Maroc

Témoignage: « j’ai quitté le Maroc à cause de mon orientation sexuelle »

Rachid T. est un Marocain homosexuel, ayant fait le choix de s’installer et de vivre en France. Dans cette interview accordée au Site info, il réagit à l’actualité marocaine.

Vous êtes de nationalité marocaine et vivez en France depuis une dizaine d’années. Diriez-vous que votre orientation sexuelle a joué dans la décision qui a été la vôtre de vous exiler ?

Au-delà du fait que j’avais envie de découvrir d’autres horizons, je pourrais clairement dire que le fait de quitter le Maroc et de m’exiler ailleurs était motivé par mon orientation sexuelle.

Quels souvenirs gardez-vous de la découverte qui fut la vôtre de votre homosexualité, lorsque vous étiez adolescent, au Maroc ?

J’étais conscient de mon homosexualité dès mon jeune âge. Mais je me disais que j’étais en train de me chercher sexuellement et que ce n’était qu’une envie passagère.

Au fur et à mesure que le temps passait, je me rendais compte que je n’étais attiré que par les hommes. Au début, c’était l’angoisse ! Je connais le poids de la société marocaine et son regard sur le sujet… Je me suis alors plongé dans des lectures de livres de psychologie afin de mieux comprendre mes états d’âme. Grâce à cela, j’ai commencé à accepter cette réalité qui est la mienne. Le plus dur dans tout ce processus, c’était que je ne pouvais me confier à personne, par peur, et je vivais dans une espèce de solitude totale. Je pourrais assimiler cette période de ma vie à une comédie dramatique où j’avais deux rôles : un principal qui seyait à la société et un secondaire, plus proche de ma vie privée.

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Diriez-vous que votre orientation sexuelle constitue un tabou parmi vos proches, amis et famille confondus ?

L’homosexualité est malheureusement un grand tabou au Maroc. Je pense que la religion joue un rôle important dans cet état d’esprit à cause des textes qui condamnent l’homosexualité.

Pour parler de mon expérience personnelle, je constate deux cas de figures au Maroc : ceux qui aiment un certain type d’homosexuel, celui qui est là pour amuser la galerie, qui est le confident des femmes… Comme ce qui se passait dans l’empire ottoman, voire dans d’autres civilisations. En revanche, il est hors de question que ça touche leur descendance ou famille proche. Le second cas de figure, ce sont ceux, clairement homophobes, qui se basent sur une certaine morale qui leur est propre. Ils considèrent encore l’homosexualité comme une tare qu’il faudrait éradiquer. Je m’estime heureux d’avoir grandi dans un milieu où il y avait peu de place pour cette catégorie-là.

Quel regard portez-vous sur la question de l’homosexualité au Maroc ? Le délit d’homosexualité est passible d’une peine de prison allant de trois mois à six ans. Vous sentiez-vous en danger lorsque vous viviez au Maroc ?

Je suis consterné par l’Article 489 du Code pénal marocain qui « criminalise » l’homosexualité. On est en 2016 et dans un pays qui prétend respecter les droits de l’Homme. Mais, il considère que deux personnes du même sexe qui s’aiment est un crime punissable de six mois à trois ans de prison.

Pour répondre à votre question, bien sûr que je me sens en insécurité quand je suis dans mon propre pays.

Quel regard portez-vous sur les agressions homophobes qui ont fait l’actualité ces derniers jours ? Vous surprennent-elles ?

Je suis consterné et choqué par ce qui s’est passé à Beni Mellal. D’ailleurs, j’ai une pensée pour ces deux jeunes et je leur exprime tout mon soutien. Deux malheureuses personnes, dans leur sphère privée, qui se font agresser sauvagement, sans état d’âme…

Ce climat homophobe me surprend. C’est un nouveau phénomène véhiculé par une recrudescence de la haine de l’autre. Et quand on voit que les victimes sont condamnées d’une peine plus importante que leurs agresseurs! On se pose bien évidemment la question : «Elle est où la justice?»

Pour finir, tant que l’Article 489 est en vigueur dans le pays, on n’est pas à l’abri de ce genre d’incident grave et d’une nouvelle Une, comme celle d’un hebdo marocain qui se permet de mettre comme grand titre «Faut-il brûler les homos ?», sans être inquiété par les autorités.

Je voudrais saluer la grande solidarité du milieu intellectuel marocain. Mais, c’est un sujet qui concerne le peuple marocain en général qui est réputé pour sa tolérance.

Propos recueillis par Chemsi Chahboun

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