
L’Association des barreaux du Maroc a décidé de poursuivre son mouvement de grève en protestation contre les dispositions de la loi n° 66.23 relative à l’organisation de la profession d’avocat.
Cette grève, qui se poursuit depuis le 15 juin dernier, a eu un impact notable sur le fonctionnement normal des tribunaux ainsi que sur les droits des justiciables.
Dans ce contexte, le président de l’Association des barreaux du Maroc, Hussein Zayani, a déclaré, lors d’une conférence de presse tenue jeudi à Rabat, que la question des avocats avait dépassé le cadre de revendications professionnelles pour poser une question plus profonde sur la capacité des institutions à gérer les divergences de manière équitable lorsque la partie en désaccord fait elle-même partie du système institutionnel.
Il a souligné que les premiers accords conclus avec la présidence du gouvernement n’avaient finalement pas été intégrés dans le texte définitif, ce qui a entraîné, selon lui, une véritable crise de confiance. « La loi est faite par la majorité, mais la confiance repose sur la crédibilité et le respect des engagements », a-t-il affirmé.
Le président de l’Association a également dénoncé les campagnes médiatiques visant, selon lui, à remettre en cause les motivations des avocats et à réduire leur combat à la défense d’intérêts financiers ou au refus du contrôle et des règles déontologiques.
Hussein Zayani a insisté sur le fait que le fond du différend résidait dans les tentatives d’imposer une tutelle gouvernementale et de restreindre l’autorégulation ainsi que l’indépendance des organes de défense. Il a affirmé que « l’immunité de la défense et l’indépendance de la profession d’avocat ne constituent pas un privilège catégoriel, mais une garantie fondamentale pour le citoyen afin de protéger sa liberté et sa dignité ».
Le président de l’Association a également critiqué la procédure ayant conduit à la saisine de la Cour constitutionnelle sans qu’il soit statué sur le fond du texte. La loi a finalement été adoptée, est entrée en vigueur et a été publiée au Bulletin officiel sans que les mêmes dysfonctionnements ne soient, selon lui, résolus.
Il a poursuivi en soulignant que la publication au Bulletin officiel confère au texte une force juridique, mais ne lui garantit ni l’adhésion de la profession ni ne permet de corriger les dysfonctionnements institutionnels qui ont marqué son élaboration.
Le responsable a par ailleurs rejeté les tentatives visant à présenter cette crise comme une confrontation entre les avocats et l’État, rappelant le rôle historique du barreau marocain dans les grandes étapes de la construction nationale et de la justice.
Il a enfin affirmé que le désaccord avec le pouvoir exécutif ne signifiait pas une rupture avec les institutions, soulignant que les professionnels et les justiciables supportent un coût humain et matériel important au nom de la défense d’une profession d’avocat libre et indépendante, considérée comme un pilier de la justice de demain.







