Écoles françaises au Maroc: que valent-elles vraiment ?

Alors que le réseau d’enseignement français au Maroc continue de séduire un nombre croissant de familles, les derniers résultats de l’enquête PISA 2025 en France ravivent les interrogations sur les performances du système éducatif français. Une comparaison que l’ambassade de France au Maroc invite toutefois à tempérer. Les résultats obtenus en France ne sont pas transposables aux établissements français homologués à l’étranger.
Au Maroc, le système d’enseignement français continue d’attirer les familles, dont certaines ne lésinent pas sur les moyens pour y faire admettre leurs enfants. L’engouement est tel que l’offre s’étoffe progressivement pour répondre à une demande toujours plus importante. Adulé depuis longtemps et souvent perçu comme élitiste, le modèle français occupe une place particulière dans le paysage scolaire marocain. L’arrivée et le développement d’autres systèmes internationaux n’ont pas entamé son attractivité.
La réputation du baccalauréat français, les perspectives de poursuite d’études à l’étranger et la dimension internationale des cursus constituent toujours des arguments de poids. Mais les derniers résultats de l’enquête internationale PISA jettent un pavé dans la marre. Les performances du système éducatif français dans son ensemble sont pointés du doigt. De quoi soulever bien des interrogations, notamment celle-ci : le recul observé en France peut-il avoir une quelconque incidence sur l’appréciation de la qualité des établissements français implantés au Maroc ?
La France dans la moyenne, mais en recul
L’enquête internationale PISA, conduite sous l’égide de l’OCDE auprès d’élèves de 15 ans, avait cette année pour domaine principal les sciences. En France, 6.501 élèves issus de 289 établissements ont participé à l’évaluation, représentant environ 768.200 jeunes de 15 ans. En culture scientifique, la France obtient 483 points, soit un niveau proche de la moyenne de l’OCDE, établie à 482 points.
En compréhension de l’écrit, le score français tombe à 456 points, contre 461 pour la moyenne OCDE, tandis qu’en mathématiques, il ressort à 458 points, contre 463 pour l’OCDE. Statistiquement, la France demeure donc proche de la moyenne des pays membres dans les trois disciplines. La tendance de fond est cependant plus préoccupante.
Par rapport à l’enquête PISA 2022, la France perd 18 points en compréhension de l’écrit et 16 points en mathématiques, tandis que le recul en sciences est beaucoup plus limité, à quatre points. L’OCDE relève surtout que les performances enregistrées en 2025 comptent parmi les plus faibles jamais mesurées en France dans les trois domaines et sont nettement inférieures à celles constatées dix ans auparavant. Ces constats peuvent-ils pour autant être étendus au réseau scolaire français implanté dans le Royaume ? Pour l’ambassade de France au Maroc, la réponse est clairement négative. Sollicitée sur cette question, la représentation diplomatique française insiste d’abord sur la nécessité d’opérer une distinction entre la situation mesurée par PISA en France et celle des établissements homologués à l’étranger.
«Les résultats de l’enquête PISA en France ne peuvent pas être transposés aux établissements français homologués à l’étranger et, en particulier, au Maroc», souligne l’ambassade. Elle rappelle que PISA établit une moyenne à partir d’un échantillon d’élèves et ne reflète pas la diversité des situations existant d’un établissement à l’autre. Surtout, précise-t-elle, l’enquête «n’a pas été conduite dans le réseau de l’AEFE où les conditions d’apprentissage sont spécifiques à chaque pays d’accueil».
Plus de 99% de réussite au baccalauréat
Pour mieux apprécier cette qualité, l’ambassade met plutôt en avant un faisceau d’indicateurs, au premier rang desquels figurent les résultats aux examens nationaux et le devenir des élèves après le baccalauréat. Les établissements du réseau français au Maroc ont ainsi enregistré en 2026 un taux de réussite supérieur à 99% au baccalauréat, avec 80,7% de mentions. L’ambassade prend néanmoins soin de nuancer la portée de cet indicateur. «Si le taux de réussite au baccalauréat ne constitue pas à lui seul une mesure exhaustive de la qualité d’un système éducatif, il témoigne, avec l’accès de nombreux élèves à des formations d’excellence en France et à l’international, du très haut niveau atteint par les élèves de notre réseau».
Pour les autorités françaises, l’attractivité persistante du réseau constitue également un indicateur de confiance. Un nouvel établissement et de nouvelles classes ont ainsi été ouverts ces derniers mois afin d’accompagner l’évolution de la demande. Cette attractivité repose à la fois sur la qualité académique des enseignements, sur le caractère international des parcours proposés et sur la valeur reconnue du baccalauréat français, présenté comme un véritable passeport vers l’enseignement supérieur en France, au Maroc et dans de nombreux autres pays.
Le réseau entend également faire évoluer son offre en fonction de son environnement. L’ambassade met notamment en avant le renforcement du plurilinguisme, avec un apprentissage plus précoce de l’anglais mais aussi le développement de l’enseignement de la langue arabe, mené en coopération avec les autorités marocaines. Cette évolution s’inscrit, selon elle, dans une coopération éducative franco-marocaine ancienne et particulièrement dense. L’objectif est de favoriser le dialogue entre les deux systèmes éducatifs, de comparer leurs méthodes et d’améliorer l’accompagnement des élèves ainsi que l’enseignement des matières fondamentales, et ce, en s’appuyant sur les meilleures pratiques des deux pays.
Les résultats de PISA 2025 constituent bien un signal d’alerte pour le système éducatif français dans son ensemble. Mais ils ne permettent pas, à eux seuls, de tirer des conclusions hâtives sur la qualité des établissements français au Maroc. C’est précisément sur cette distinction que l’ambassade de France fonde son argumentaire. Face aux indicateurs nationaux en recul, le réseau marocain entend être jugé sur ses propres résultats, son environnement d’apprentissage et les parcours de ses élèves.
Maryem Ouazzani








