Le fisc marocain porté par la bonne santé de l’IS et de la TVA

Jamais les rentrées d’impôts ne se sont aussi bien portées. Les recettes marquent une hausse de 19%, portées par l’excellente tenue de l’IS et la lutte contre l’évasion fiscale qui gangrène l’IR professionnel et la TVA. Et la tendance devrait se poursuivre en 2026, selon les projections officielles. Résultat, le poids de la dette du Trésor continuerait de baisser, même si l’État reste toujours «fâché» avec un train de vie qu’il a du mal à réduire.
Au ministère des Finances, ce ne sont ni les récentes pluies, ni les chutes de neige qui ont permis de reconstituer un peu les réserves de barrages, qui mobilisent les esprits. C’est surtout la très bonne météo des finances publiques qui suscite l’enthousiasme. Avec une croissance de près de 20%, les rentrées d’impôts ont été meilleures que prévu en 2025, selon un bilan préliminaire.
Pour le fisc, le mois de décembre est aussi un mois «béni» car il concentre, à lui seul, 20% à 25% des recettes de l’année, confie une source à la DGI. Hors droits de douane, l’impôt prélevé sur l’assiette fiscale domestique a généré 192 milliards de dirhams (MMDH), soit une croissance de 19,1% à fin novembre dernier. Les pronostics du ministère des Finances, de Bank Al-Maghrib et du Haut-commissariat au plan (HCP) convergent : ce boom se poursuivra à moyen terme.
«Les recettes fiscales devraient continuer de s’accroitre pour se stabiliser autour de 19,4% du PIB en 2026». Cette éclaircie touchera aussi bien les impôts directs, qui se situeraient à 8,8% du PIB en 2026, que les impôts indirects qui devraient atteindre 8,1% de la richesse nationale.
Une traction, l’impôt sur les sociétés
À un mois de la fin de l’année 2025, l’impôt sur les sociétés (IS) premier pourvoyeur de ressources du Trésor, avait rapporté 75,53 MMDH, marquant une forte hausse de 29% ! C’est 16,9 milliards de plus que l’exercice précédent, en attendant les recettes (colossales) du dernier mois de l’année. Si un peu plus de 80% des rentrées de l’IS restent encore assurés par les grands comptes, le secteur financier et les sociétés cotées, une petite tendance se dégage en silence : la contribution des PME aux recettes de l’IS progresse.
Les liasses fiscales de cette population gagnent en sincérité grâce à la dissuasion du contrôle qui touche «tout le monde». Concernant la TVA, le management de la DGI se frotte les mains. La retenue à la source de la TVA collectée, en vigueur depuis mi-2024, aura été l’arme décisive contre la fraude en propulsant les recettes à un niveau jamais égalé.
Les recettes de la TVA à l’intérieur, hors la part transférée aux collectivités locales, se sont établies à 30,5 milliards, en hausse de 14,1%. Les recettes de l’Impôt sur le revenu (IR) enregistrent une progression de 14,6%, à 60,5 MMDH, bénéficiant de la reprise des transactions immobilières. Celle-ci a dynamisé le rendement de l’IR sur les profits immobiliers, à 5,87 milliards.
À noter aussi une amélioration des contributions de plusieurs professions libérales (médecins du secteur privé, entre autres) et d’indépendants, dont les clients sont soumis à la retenue à la source de l’impôt sur les honoraires. Par effet de vases communicants, l’embellie qui se dessine sur les recettes conférera plus de marges budgétaires au gouvernement pour contenir le déficit et la dette. C’est ainsi que la dette du Trésor devrait reculer à près de 66,7% du PIB en 2026.
L’endettement intérieur du Trésor passerait à 47,8% en 2026 tandis que la dette extérieure devrait connaître une hausse, évoluant de 17,9% à 18,9% du PIB en 2025 et 2026, respectivement, selon les projections du HCP. Les dépenses ordinaires devraient atteindre 20,7% du PIB en 2026, portées notamment par la croissance des dépenses des biens et services (celles qui assurent le train de vie de l’État) qui s’établiraient à 17,3% du PIB 2026.
Cette progression résultant de la hausse des dépenses de personnel et des «Autres dépenses», notamment les transferts et subventions aux secteurs sociaux. Le poids des dépenses de compensation (subventions) devrait reculer de 1 point du PIB, à 0,9% en 2026, sous l’effet de la baisse des cours des matières premières.
Côté dépenses d’investissement, elles devraient atteindre près de 6,6% du PIB en 2026. De ce fait, le déficit budgétaire s’allégerait en s’établissant autour de 3,4%. À noter qu’à la sortie de la pandémie du covid, le déficit frôlait les 7% du PIB.
Le PIB agricole devrait reprendre des couleurs
Après six années consécutives de sécheresse, la campagne agricole 2024/2025 a été caractérisée par un démarrage prometteur. Ce redressement a été renforcé par des précipitations abondantes durant les mois de mars et avril, contribuant à une nette amélioration des conditions de production agricole.
Ainsi, la production céréalière devrait atteindre 44 millions de quintaux, en hausse de 41% par rapport à la campagne précédente. Toutefois, ce niveau demeure inférieur à la moyenne des dix dernières années, estimée à 66,5 millions de quintaux. Quant au PIB agricole, il devrait se redresser de 4,7% en 2025 après un recul de 4,8% enregistré en 2024.
En 2026, et sous l’hypothèse d’une production céréalière moyenne de la campagne agricole 2025/2026, le secteur agricole devrait évoluer de 3,3%, profitant de la consolidation des autres cultures et de l’amélioration de l’activité de l’élevage.
Abashi Shamamba







