Maroc

Moulay Hafid Elalamy: « je veux des patrons riches, mais éthiques » (VIDEO)

Invité du Forum de la CGEM, l’ancien président de la Confédération générale des entreprises du Maroc a livré un plaidoyer pour un entrepreneuriat ambitieux, rigoureux et responsable. De l’internationalisation à la transmission des entreprises familiales, il a partagé dix règles tirées de son expérience, entre réussites, erreurs et leçons de management.

Il n’a pas prêché l’audace à tout prix. Devant les entrepreneurs réunis samedi dernier au Forum de la CGEM (Entrepreneurs en mouvement), Moulay Hafid Elalamy a tenu à rappeler une distinction essentielle: entreprendre avec ambition ne signifie pas se précipiter. « L’action consiste à exécuter une stratégie mûrement réfléchie et préparée. L’agitation, en revanche, consiste à se précipiter dans l’exécution d’une idée », a-t-il expliqué, invitant les chefs d’entreprise à ne pas confondre vitesse et précipitation.

L’ancien président de la CGEM, qui a salué le chemin parcouru par l’organisation et l’énergie apportée par Mehdi Tazi, a choisi de partager les enseignements de son parcours. Premier impératif: être irréprochable. Fiscalité, douane, cotisations sociales, réglementation des changes… La conformité n’est pas, selon lui, une simple formalité administrative, mais une condition pour grandir et accéder aux marchés internationaux. L’expérience de l’introduction en Bourse de son entreprise à Amsterdam, le 24 septembre 2021, lui a notamment appris que la réputation et la transparence sont scrutées dans leurs moindres détails.

Voir grand, commencer petit

Autre règle: conserver un contact direct avec les clients. Un dirigeant qui s’enferme dans son bureau finit par perdre le pouls du marché et sa capacité à anticiper les évolutions. Pour Moulay Hafid Elalamy, l’ambition doit également s’accompagner de méthode: « Voir grand et démarrer petit ». Il a évoqué deux expériences dans lesquelles des projets de développement, respectivement dans les services informatiques et la santé, ont échoué faute d’avoir suffisamment étudié le marché avant d’accélérer.

À l’inverse, son parcours dans les services d’assistance illustre le potentiel d’une croissance progressive. Parti de deux millions de dirhams de fonds propres, le projet a été restructuré autour d’une équipe resserrée avant de se développer à l’international. L’entreprise a ensuite été introduite en Bourse, avant la fusion avec Teleperformance. Une trajectoire que l’ancien ministre présente comme la preuve que des groupes de dimension mondiale peuvent émerger du Maroc, à condition de conjuguer ambition, discipline et capacité à corriger ses erreurs.

Cette ouverture vers l’international doit, à ses yeux, devenir un réflexe. La concurrence étrangère impose des exigences qui renforcent les entreprises et leur permettent de gagner en compétitivité. Mais l’expansion ne doit pas se transformer en dispersion. Changer simultanément de pays, de métier et de partenaires revient à fragiliser tous ses repères. Mieux vaut avancer par étapes, en s’appuyant sur les compétences déjà acquises.

Créer de la richesse sans renoncer à l’éthique

Sur la place de l’entrepreneur dans la société, Moulay Hafid Elalamy assume une position sans détour. « Oui, je veux des patrons riches. Je l’assume totalement. Je souhaite même que tous les entrepreneurs de la CGEM deviennent très riches. Mais je veux des patrons riches et éthiques ». Pour lui, la création de richesse ne doit pas être suspectée par principe, dès lors que les entreprises respectent leurs obligations fiscales et sociales et prennent soin de leurs collaborateurs. La richesse créée contribue alors, défend-il, aux ressources nécessaires au financement des politiques publiques et à la redistribution.

L’ancien ministre a également insisté sur la nécessité de savoir céder une entreprise lorsque les circonstances l’exigent. « Vendre n’est pas trahir », a-t-il lancé, en mettant en garde contre l’attachement excessif à l’héritage familial. Les marchés évoluent, les technologies bouleversent les modèles économiques et l’intelligence artificielle accélère ces transformations. La fidélité à une histoire ne doit donc pas empêcher de prendre les décisions nécessaires à la pérennité d’une activité.

Le choix des associés et des collaborateurs constitue un autre pilier de sa méthode. Des partenaires qui partagent les mêmes valeurs, une conception compatible du risque et une vision commune du temps sont indispensables à une collaboration durable. Il a notamment dénoncé le « coussin d’incompétence », ce mécanisme par lequel certains responsables s’entourent de profils moins performants pour préserver leur propre position. Un bon manager, estime-t-il, doit au contraire recruter des personnes capables de le contredire et de faire progresser l’organisation.

La même exigence vaut pour la succession familiale : les responsabilités doivent se mériter, et non être automatiquement transmises. Elle s’applique enfin aux prestataires extérieurs, qu’il s’agisse des avocats, des notaires, des consultants ou des banquiers. La fidélité aux relations héritées des générations précédentes ne saurait se substituer à la compétence.

Au fil de cette intervention, Moulay Hafid Elalamy a défendu une conception de l’entrepreneuriat où la réussite ne se mesure pas seulement à la taille d’un groupe ou à sa valorisation. Elle repose aussi sur la lucidité stratégique, la qualité des équipes, le respect des règles et la capacité à remettre en question ses propres choix. Une manière de rappeler que l’ambition économique ne dispense jamais de méthode ni de responsabilité.

Soufiane Laraki

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