Législatives: pouvoir d’achat, emploi, santé… les grandes promesses des partis

À quelques jours des législatives du 23 septembre, les partis marocains ont désormais dévoilé l’essentiel de leurs cartes. Pouvoir d’achat, emploi, santé, école, protection sociale, logement, développement territorial, ces thèmes reviennent d’un programme à l’autre. Mais derrière les mêmes urgences, les réponses et les méthodes, surtout, diffèrent.
Du RNI, qui défend la continuité et revendique son bilan, au PAM qui promet de changer la trajectoire de l’action gouvernementale, en passant par l’Istiqlal, l’USFP, le PPS, le PJD et le Mouvement populaire, les électeurs ont devant eux plusieurs visions du Maroc des cinq prochaines années.
RNI : continuer, mais avec de nouveaux engagements
Le Rassemblement national des indépendants (RNI) aborde cette campagne avec un argument que les autres formations de la majorité ne peuvent ignorer : celui du bilan gouvernemental. Son programme repose sur la poursuite des chantiers engagés depuis 2021, notamment la protection sociale, la réforme de la santé, l’éducation, l’investissement et l’emploi. Le parti veut également continuer à agir sur le pouvoir d’achat et les disparités territoriales. Son président, Mohamed Chaouki, présente le programme comme le résultat de plusieurs années de présence sur le terrain et d’écoute des citoyens.
À Rabat, lors de la présentation des grandes lignes du projet, il a parlé d’une «démarche citoyenne», fondée sur «l’écoute et la proximité avec les citoyens». À Agadir, le patron du RNI a également défendu un «programme de confiance», appelant à une campagne centrée sur les bilans, les programmes et les propositions plutôt que sur les surenchères. Il a, notamment, cité le pouvoir d’achat, l’amélioration des salaires, la réduction des disparités territoriales et le développement économique parmi les attentes auxquelles son parti veut répondre. Le RNI veut donc faire de cette élection un référendum sur la capacité à poursuivre les réformes plutôt qu’une rupture avec le modèle engagé depuis 2021. La possibilité d’un SMIG à 5.000 dirhams proposé par Chaouki est le point qui a sans doute le plus alimenté les débats autour du RNI.
PAM : changer de trajectoire
Le Parti authenticité et modernité (PAM) veut, lui, apparaître comme l’alternative principale au RNI. Son programme est organisé autour de cinq pactes : pouvoir d’achat, intégration des jeunes, citoyenneté, sécurité, croissance et durabilité. Le parti annonce des mesures concernant les prix, l’emploi, le logement et l’insertion des jeunes. Objectif : 20 engagements, un effort additionnel chiffré à 350 milliards de DH sur cinq ans, un objectif d’au moins 1 million d’emplois nets sur la mandature et une croissance moyenne de 5% entre 2027 et 2031. Bien que cela ne fasse pas partie de ses propositions initiales, le PAM s’est déclaré favorable, pendant la campagne, au relèvement du SMIG à 5.000 DH.
Le PAM part d’un constat particulièrement sévère sur la jeunesse : 300.000 élèves sortiraient chaque année du système scolaire et 2,9 millions de jeunes de 15 à 29 ans sont hors emploi, éducation ou formation (NEET). Le programme prévoit qu’un parcours d’insertion puisse prendre en charge environ 300.000 jeunes par an à pleine capacité, avec diagnostic, accompagnement et orientation vers la formation, l’emploi, le retour aux études ou l’entrepreneuriat. Il est également question de développer la formation professionnelle et lancer un dispositif de «Premier contrat de travail» pour environ 500.000 jeunes sur cinq ans. Il prévoit aussi 100.000 solutions de logement pour les jeunes entre 2027 et 2031. Fouzi Lekjaa, qui défend l’idée d’un Maroc à une seule vitesse, résume l’ambition du parti sans détour : «Nous voulons changer la trajectoire de l’action gouvernementale actuelle», estimant que celle-ci a porté atteinte au pouvoir d’achat. Le PAM veut ainsi installer une différence de méthode : moins de programmes dispersés, davantage de dispositifs intégrés autour du parcours du citoyen, de l’école à l’emploi et au logement.
Lors de sa rencontre avec la CGEM, Fouzi Lekjaa a défendu une ligne claire : «Aucune hausse de la pression fiscale sur l’entreprise». Il souhaite formaliser progressivement l’économie informelle à partir de 2027, en la faisant entrer dans un cadre déclaré, bancaire et transparent. Fouzi Lekjaa a indiqué qu’il ne s’agissait pas, dans un premier temps, de «fiscaliser l’informel». Face aux représentants du patronat, il a également insisté sur la nécessité de donner davantage de pouvoir de décision aux territoires et de simplifier les dispositifs qui freinent encore l’investissement et la création d’emplois.
Istiqlal : pouvoir d’achat, territoires et confiance
L’Istiqlal fait de la réduction des disparités et de la cohésion territoriale l’un des axes forts de son projet. Nizar Baraka défend également l’idée d’un Maroc avançant «à une seule vitesse». À Oulmès, le secrétaire général du parti a insisté sur la nécessité de faire bénéficier chaque région de la dynamique de développement et de ne pas laisser le monde rural à l’écart. Sur le pouvoir d’achat, l’Istiqlal considère que l’augmentation des revenus ne suffit pas si elle n’est pas accompagnée d’une meilleure maîtrise des prix et d’une réorganisation des circuits de distribution des produits alimentaires.
Le parti veut également renforcer la formation et l’insertion économique, tout en plaçant la famille au cœur de son projet. Mais Nizar Baraka donne à cette campagne une dimension qui dépasse l’économie. À Rabat, lors de la présentation du programme, il a évoqué une «véritable crise de confiance», en faisant notamment référence au départ massif de jeunes vers Sebta. Pour lui, la réponse ne peut se limiter à créer des emplois ou augmenter les salaires : il faut aussi restaurer la confiance dans les institutions et rendre les droits effectifs. L’Istiqlal se positionne donc sur un terrain à la fois social, territorial et politique.
USFP : faire de la jeunesse la priorité
Pour l’Union socialiste des forces populaires (USFP), la bataille électorale passe d’abord par l’emploi et la jeunesse. Le programme de l’USFP prévoit l’intégration de 200.000 jeunes chaque année sur le marché du travail, avec l’objectif de ramener le chômage des jeunes sous les 10%. Le parti veut également porter à 80% le taux d’insertion après une formation professionnelle. L’idée défendue par les socialistes est celle d’un parcours continu : orientation, formation, insertion, puis financement et accompagnement de l’entrepreneuriat.
Driss Lachgar ne cache par ailleurs pas les ambitions politiques de son parti. Le premier secrétaire de l’USFP affirme vouloir améliorer son classement, décrocher les premières places et participer au prochain gouvernement, voire le diriger. Le parti cherche ainsi à renouer avec son identité historique autour de l’emploi, de la justice sociale et des services publics, tout en mettant la question de l’insertion des jeunes au centre de son offre électorale.
PPS : une rupture assumée avec les orientations actuelles
Le Parti du progrès et du socialisme (PPS) revendique une rupture plus nette avec les choix de la majorité sortante. Son programme est présenté comme un projet progressiste et de gauche. Nabil Benabdellah insiste, notamment, sur la nécessité de répondre à la hausse des prix, au chômage et aux difficultés rencontrées par les retraités et les jeunes. Le PPS veut renforcer fortement les services publics, en particulier la santé et l’éducation.
Dans une vidéo adressée directement aux électeurs, Benabdellah a placé parmi ses priorités la construction d’hôpitaux de qualité, une protection sociale à la hauteur des attentes, une retraite digne et davantage d’opportunités professionnelles pour les jeunes. Le secrétaire général du parti s’est également attaqué aux pratiques d’achat des voix, appelant les électeurs à choisir des responsables capables d’assumer leurs engagements. Le PPS assume donc une ligne claire : davantage d’État social, davantage de services publics et une politique économique plus redistributive.
PJD : refaire l’école, changer de modèle
Le Parti de la justice et du développement (PJD) arrive avec une autre logique de rupture, particulièrement visible dans le domaine de l’éducation. Le PJD veut mettre fin au système des «Écoles pionnières» et supprimer la distinction entre ces établissements et les autres écoles publiques. Il défend l’idée d’une école publique unifiée et de qualité pour tous. Le parti prévoit également de renforcer la place de l’arabe comme langue d’enseignement, tout en maintenant une alternance linguistique pour certaines matières scientifiques et techniques et en renforçant l’enseignement de l’amazighe.
Sur le recrutement des enseignants, le PJD propose de supprimer la limite d’âge de 35 ans pour les concours. Abdelilah Benkirane mène une campagne offensive. Le secrétaire général du parti a lancé aux électeurs un défi révélateur de son état d’esprit : «Si vous trouvez un parti meilleur que le PJD, votez pour lui !» Le PJD cherche ainsi à capitaliser sur son expérience gouvernementale tout en se présentant comme une alternative aux orientations prises depuis son départ du pouvoir.
Mouvement populaire : l’emploi et les territoires
Le Mouvement populaire (MP) conserve une identité fortement liée aux territoires, au monde rural et aux questions d’équilibre régional. Son programme propose, notamment, de revoir le système d’intermédiation sur le marché du travail en combinant une plateforme nationale et des programmes régionaux adaptés aux besoins de chaque territoire. La mesure la plus spectaculaire concerne les jeunes diplômés à la recherche de leur premier emploi : le parti propose une allocation temporaire de 1.000 DH par mois pendant cette période de recherche. L’objectif affiché est de ne plus traiter le chômage uniquement comme un problème administratif, mais de rapprocher formation, investissement, besoins des entreprises et spécificités régionales.
Union constitutionnelle : santé, éducation, jeunesse
L’Union constitutionnelle (UC) veut faire de l’emploi et du pouvoir d’achat deux des principales priorités de son programme électoral. Le projet du parti repose sur une ambition résumée dans son slogan : construire «un Maroc à une vitesse», en réduisant les écarts entre les territoires et en faisant davantage profiter les citoyens des fruits de la croissance. Sur le plan économique, l’UC défend un modèle davantage tourné vers la production, l’investissement et la création d’emplois.
L’emploi des jeunes constitue l’un des axes centraux du programme. L’UC place également la santé et l’éducation parmi ses priorités, avec l’ambition d’améliorer la qualité des services publics. Son programme prévoit une réforme de l’enseignement et de l’université, un renforcement de la recherche scientifique et une politique de santé visant à garantir un accès plus équitable aux soins. La dimension territoriale constitue un autre marqueur du projet. Le parti veut donner davantage de moyens et de compétences aux régions, développer les territoires ruraux et montagneux et réduire les écarts entre les différentes parties du pays.
Derrière les programmes, six grandes batailles
À la lecture des programmes, six sujets dominent finalement cette campagne. Concernant le pouvoir d’achat, tous les partis promettent d’agir sur les revenus ou les prix, mais les réponses vont de la poursuite des politiques sociales existantes à une intervention plus forte sur les circuits de distribution. Notons que le PAM est particulièrement actif sur ce sujet. Concernant l’emploi, les chiffres sont nombreux : 300.000 jeunes intégrés chaque année pour le PAM, 200.000 pour l’USFP, une allocation de 1.000 DH pour les jeunes diplômés proposée par le MP. L’école constitue également un véritable marqueur idéologique. RNI, PAM, PPS et PJD partagent le diagnostic d’une école qui doit progresser, mais leurs réponses ne sont pas les mêmes. Le débat porte sur les méthodes pédagogiques, les enseignants, les langues et la place de l’État.
La santé est devenue une priorité électorale incontournable, qu’il s’agisse de poursuivre la réforme engagée, de renforcer l’hôpital public ou de revoir l’organisation du système. Les territoires constituent une autre ligne de fracture. L’Istiqlal parle d’un Maroc «à une seule vitesse», tandis que le RNI met en avant son travail de proximité et le MP conserve une forte orientation territoriale. Enfin, la confiance politique s’impose comme une question transversale. Nizar Baraka parle de crise de confiance, Mohamed Chaouki revendique une démarche fondée sur l’écoute, tandis que les partis d’opposition promettent une rupture plus ou moins forte avec la politique menée depuis 2021.
Le vrai test sera celui de l’exécution
C’est finalement là que se jouera la crédibilité des programmes. Les partis ont désormais appris à chiffrer davantage leurs promesses. Ils parlent d’emplois, de logements, d’allocations, de recrutements, d’investissements et de nouvelles politiques publiques. Mais derrière chaque chiffre se pose la même question : combien cela coûtera-t-il et comment le financer ? Le PAM affirme ainsi vouloir accompagner ses engagements d’un coût, de sources de financement et d’une capacité de mise en œuvre. Le RNI, lui, défend la continuité et s’appuie sur les réformes déjà engagées. Le PAM propose de changer de trajectoire. L’Istiqlal insiste sur la cohésion territoriale et la confiance. L’USFP mise sur l’emploi et la jeunesse. Le PPS revendique un État social plus interventionniste. Le PJD veut réorienter plusieurs politiques, notamment dans l’éducation. Le MP tente de se distinguer par des réponses ciblées sur l’emploi et les territoires.
Hicham Bennani







