Ramadan : la flambée des prix inquiète les ménages

Huit jours après le début du Ramadan, un constat s’impose : la consommation des Marocains connaît une hausse significative. Un phénomène saisonnier désormais bien ancré dans les habitudes, mais qui s’accompagne cette année d’une augmentation marquée des prix, suscitant interrogations et inquiétudes chez de nombreux ménages.
Invité de La Matinale sur Medi1 TV, l’économiste Abdelghani Youmini est revenu sur les ressorts de cette dynamique inflationniste, lors d’un entretien mené par Rachid M’Barki.
Une hausse liée à l’offre et à la demande
Selon l’économiste, l’augmentation des prix observée durant le mois sacré s’explique avant tout par un mécanisme classique : la loi de l’offre et de la demande.
« Toutes les études économétriques et les publications du Haut-Commissariat au Plan montrent qu’il y a une augmentation de la consommation alimentaire de 16 à 18 % », souligne-t-il.
Le Ramadan modifie profondément les habitudes de vie. Les Marocains vivent davantage la nuit, travaillent différemment et adaptent leurs comportements alimentaires. Cette réorganisation du quotidien entraîne mécaniquement une hausse de la demande sur certains produits.
Fruits, légumes et poisson en forte progression
Parmi les produits les plus concernés, les fruits et légumes enregistrent une progression spectaculaire de la consommation, estimée à près de 197 %. Le poisson figure également parmi les produits les plus demandés durant cette période.
Cependant, cette forte demande s’accompagne d’une inflation notable. Abdelghani Youmini relève qu’il s’agit de la première fois que les prix de nombreux poissons atteignent des montants à trois chiffres, dépassant les 100 dirhams le kilo.
Outre la pression de la demande, il pointe également la spéculation de certains intermédiaires qui profiteraient du contexte pour ajuster les prix à la hausse. Il note par ailleurs une adaptation des marges en fonction du pouvoir d’achat propre à chaque ville.
Le cas particulier de la viande
Concernant la viande rouge, la hausse des prix s’inscrit dans un contexte structurel plus large. L’économiste rappelle que le Maroc a subi cinq années successives de sécheresse, entraînant une perte significative du cheptel ovin et bovin.
« Nous avons perdu une partie de notre cheptel ovin et bovin à cause des cinq années de sécheresse. Nous avons été obligés d’importer plus de 2 milliards 90 mille tonnes, ce qui ne se répercute pas toujours de manière visible pour le consommateur », explique-t-il.
Cette situation pèse durablement sur l’offre nationale et contribue à maintenir les prix à un niveau élevé.
Vers des solutions structurelles ?
Face à cette conjoncture, Abdelghani Youmini propose la mise en place d’une plateforme numérique nationale affichant quotidiennement les prix du poisson dans les marchés de gros. Un outil qui permettrait, selon lui, de renforcer la transparence et de limiter les pratiques spéculatives.
Il appelle également à une intervention publique sous forme de subventions ciblées afin d’accompagner le pouvoir d’achat des populations durant cette période de forte pression budgétaire.
Si les prix devraient progressivement revenir à la normale après le Ramadan, la question du pouvoir d’achat demeure centrale. Entre dynamiques saisonnières et contraintes structurelles, le mois sacré met une nouvelle fois en lumière les fragilités du système de régulation des marchés alimentaires au Maroc.








