Voyage en Turquie : des pierres chargées d’histoire aux parfums des bazars

Des mosquées impériales d’Istanbul aux eaux turquoise de la mer Égée, la Turquie dévoile ses multiples visages. Invité à découvrir le pays dans le cadre d’un voyage de presse organisé avec le concours de l’organisme public turc de promotion touristique, à travers l’agence média tunisienne Markedia, récit d’une escapade entre histoire, découvertes et rencontres.
Il y a des villes que l’on croit connaître parce qu’on les a déjà visitées. Et puis, des années plus tard, on y retourne et l’on se rend compte qu’il reste encore beaucoup à découvrir. Istanbul fait partie de ces villes. J’y étais venu il y a longtemps, mais cette nouvelle escapade m’a donné l’impression de la découvrir pour la première fois.

Nous sommes trois journalistes marocains à avoir pris part à ce voyage de presse, rejoints sur place par des confrères algériens et tunisiens. Pendant tout le séjour, Asman, notre guide, nous accompagne. Et c’est aussi grâce à lui que les visites prennent une autre dimension. Il ne se contente pas de nous montrer les monuments. Il en raconte l’histoire, les anecdotes, les détails que l’on ne remarque pas forcément lorsqu’on se promène seul, même avec un guide touristique à la main.
Dès les premières heures, on comprend qu’Istanbul ne se livre pas en une seule visite. Il faut prendre le temps de regarder, d’écouter et parfois de s’arrêter sur un détail qui, sans les explications d’Asman, serait passé inaperçu.

Istanbul, une histoire à chaque détour
Notre découverte commence par la mosquée Sultan-Ahmed, plus connue des visiteurs étrangers sous le nom de Mosquée Bleue. C’est d’ailleurs l’une des premières petites surprises du séjour. Asman nous explique que les Turcs l’appellent tout simplement la mosquée Sultan-Ahmed. Le surnom de Mosquée Bleue, lié aux magnifiques céramiques bleues et turquoise qui ornent son intérieur, est surtout employé par les visiteurs étrangers. Une précision qui paraît anodine, mais qui rappelle qu’entre le nom que donnent les guides aux monuments et la manière dont les habitants les désignent, il y a parfois une différence.
À l’intérieur, le regard se perd dans les motifs, les couleurs et les détails de l’architecture. Quelques pas suffisent pour rejoindre Sainte-Sophie, autre monument incontournable d’Istanbul. Ancienne basilique byzantine devenue mosquée après la prise de Constantinople par le sultan Mehmed II, elle porte les traces de plusieurs siècles d’histoire. Ici, les civilisations se sont succédé sans jamais effacer complètement celles qui les ont précédées.
C’est aussi ce qui rend cette ville si particulière. Son histoire ne se résume pas à une succession de dates. Elle se lit dans les pierres, les formes architecturales, les lieux de culte et les récits que l’on se transmet de génération en génération.
La visite se poursuit dans la Citerne Basilique, immense réservoir d’eau construit à l’époque byzantine. En descendant sous terre, on quitte le bruit de la ville pour une atmosphère presque irréelle. Les colonnes se succèdent dans une pénombre soigneusement mise en lumière. Certaines proviennent de constructions plus anciennes, réemployées lors de l’édification de la citerne. Au fond, les célèbres têtes de Méduse, placées à la base de deux colonnes, intriguent autant qu’elles fascinent.

Au fil des visites, Asman attire aussi notre attention sur des éléments plus insolites. Dans la ville, une ancienne poutre est associée à un récit selon lequel elle aurait servi lors de la crucifixion de Jésus. L’histoire relève de la légende et doit être prise comme telle. Mais c’est aussi ce qui fait le charme de ces vieilles cités : les faits historiques y côtoient les croyances populaires, les récits transmis au fil du temps et les histoires dont personne ne peut véritablement confirmer l’origine. On ne sait pas toujours ce qui relève de l’histoire ou de la tradition, mais on se laisse volontiers raconter ces fragments de mémoire.
Après les monuments, Istanbul reprend ses droits dans les rues. Et c’est là que la ville se révèle autrement. Les restaurants populaires, les pâtisseries et les petits cafés turcs attirent autant que les sites historiques. Il y a les vitrines, les passants, les terrasses, mais aussi les odeurs. Celles du café qui s’échappent des établissements, celles des plats préparés dans les restaurants, qui donnent envie de s’installer à chaque coin de rue. Les boutiques de loukoums ne sont pas en reste. Les confiseries exposées derrière les vitrines attirent le regard et invitent à la gourmandise. On avance, on observe, on hésite, avec cette impression que chaque détour réserve une nouvelle tentation.
Puis vient le Grand Bazar. Avec ses milliers de boutiques, ses tapis, ses tissus, ses bijoux, ses objets artisanaux et ses souvenirs, le marché est une ville dans la ville. On y entre pour regarder et l’on finit par perdre la notion du temps. Les allées se croisent, les couleurs se répondent, les commerçants interpellent les visiteurs. Il y a tant de choses à voir qu’on ne sait plus où donner de la tête.
Le marché aux épices prolonge cette immersion dans une autre ambiance. Ici, les parfums prennent le dessus. Les épices, les fruits secs et les confiseries composent un décor qui sollicite tous les sens. Istanbul se découvre autant avec les yeux qu’avec le nez et le palais.

En soirée, nous rejoignons un restaurant au bord de la mer pour goûter à des spécialités turques. La journée a été longue, mais le retour à l’hôtel, dans le secteur de la Corne d’Or, réserve encore un beau spectacle. Les mosquées visitées quelques heures plus tôt se dessinent dans la nuit, illuminées au-dessus de la ville. Istanbul semble alors réunir, dans un même panorama, toute l’histoire que nous venons de parcourir.
Bodrum, du patrimoine aux plaisirs de la mer
Le lendemain, changement de décor. Nous prenons l’avion pour Bodrum, dans la province de Muğla, sur les rives de la mer Égée. Souvent surnommée le Saint-Tropez turc, la station balnéaire offre un autre visage du pays, plus méditerranéen, tourné vers la mer, les ports de plaisance et un art de vivre où l’on prend volontiers le temps de profiter du paysage.
À notre arrivée, un déjeuner autour des produits de la mer donne le ton. Puis nous prenons la direction des moulins à vent, construits au XVIIIe siècle et installés sur les hauteurs. Le panorama est superbe. La baie s’étend sous nos yeux, la mer change de couleur selon la lumière et, au loin, les îles grecques rappellent la proximité de deux rives qui ont longtemps entretenu des liens étroits.
Bodrum a beau être associée aux vacances, aux yachts et aux belles adresses, son histoire mérite tout autant le détour. Le château Saint-Pierre, édifié au XVe siècle par les Hospitaliers, abrite aujourd’hui le musée d’Archéologie sous-marine. Les collections rassemblent des objets découverts lors de fouilles sous-marines, notamment des amphores, des bijoux et des vestiges de navires. Chaque pièce raconte une partie de l’histoire maritime de la région, lorsque la mer Égée était parcourue par les marchands et les navigateurs.
À Bodrum, le passé et le présent se côtoient sans difficulté. La route nous conduit ensuite vers Milas, connue notamment pour son patrimoine architectural et ses tapis traditionnels. Dans certains quartiers, les maisons anciennes donnent à la ville un charme particulier. La région est aussi liée à l’histoire du mausolée d’Halicarnasse, l’une des Sept Merveilles du monde antique, dont les vestiges rappellent la grandeur de l’ancienne cité.

Un autre détour nous mène à Iasos, site antique où se succédèrent notamment les civilisations grecque, romaine et byzantine. Au milieu des ruines, le cadre est paisible. On imagine difficilement, en regardant aujourd’hui ces pierres silencieuses, l’activité qui animait autrefois cette cité tournée vers la mer. Ici encore, les explications du guide donnent du relief à la visite et permettent de replacer les vestiges dans une histoire plus vaste.
Pour notre dernière balade, direction la marina de Yalıkavak. Le décor change une nouvelle fois. Les yachts imposants, les restaurants et les enseignes de luxe témoignent du positionnement haut de gamme de cette partie de la côte. Le lieu attire une clientèle internationale et offre une autre facette de Bodrum, entre plaisance, shopping et gastronomie. Après les monuments et les sites antiques, cette halte plus contemporaine vient compléter le tableau.

Ces détails qui restent en mémoire
Au fil des journées, un autre élément finit par attirer notre attention : les chats et les chiens que l’on croise un peu partout. Sur les trottoirs, devant les commerces, dans les jardins ou aux abords des restaurants, ils semblent faire partie du paysage. Beaucoup sont familiers de la présence humaine. Des habitants s’arrêtent pour les nourrir, d’autres leur accordent quelques caresses. Cette présence animale, visible et naturelle, interpelle. Elle fait partie de ces scènes du quotidien que l’on ne vient pas spécialement chercher en voyage, mais que l’on remarque et que l’on emporte avec soi.
Car un pays ne se découvre pas uniquement à travers ses monuments ou ses paysages. Il se révèle aussi dans les habitudes de ses habitants, dans leur rapport à l’espace public et dans ces petits gestes qui, mis bout à bout, composent une certaine idée de la vie en société.
Un voyage, c’est aussi les gens avec qui on le partage

Il serait pourtant réducteur de ne retenir de cette escapade que les monuments d’Istanbul, les paysages de Bodrum ou les vestiges antiques. Un voyage, ce sont aussi les personnes avec lesquelles on découvre un pays. Et, sur ce point, l’expérience a été particulièrement réussie.
Nous étions venus de différents horizons, avec nos habitudes, nos regards et nos sensibilités. Très vite, les visites ont laissé place aux discussions, aux plaisanteries et aux échanges d’impressions. On commentait les lieux que nous venions de découvrir, on confrontait nos perceptions, on riait beaucoup aussi. L’ambiance était simple, chaleureuse, faite de respect et de bonne humeur. Au fil des journées, des liens se sont créés, comme cela arrive parfois lorsque l’on partage les mêmes découvertes, les mêmes trajets et les mêmes moments de fatigue ou d’émerveillement.
Plusieurs participants ont même confié que ce voyage comptait parmi les plus agréables qu’ils aient vécus. Ce genre de remarque ne se mesure pas à la qualité d’un hôtel ou au nombre de monuments visités. Il dit quelque chose de l’atmosphère d’ensemble, de la manière dont le séjour a été pensé et de ce que l’on garde en mémoire une fois rentré chez soi.
D’Istanbul à Bodrum, la Turquie nous a ainsi offert plusieurs voyages en un seul. Celui d’une histoire qui traverse les siècles, celui de paysages qui changent en quelques heures, celui des saveurs et des parfums qui accompagnent les promenades, mais aussi celui des rencontres.
Je connaissais déjà Istanbul, du moins je le pensais… Cette fois, j’en suis reparti avec de nouvelles images, des anecdotes racontées par Asman et le sentiment d’avoir mieux compris ce qui fait la singularité de cette ville. Bodrum, elle, m’a rappelé qu’au-delà des destinations les plus connues, il existe toujours d’autres lieux à explorer, d’autres histoires à écouter.
La Turquie a cette capacité de surprendre sans cesse, de faire cohabiter les époques et de passer, en quelques heures, de l’effervescence d’une grande métropole à la douceur de la mer Égée. Et parfois, ce ne sont pas les monuments les plus célèbres qui laissent la trace la plus durable, mais une odeur de café dans une ruelle, une histoire racontée par un guide, un coucher de soleil sur la baie ou un fou rire partagé avec des compagnons de voyage.
C’est aussi pour cela que l’on voyage : pour découvrir ailleurs, et revenir avec un regard un peu différent sur le monde.
H.A.B.








