
Driss Chahtane, président de l’Association nationale des médias et des éditeurs, a appelé à l’ouverture d’une enquête globale sur le soutien public accordé à la presse depuis le lancement du contrat-programme, afin d’identifier les véritables bénéficiaires.
Dans une tribune dont Le Site info a pris connaissance, Chahtane démonte le discours de désinformation qui a fait des médias un bouc émissaire dans des conflits politiques étroits. Il souligne que l’Association nationale des médias et des éditeurs insiste sur le fait que la transparence et la reddition des comptes institutionnelle constituent la seule voie pour restaurer la confiance dans le secteur et protéger les journalistes professionnels contre le chantage économique et politique.
Chahtane affirme que le Maroc traverse un moment charnière dans le parcours de son paysage médiatique. Selon lui, la position issue de la réunion élargie de l’Association marocaine des médias et des éditeurs a mis le doigt sur la plaie : une demande explicite d’ouvrir une enquête complète sur l’ensemble des mécanismes liés au soutien public accordé à la presse depuis le lancement du contrat-programme, afin de connaître la vérité sur l’identité des « profiteurs des médias », contrairement aux accusations lancées par « un politicien raté » cherchant à bâtir une gloire politique illusoire sur le dos de la presse.
« Cette revendication n’est ni un luxe politique ni une manœuvre. Je vous affirme, avec mes collègues de l’Association nationale des médias et des éditeurs, qu’il s’agit d’un appel à la transparence et d’un droit du public à savoir qui a réellement bénéficié des fonds publics et qui a transformé le “soutien” en butin plutôt qu’en levier pour renforcer l’entreprise médiatique », a-t-il ajouté.
Chahtane souligne que le soutien public s’est transformé, dans l’imaginaire de beaucoup — y compris chez certains politiciens en échec —, d’un outil de mise à niveau des entreprises de presse et de protection de leur indépendance, en un prétexte auquel on accroche toutes les crises du secteur.
« La vérité est que le dysfonctionnement n’a jamais résidé dans le principe du soutien en lui-même, mais dans les modes de gestion, l’absence de reddition des comptes rigoureuse et l’infiltration de “profiteurs des médias” dans les circuits du soutien, sans projets ni impact professionnel ou social notable», a-t-il dénoncé.
Chahtane poursuit : « C’est pourquoi nous avons demandé l’intervention de la Cour des comptes afin de révéler, de manière explicite, les bénéficiaires du soutien public entre 2005 et 2025, afin de fonder la légitimité d’une enquête institutionnelle indépendante qui mettrait fin à l’ère des accusations gratuites et appellerait les choses par leur nom. »
Il affirme que la disponibilité totale des institutions médiatiques membres de l’Association nationale des médias et des éditeurs à coopérer avec cette enquête constitue un message politique et professionnel clair : celui qui travaille dans la transparence ne craint pas l’investigation.
L’ouverture des dossiers du soutien, la publication des critères d’attribution et leur lien avec la performance professionnelle et économique sont, selon lui, à même de restaurer la confiance dans un secteur affaibli par les soupçons, et dont l’image a été ternie par des campagnes de diffamation et de simplification abusive menées par des acteurs dénués de toute éthique.
Il estime que l’aspect le plus dangereux de cette phase ne se limite pas à la révélation des véritables bénéficiaires du soutien, mais concerne également le démantèlement d’un discours trompeur qui a injustement présenté la presse comme un bouc émissaire dans des batailles électorales étroites.
Chahtane affirme que certains politiciens ont exploité une « occasion en or » offerte par des « journalistes retraités et en échec », qui n’ont contribué à aucun projet structurant pour la presse marocaine. Ces derniers auraient détourné le débat de la question de la réforme structurelle vers des règlements de comptes politiques, réduisant une crise complexe à des slogans populistes condamnant l’ensemble de la presse au lieu de tenir les corrompus pour responsables, nommément.
Il insiste sur le fait que « faire porter à la presse la responsabilité des défaillances politiques ou en faire une cible facile de surenchères électorales n’est pas seulement injuste, mais constitue un danger pour la démocratie elle-même. Une presse forte ne se construit ni par l’assèchement des ressources ni par la généralisation des accusations, mais par l’instauration de règles claires de soutien, liées à l’indépendance, au sérieux éditorial et à la protection des journalistes professionnels contre le chantage symbolique et économique. »
Ainsi, l’appel de l’Association à ouvrir une enquête sur le soutien public à la presse représente, selon lui, une défense du principe de l’État de droit : un soutien en contrepartie d’un engagement et du développement de l’entreprise médiatique, de l’argent public en échange d’un impact mesurable.
« La révélation de la vérité aujourd’hui est une nécessité morale avant d’être une exigence professionnelle. Le maintien de l’opacité ne sert que ceux qui ont accumulé des rentes et ceux qui cherchent une notoriété factice, et ne nuit qu’aux journalistes sérieux et à la confiance des citoyens dans les médias», a-t-il précisé.
Chahtane conclut en affirmant que, parallèlement, l’Association marocaine des médias et des éditeurs considère avoir remporté une victoire morale, dans la mesure où ont émergé aujourd’hui des acteurs porteurs de projets cohérents et ambitieux pour le développement des entreprises de presse, l’amélioration de la situation sociale des journalistes et l’innovation dans les pratiques médiatiques.
« Nous avons le souffle long, nous respectons les institutions constitutionnelles et nous sommes toujours capables de défendre nos choix et nos convictions depuis le début. Le temps finira par révéler ceux qui exploitent la profession journalistique, ceux qui s’enrichissent à ses dépens et ceux qui la défendent avec sincérité… à suivre. », a assuré Chahtane.
S.L.









