Dessalement, barrages, autoroutes… les grands chantiers accélérés depuis 2021

Barrages accélérés, montée en puissance du dessalement, nouvelles infrastructures routières et portuaires, équipements publics, prévention des risques naturels et transformation numérique : entre 2021 et 2026, le ministère de l’Équipement et de l’Eau a mené plusieurs chantiers structurants. Une période surtout marquée par la succession des sécheresses, qui a replacé la sécurité hydrique au premier rang des priorités publiques.
Le quinquennat 2021-2026 aura d’abord été celui de l’eau. La succession des années de sécheresse et l’aggravation du stress hydrique ont obligé les pouvoirs publics à accélérer des projets qui, pour certains, étaient jusque-là inscrits dans des horizons plus longs. Barrages, dessalement, transferts entre bassins, mobilisation des nappes souterraines, réutilisation des eaux usées traitées : en quelques années, la politique hydrique a changé d’échelle.
L’enveloppe du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027 a ainsi été portée de 115 à 143 MMDH. Derrière ce montant, la logique n’est plus seulement de construire de nouvelles capacités de stockage. Il s’agit également de diversifier les ressources disponibles et de mieux sécuriser l’alimentation des territoires les plus exposés.
Neuf grands barrages achevés
Entre 2021 et 2026, neuf grands barrages ont été achevés, représentant une capacité supplémentaire proche de 2 milliards de mètres cubes. Le ministère a parallèlement accéléré plusieurs chantiers en réduisant les délais initialement prévus. La mise en eau du barrage Aït Ziat a ainsi été avancée de 17 mois, tandis que celle de Tamri l’a été de 33 mois. Quatorze autres grands barrages étaient encore en cours de réalisation au moment de l’établissement du bilan.
À ces infrastructures s’ajoutent les ouvrages de plus petite taille. Une convention prévoit la réalisation de 155 petits barrages entre 2022 et 2027 pour plus de 6,23 MMDH. Seize avaient déjà été achevés et quinze étaient en chantier. Quatre barrages de taille moyenne étaient également en cours de construction, représentant 1,9 MMDH. La mobilisation des ressources souterraines a également été renforcée, avec 5.143 forages exploratoires réalisés. Une démarche qui traduit la nécessité de multiplier les sources d’approvisionnement alors que la disponibilité des ressources conventionnelles devient plus incertaine.
Le dessalement change de dimension
C’est toutefois du côté du dessalement que la rupture est la plus nette. La capacité nationale est passée de 45 millions de m³ à 410 millions de m³ en 2026, répartis sur 17 stations. Plusieurs unités ont été mises en service, notamment à Agadir-Chtouka, Safi, Jorf Lasfar, Sidi Ifni, Guerguerat, Laâyoune et Tarfaya. D’autres projets doivent encore porter cette capacité beaucoup plus haut. Casablanca et Dakhla figurent parmi les principaux chantiers lancés, tandis que des extensions sont programmées ou engagées à Safi et Jorf Lasfar.
À l’horizon 2030, la capacité de dessalement projetée doit dépasser 1,7 milliard de m³ par an. L’autre chantier majeur a été celui des interconnexions. La première phase du transfert des eaux du Sebou vers le Bouregreg a été réalisée en moins de dix mois. Entre septembre 2023 et décembre 2025, près de 950 millions de mètres cubes ont été transférés avec un débit initial de 15 m³ par seconde. L’opération a permis de renforcer la sécurité d’approvisionnement de l’axe Rabat-Casablanca, qui concentre plusieurs millions d’habitants.
Dans le nord du pays, la connexion entre les barrages Oued El Makhazine et Dar Khrofa, avec un débit de 3,2 m³/s, a également permis de renforcer l’approvisionnement du pôle Tanger-Assilah tout en soutenant l’irrigation de près de 21.000 hectares. Mais l’équation hydrique ne se joue plus uniquement du côté de l’offre. Le rendement des réseaux de distribution a été porté à 78% et quelque 367.100 hectares supplémentaires ont été convertis à l’irrigation localisée.
885 km supplémentaires de voies express
Sur le front routier, la période a été tout aussi chargée. Le Maroc dispose désormais de 1.800 km d’autoroutes, tandis que le réseau de voies express atteignait 2.335 km à fin avril 2026, soit 885 km supplémentaires par rapport à 2021. L’objectif fixé pour la fin de l’année est de 2.430 km. Parmi les projets les plus emblématiques figure la voie express Tiznit-Dakhla. Les 1.055 km prévus ont été réalisés, ainsi que 16 ouvrages d’art, pour une enveloppe actualisée d’environ 8,8 MMDH.
Le projet constitue l’une des pièces maîtresses du programme d’infrastructures dans les provinces du Sud. Autour de Casablanca, plusieurs chantiers majeurs ont également été livrés. Le triplement de l’autoroute Casablanca-Berrechid et de l’autoroute de contournement de la métropole a été achevé. L’autoroute Tit Mellil-Berrechid, longue de 30 km et conçue avec trois voies dans chaque sens, a été terminée en novembre 2025 pour 2,5 MMDH. Les échangeurs d’Aïn Harrouda et de Sidi Maârouf ont également été réaménagés, pour respectivement 750 et 500 MDH.
Ces deux opérations visent notamment à absorber l’augmentation du trafic autour du principal bassin économique du pays. Une nouvelle autoroute doit parallèlement venir doubler l’actuelle liaison entre Rabat et Casablanca. Longue de 59 km, l’autoroute continentale représente un investissement estimé à 6,5 MMDH. Sa mise en service est annoncée pour fin 2028. Le projet doit aussi desservir plusieurs infrastructures stratégiques, dont le futur Grand Stade Hassan II, l’aéroport de Benslimane, l’unité de production de vaccins et les zones industrielles avoisinantes.
Le protocole conclu entre l’État et Autoroutes du Maroc, pour la période 2025-2032, prévoit plus largement 12,5 MMDH d’investissements dans plusieurs infrastructures autoroutières stratégiques, notamment en préparation des échéances de 2030. D’autres axes avancent dans les régions. Le programme routier du Grand Agadir représente 2,413 MMDH. La voie express Fès-Taounate, longue de 73 km, mobilise 1,56 MMDH. Autour de Nador West Med, plusieurs liaisons ont été réalisées ou engagées afin de connecter le nouveau complexe portuaire au réseau national. L’autoroute Guercif-Nador, longue de 104 km, représente à elle seule 7,9 MMDH, dont 67 km étaient déjà en chantier.
L’entretien redevient une priorité
L’effort ne porte toutefois pas uniquement sur les nouvelles routes. Le ministère gère quelque 57.035 km de routes classées, dont 47.898 km revêtus, ainsi que 15.716 ponts et ouvrages d’art. La part du réseau considérée en bon ou moyen état est passée de 63% en 2022 à 65,7% en 2025. Entre octobre 2021 et fin 2025, les travaux de maintenance ont concerné 7.800 km de routes, soit une moyenne proche de 1.500 km par an.
Dans le même temps, 306 ouvrages d’art ont été reconstruits, réparés ou entretenus et environ 5.000 km de routes ont fait chaque année l’objet d’opérations de signalisation. En milieu rural, quelque 5.829 km de routes classées ont été réhabilités. Le deuxième Programme national des routes rurales (15,13 MMDH) cumulait, à fin avril 2026, 15.071 km réalisés ou en cours et 11 ouvrages d’art. Son taux de réalisation atteignait 97% . Le taux d’accessibilité rurale est désormais évalué à 79,3%, avec près de 2,97 millions d’habitants désenclavés.
Nador West Med achevé, Dakhla Atlantique avance
La même logique d’investissement massif se retrouve dans les ports. Le Maroc compte aujourd’hui 44 ports, dont 14 ports commerciaux polyvalents, 22 ports de pêche et huit ports de plaisance. Leur capacité globale atteint environ 390 millions de tonnes par an, dont une capacité conteneurs de 11,2 millions d’EVP. Le trafic portuaire est passé de 192,1 millions de tonnes en 2021 à 262,6 millions en 2025, soit une progression annuelle moyenne de 8,1%. Le trafic passagers a, lui, dépassé 5,6 millions de personnes en 2025.
Parmi les réalisations majeures figure l’achèvement des infrastructures de Nador West Med, pour 11,59 MMDH. À l’autre extrémité du pays, Dakhla Atlantique poursuivait sa montée en puissance : le chantier, évalué à 12,65 MMDH, affichait un taux d’avancement de 66%. Le nouveau port phosphatier de Laâyoune était, lui, réalisé à 95,7%, tandis que l’extension de la digue Moulay Youssef au port de Casablanca atteignait 94,5%.
À Safi, la deuxième tranche du nouveau port dédié notamment aux activités d’OCP était avancée à 73%. La protection des côtes a également mobilisé plusieurs investissements. Des travaux ont été achevés à Jebha, Larache, Agadir et Foum El Oued. À Safi, les travaux de protection de la falaise d’Amouni étaient réalisés à 96%. À Salé, un chantier d’un montant de 535,8 MDH a été lancé pour lutter contre l’érosion et la submersion marine.
La météo descend à l’échelle des communes
Les phénomènes météorologiques extrêmes ont aussi imposé une transformation du système national de prévision et d’alerte. Le dispositif de vigilance, qui couvrait auparavant 75 provinces, s’étend désormais à 1.503 communes. L’horizon des prévisions publiques a été porté de sept à dix jours et celui de l’alerte anticipée de 24 à 36 heures. Les présidents des collectivités territoriales reçoivent également des informations météorologiques quotidiennes via le service «SMS Météo».
Sur le terrain, 425 sites sont équipés de stations météorologiques automatiques. Cinquante-six nouvelles stations avaient été installées à fin mai 2026, dont vingt capables de mesurer le contenu en eau du manteau neigeux. Trente-trois aéroports civils et militaires ont également été équipés. Le programme d’ensemencement artificiel des nuages «Al Ghait» a lui aussi été renforcé. Une enveloppe de 160 MDH sur trois ans lui a été consacrée à partir d’octobre 2023. Le nombre d’opérations est passé de 27 en 2021-2022 à 79 en 2024, puis 60 en 2025. Six interventions supplémentaires avaient été réalisées à fin mai 2026.
Le BTP passe aussi par la réforme des règles
L’investissement s’est accompagné d’une réforme des procédures encadrant les entreprises du BTP. Depuis le 1er février 2025, les demandes de qualification, de classification et d’agrément sont entièrement dématérialisées. Le système de classification a été revu, avec notamment la création d’un domaine consacré à la restauration du patrimoine bâti et des sites historiques. Les règles applicables aux bureaux d’études sont également en cours de révision, avec notamment un projet de réduction du délai de traitement des dossiers de 60 à 45 jours et un passage de trois à cinq ans de la durée de validité des certificats d’agrément.
Le nouveau décret sur les marchés publics, entré en vigueur en septembre 2023, renforce par ailleurs la préférence nationale et l’accès des PME à la commande publique. Le ministère a demandé l’application de la part de 30% réservée aux petites et moyennes entreprises, tandis qu’une circulaire impose au titulaire de certains marchés de mobiliser au moins 20% de main-d’œuvre locale.
La flambée des prix des matériaux a également conduit à prolonger les délais de plus de 800 marchés. Quatre-vingt-trois demandes de résiliation ont été acceptées sans confiscation des garanties. Dans le même temps, le référentiel technique national a été enrichi de 1.075 normes marocaines, dont 369 révisées entre 2021 et le premier trimestre 2026.
Une administration davantage déconcentrée
La transformation s’est également jouée à l’intérieur de l’administration. En 2026, environ 63% des fonctionnaires du ministère travaillaient dans les services déconcentrés. La deuxième version du schéma directeur de déconcentration administrative 2025-2027 doit renforcer les transferts d’attributions vers les directions régionales et provinciales. Les démarches administratives ont parallèlement commencé à être simplifiées. Quarante-cinq décisions administratives ont été recensées dans le cadre de l’application de la loi 55-19.
Pour certaines autorisations d’occupation temporaire du domaine public liées aux projets d’investissement, le nombre de documents demandés est ainsi passé de 16 à 10. Le dialogue avec les partenaires sociaux s’est également intensifié, avec 38 réunions en 2022, 32 en 2023, 30 en 2024 et 35 jusqu’en septembre 2025, auxquelles se sont ajoutés les travaux de quatre commissions thématiques consacrées notamment aux ressources humaines, aux œuvres sociales et au secteur de l’eau.
Le numérique entre dans les métiers de l’infrastructure
Autre évolution de fond : la digitalisation ne concerne plus uniquement les démarches administratives. Elle entre progressivement dans le suivi des routes, des barrages, des carrières, des marchés publics et des grands projets. Un Observatoire des projets permet désormais de suivre les opérations du ministère sur une carte interactive, avec des informations par région, province et secteur. Plusieurs procédures ont été ou sont en cours de dématérialisation : expropriations, autorisations d’occupation du domaine public, gestion des carrières, permis de forage, qualification des entreprises ou encore gestion des contentieux. L’intelligence artificielle commence également à être utilisée. Un chatbot consacré aux marchés publics est en préparation, tandis qu’une solution d’analyse de l’état des routes à partir d’images affichait un taux d’avancement de 80%.
S.R.








