Gaspillage : les Marocains jettent plus de 4 millions de tonnes d’aliments par an

Alors que la sécurité alimentaire s’impose comme un enjeu stratégique mondial, le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) tire la sonnette d’alarme sur le gaspillage alimentaire au Maroc. Entre pertes agricoles et excès des ménages, le pays jette chaque année des millions de tonnes de nourriture, au prix d’un lourd coût écologique et économique.
Un gaspillage colossal de nourriture et d’eau
Le diagnostic du CESE est sans appel : chaque année, les foyers marocains jettent près de 4,2 millions de tonnes d’aliments, soit environ 113 kg par habitant. Ce chiffre atteint des sommets pendant le mois de Ramadan.
Mais ce gaspillage ne concerne pas seulement la nourriture. Pour produire ces aliments gaspillés, plus de 1,6 milliard de mètres cubes d’eau sont mobilisés chaque année, alors que le pays traverse un stress hydrique inédit.
Deux facettes du gaspillage
En effet, le CESE distingue deux zones où les pertes se concentrent. En amont, dans les zones rurales, les pertes surviennent dès la production, la récolte et le transport, souvent en raison d’infrastructures de stockage insuffisantes ou inadaptées. En aval, dans les zones urbaines, le gaspillage se concentre principalement dans les foyers, la restauration et les grandes surfaces, alimenté par des habitudes de consommation excessives et un manque de sensibilisation à la valeur des aliments.
Le plan de riposte du CESE
Pour enrayer cette hémorragie, le Conseil propose de passer d’une approche curative à une stratégie préventive et législative :
- Légiférer pour inciter : Obliger les distributeurs à donner leurs invendus encore consommables à des associations, plutôt que de les détruire.
- Sensibiliser les citoyens : Modifier les comportements de consommation grâce à des campagnes éducatives, en s’appuyant sur des plateformes comme Ouchariko.ma.
- Moderniser la chaîne : Investir dans la logistique du froid et dans les circuits de distribution pour limiter les pertes post-récolte dans le secteur agricole.
Une question d’éthique et de solidarité
Pour le CESE, lutter contre le gaspillage alimentaire dépasse la seule dimension économique. Dans un contexte de hausse des prix, réduire les pertes permettrait de préserver les ressources naturelles tout en renforçant la solidarité envers les populations les plus vulnérables.
D.Y








