chambre des représentants, la chambre basse du Parlement, pour un mandat de cinq ans.

Le mode de scrutin est le suffrage universel direct, au scrutin de liste à la représentation proportionnelle suivant la règle du plus fort reste, sans panachage ni vote préférentiel.

Concrètement, l’électeur ne vote pas pour un candidat individuel, mais pour une liste présentée par un parti politique. Les sièges sont ensuite répartis entre les listes en fonction du nombre de voix obtenues, et attribués aux candidats dans l’ordre de leur classement sur la liste.

Pourquoi c’est important : C’est cette élection qui désigne la majorité parlementaire, laquelle nomme ensuite le chef du gouvernement. Le vote du 23 septembre est donc bien plus qu’une simple élection de députés. Il détermine la couleur politique de l’Exécutif pour les cinq prochaines années.

Le précédent de 2021 :

Le RNI était arrivé en tête avec 102 sièges, suivi du PAM avec 87 sièges et de l’Istiqlal avec 81 sièges. Ces trois formations avaient formé une coalition gouvernementale disposant de 270 sièges sur 395. Le PJD, qui avait dirigé le gouvernement pendant dix ans, s’était effondré de 125 à 12 sièges.

Les chiffres de 2026

Pour ce scrutin, 28 formations politiques sont en lice (dont une coalition constituée pour l’occasion), auxquelles s’ajoutent deux listes sans appartenance politique. 1.850 listes de candidatures ont été déposées à l’échelle nationale, totalisant 7.288 candidats, dont 2.658 femmes (36,47%). Les listes régionales, exclusivement féminines, comptent 1.783 candidates réparties sur 235 listes. Les listes locales, elles, totalisent 5.505 candidats répartis sur 1.615 listes.

Pourquoi c’est important : ces chiffres donnent la mesure de la compétition. Dans certaines circonscriptions, le nombre de listes en lice dépasse largement le nombre de sièges à pourvoir, ce qui rend la répartition des restes d’autant plus décisive.

Un scrutin placé sous le signe de la moralisation

Ce scrutin législatif est marqué par une série de réformes introduites dans le cadre de la loi organique n° 53.25, visant à renforcer l’intégrité du processus électoral. Plusieurs dispositions nouvelles méritent d’être connues des électeurs.

Des conditions d’éligibilité durcies. Toute personne poursuivie en flagrant délit ou condamnée, même en première instance, pour certains délits se voit interdire la candidature. L’objectif affiché est d’écarter les candidats dont le profil pourrait entacher la crédibilité du scrutin.

Des sanctions renforcées. Sur les 32 articles que compte la loi, 28 ont été modifiés. Les peines et les amendes ont été doublées, et certaines infractions électorales ont été requalifiées en crimes. La fraude, la corruption et l’achat de voix sont désormais punis avec une sévérité accrue.

L’encadrement des réseaux sociaux et de l’intelligence artificielle. Une des innovations majeures de ce scrutin réside dans la criminalisation de l’usage malveillant des réseaux sociaux, de l’IA et des plateformes numériques pour diffuser de fausses informations ou des contenus falsifiés. Toute utilisation de ces outils pour manipuler l’opinion ou discréditer un candidat est désormais passible de poursuites.

L’isoloir ouvert. Une mesure pratique mais symbolique : le vote doit désormais s’effectuer dans un isoloir ouvert du côté opposé aux membres du bureau. L’objectif est d’empêcher la photographie du bulletin, pratique qui avait été observée lors de précédents scrutins et qui portait atteinte au secret du vote.

Pourquoi c’est important : ces dispositions traduisent une volonté affichée de «moraliser» la vie politique. Elles signifient aussi que les électeurs et les candidats évoluent dans un cadre juridique plus strict, où les infractions sont plus lourdement sanctionnées.

Des incitations financières pour renouveler la classe politique

Pour encourager l’émergence d’une nouvelle génération d’élus, le législateur a prévu des mécanismes de soutien financier ciblés.

Contribution de l’État aux dépenses de campagne. Les listes composées de candidats de moins de 35 ans — qu’ils soient affiliés à un parti ou indépendants — peuvent bénéficier d’une contribution de l’État couvrant jusqu’à 75% de leurs dépenses de campagne, dans la limite de 500.000 dirhams par candidat. Cette mesure vise à lever l’obstacle financier qui pèse souvent sur les jeunes candidats.

Soutien majoré par siège remporté. Le soutien financier accordé par siège remporté est porté à 6 fois le montant accordé pour les autres candidatures, contre 5 fois auparavant, pour les jeunes et les Marocains résidant à l’étranger. Concrètement, un jeune élu ou un élu MRE rapporte davantage à sa formation, ce qui incite les partis à investir sur ces profils.

Pourquoi c’est important : ces mécanismes ne relèvent pas de la simple symbolique. Ils modifient le calcul des partis et des candidats, en rendant plus attractif l’investissement sur les jeunes et les MRE. Ils visent à corriger une tendance lourde : la sous-représentation des jeunes et des compétences de la diaspora dans les instances élues.

Combien de sièges, et où sont-ils attribués ?

Sur les 395 sièges à pourvoir :

305 sièges sont attribués dans les circonscriptions électorales locales

90 sièges sont attribués dans les circonscriptions électorales régionales

Les circonscriptions locales sont créées par décret, qui fixe également le nombre de sièges attribués à chacune d’elles, en tenant compte de l’équilibre démographique, de l’aspect spatial et du caractère homogène du ressort territorial.

La grande nouveauté de ce scrutin : depuis la réforme introduite par la loi organique n° 53.25, les listes présentées dans les circonscriptions régionales sont exclusivement composées de femmes. Les femmes conservent toutefois le droit de se porter candidates dans les circonscriptions locales.

Ce que cela change concrètement : cette mesure vise à garantir une présence féminine minimale au Parlement, indépendamment des résultats dans les circonscriptions locales. Elle s’accompagne d’un mécanisme de remplacement : en cas de vacance d’un siège régional, il est pourvu par la candidate suivante sur la même liste. Les listes régionales étant exclusivement féminines, le siège reste occupé par une femme.

Comment connaître le nombre de sièges de sa circonscription

Le nombre de sièges attribués à chaque circonscription locale est fixé par décret, publié au Bulletin officiel. Pour connaître le nombre de sièges de votre propre circonscription, vous pouvez consulter ce décret, ou vous renseigner auprès de votre commune, de votre préfecture ou de votre province.

Pourquoi c’est important : savoir combien de sièges sont à pourvoir dans sa circonscription permet de mieux comprendre l’enjeu de son vote. Une circonscription de 4 sièges avec 20 listes en lice ne se comporte pas comme une circonscription de 2 sièges avec 8 listes.

Le mode de scrutin, expliqué simplement

La répartition des sièges repose sur un mécanisme en deux temps : le quotient électoral, puis la règle du plus fort reste.

Étape 1 – Le quotient électoral
Le quotient est obtenu en divisant le nombre d’électeurs inscrits dans la circonscription par le nombre de sièges à pourvoir.
Chaque liste obtient autant de sièges que son score contient de fois ce quotient.

Étape 2 – La règle du plus fort reste
Les sièges restants sont attribués aux listes qui, sans avoir atteint le quotient, s’en approchent le plus. On classe les restes du plus fort au plus faible, et on attribue les sièges dans cet ordre jusqu’à épuisement.

Le seuil des 6%
Aucune liste ayant recueilli moins de 6% des suffrages exprimés dans la circonscription ne participe à la répartition des sièges.

En cas d’égalité de reste
Si deux ou plusieurs listes ont le même reste, le candidat le moins âgé est élu, en tenant compte de l’ordre de classement dans la liste. En cas d’égalité d’âge, un tirage au sort désigne le candidat élu.

Un exemple concret pour comprendre :

Imaginons une circonscription de 100.000 électeurs inscrits, avec 5 sièges à pourvoir. Le quotient électoral est de 100.000 ÷ 5 = 20.000.

Liste A obtient 52.000 voix → 2 sièges au quotient, reste 12.000
Liste B obtient 28.000 voix → 1 siège au quotient, reste 8.000
Liste C obtient 15.000 voix → 0 siège au quotient, reste 15.000
Liste D obtient 5.000 voix → 5% < 6%, donc éliminée

Après attribution des sièges au quotient : 3 sièges attribués (2 pour A, 1 pour B). Il reste 2 sièges à pourvoir.

Classement des restes : C (15 000) > A (12 000) > B (8 000). Les deux sièges restants vont donc à C et A.

Résultat final : A = 3 sièges, B = 1 siège, C = 1 siège.

Ce qu’il faut apporter au bureau de vote

La carte nationale d’identité (CNIE) est le seul document exigé pour voter.

L’avis de convocation que vous avez pu recevoir, indiquant l’emplacement de votre bureau de vote, n’est pas obligatoire : il a une valeur informative, mais ne conditionne pas l’exercice du droit de vote.

Les autorités administratives locales ont distribué ces avis du 24 août au 22 septembre 2026 à 18h. Si vous ne l’avez pas reçu, vous pouvez toujours vous rendre à votre bureau de vote muni de votre CNIE.

Le vote est secret. Vous recevez un bulletin, vous vous rendez dans l’isoloir, vous faites votre choix, puis vous déposez le bulletin dans l’urne.

Horaires : les bureaux de vote sont ouverts de 8h à 19h.

Attention : deux votes, deux bulletins. Le jour du scrutin, vous recevez deux bulletins distincts : un pour la circonscription locale, un pour la circonscription régionale. Les deux doivent être remplis et déposés dans les urnes correspondantes. Ne pas voter pour l’un des deux bulletins équivaut à renoncer à une partie de votre voix.

Le vote par procuration pour les Marocains de l’étranger

Les Marocains résidant à l’étranger et inscrits sur les listes électorales générales peuvent voter par procuration.

La plateforme électronique dédiée a été ouverte du 24 août au 22 septembre 2026 à midi, accessible via www.elections.ma ou www.listeselectorales.ma.

Le principe : l’électeur résidant à l’étranger désigne un électeur ou une électrice de son choix, inscrit sur une liste électorale au Maroc, pour voter en son nom le jour du scrutin.

La procédure :

Se connecter à la plateforme

Remplir ses informations personnelles (nom, numéro de CNIE, numéro d’inscription sur la liste électorale, circonscription ou commune d’inscription, adresse)

Désigner le mandataire (nom, CNIE, numéro d’inscription)

Confirmer la procuration en ligne

Télécharger le document de procuration

Le transmettre au mandataire par courrier électronique ou postal

À noter :
– Un même mandataire ne peut pas recevoir plusieurs procurations
– La personne désignée doit être inscrite sur une liste électorale au Maroc
– Le mandataire n’est pas nécessairement inscrit dans la même circonscription que le mandant
– Les autorités locales transmettent une copie de la procuration au président du bureau de vote concerné avant le jour du scrutin

Le jour J : le mandataire vote d’abord en son propre nom, puis présente sa CNIE et la procuration pour voter au nom du mandant. Les deux votes sont distincts et comptabilisés séparément.

Point de vigilance : le mandataire doit voter en personne dans son propre bureau de vote. Il ne peut pas déléguer à son tour. Si le mandataire ne se présente pas, le vote du mandant est perdu.

Ce qui invalide un vote

Tous les bulletins ne sont pas valables. La loi organique relative à la Chambre des représentants prévoit plusieurs cas d’invalidation.

Sont nuls :

– Les bulletins portant une marque extérieure ou intérieure compromettant le secret du vote
– Les bulletins comportant des inscriptions injurieuses envers des candidats
ou des tiers
– Les bulletins portant le nom de l’électeur
– Les bulletins sans aucun signe de vote (bulletins blancs)
– Les bulletins portant des signes de vote pour plusieurs listes différentes

– Les bulletins sur lesquels des noms de listes ou de candidats ont été barrés

Le cas du vote blanc : le bulletin blanc n’est attribué à aucune liste. Il n’est donc pas comptabilisé dans les suffrages exprimés et n’affecte pas le calcul du quotient électoral. Autrement dit, voter blanc ne change rien à la répartition des sièges. Mais il est comptabilisé séparément dans les statistiques officielles : il constitue un signal politique, une expression de mécontentement qui est enregistrée, mais qui ne se traduit pas en sièges.

Point important : si un bulletin comporte plusieurs marques de vote, mais qu’elles concernent la même liste, il est considéré comme un vote valide et compte pour un suffrage. Autrement dit, marquer plusieurs fois la même liste ne rend pas le bulletin nul.

Cas particulier : si la marque de vote dépasse le cadre prévu, le vote reste valide, sauf si la marque atteint le cadre d’une autre liste ou d’un autre candidat.

Conseil pratique : pour éviter toute ambiguïté, tracez une seule marque claire dans le cadre de la liste choisie. Si vous vous trompez, demandez un nouveau bulletin au président du bureau avant de le glisser dans l’urne.

Le déroulement du dépouillement

Le dépouillement est public. À l’issue du vote, le président du bureau de vote procède, en présence des scrutateurs et des électeurs qui le souhaitent, au comptage des voix.

Les bulletins nuls et les bulletins contestés sont placés dans des enveloppes distinctes, scellées et signées. Les bulletins valides non contestés sont brûlés devant les électeurs présents après la proclamation des résultats du bureau.

Les procès-verbaux sont établis en trois exemplaires et signés par les membres du bureau. Les résultats sont ensuite transmis au bureau central de la circonscription, qui procède à l’agrégation des voix et à la proclamation des résultats définitifs à l’échelle de la circonscription.

Les résultats préliminaires sont généralement annoncés dans les heures qui suivent la clôture des bureaux. Les résultats définitifs sont proclamés par le ministère de l’Intérieur dans les jours suivants.

Le contentieux électoral :  ce qui se passe en cas de contestation

Les résultats proclamés ne sont pas définitifs en cas de contestation. Les recours sont portés devant la Chambre constitutionnelle de la Cour de cassation, qui examine les irrégularités alléguées et peut, le cas échéant, annuler l’élection d’un député.

Pourquoi c’est important : cela signifie que le processus électoral ne s’achève pas le soir du 23 septembre. Des recours peuvent être déposés dans les jours qui suivent, et des sièges peuvent être redistribués si des fraudes ou des irrégularités graves sont établies.

S.N

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