Alors que le Real Madrid s’est empêtré dans le malaise Mbappé-Vinicius, le FC Barcelone a poliment décliné l’opération « Todos somos caballas ». Entre dogme institutionnel, prudence diplomatique et protection de Lamine Yamal, récit d’un évitement sur mesure.
Sur la pelouse de Levante, dimanche dernier, le contraste était saisissant. D’un côté, des joueurs valenciens entrés avec le t-shirt « Todos somos caballas » (« Nous sommes tous des Caballas », le sobriquet des habitants de Sebta). De l’autre, des Barcelonais en tenue d’assaut habituelle, totalement imperméables à la démarche.
L’épisode aurait pu finir au rayon des anecdotes. Mais deux jours plus tard, le film madrilène à Elche — où Kylian Mbappé, Vinicius Jr et Ibrahima Konaté ont dissimulé le t-shirt dans le tunnel avant de le jeter aux vestiaires — a braqué les projecteurs sur la trajectoire inverse choisie par le Barça.
La vitrine blaugrana n’est pas à louer
Pourquoi ce refus catégorique de la maison catalane ? D’abord pour une question d’étiquette. Notons que l’opération n’émanait ni de la Liga, ni de la Fédération espagnole (RFEF), mais de l’Association valencienne des entrepreneurs. Une initiative patronale privée, donc. Et pour la direction barcelonaise, la ligne rouge est depuis longtemps tracée : le maillot blaugrana n’a pas vocation à servir de panneau d’affichage pour des campagnes extérieures au champ sportif.
Là où le Real Madrid a opté pour une neutralité molle — en déléguant le libre choix à ses joueurs, au risque de créer la cohue visuelle et médiatique que l’on sait —, le Barça a tranché net. Pas d’initiative individuelle, pas de bricolage dans les couloirs. La consigne est tombée d’en haut : ligne institutionnelle commune, personne ne le porte. Interrogé par la suite, Joan Laporta s’est contenté de draper cette décision sous la bannière de la « liberté d’expression », botter en touche restant parfois le meilleur dribble.
Lamine Yamal, le cas d’école
Ce refus collectif avait un autre mérite, tout aussi stratégique : blinder le vestiaire. Car dans ce dossier à haut voltage diplomatique, le moindre faux pas se paye cash.
Pour les éditorialistes espagnols (El Chiringuito en tête), un nom s’est immédiatement imposé dans les débats: Lamine Yamal. Si le club avait accepté le partenariat, qu’aurait fait le jeune ailier, si attaché à ses racines marocaines ? Contrairement aux rumeurs, l’international espagnol n’a posé aucun veto. Mais en verrouillant la décision avant même le coup d’envoi, la direction a dispensé sa pépite d’un dilemme identitaire piégé et d’un lynchage médiatique garanti, quelque soit la décision qu’il aurait pris !
En esquivant l’opération valencienne avec une froideur chirurgicale, le Barça a rappelé une règle simple : en dehors des terrains, l’art du placement vaut parfois trois points.
Hicham Bennani








