Maroc
A la Une

Ce que pense l’opposition du programme gouvernemental

Les groupes et le groupement parlementaires de l’opposition à la Chambre des représentants ont estimé, jeudi, que le programme gouvernemental manque d’identité politique et de vision réformatrice claire, relevant l’absence d’indicateurs précis et d’échéances définies pour la mise en œuvre des engagements économiques et sociaux.

Lors d’une séance plénière consacrée à la discussion du programme gouvernemental, ils ont souligné que ce programme manque de mesures pratiques, critiquant la contradiction entre les promesses électorales avancées et l’architecture gouvernementale, marquée par l’absence de secteurs stratégiques.

Les groupes et le groupement parlementaire ont également critiqué l’omission, dans le programme, du chantier de moralisation de la vie publique, notamment le « recul manifeste » par rapport aux engagements en matière de lutte contre la corruption et la rente, ainsi que l’exclusion de la question de l’enrichissement illicite et de la lutte contre les conflits d’intérêts.

À cet égard, le Groupe du Rassemblement National des Indépendants (RNI) a déploré l’absence d' »une identité politique claire », estimant que le programme a été élaboré dans la précipitation.

Aussi, il a critiqué la logique de « quotas et d’arrangements » dans la formation du gouvernement au détriment de la compétence, déplorant le recul de la représentativité féminine et le non-respect du principe de parité.

Il a également noté, dans le même contexte, une absence inquiétante de questions et de secteurs vitaux dans le programme gouvernemental, incluant les Marocains résidant à l’étranger (MRE), les personnes en situation de handicap et l’économie informelle.

Sur le plan socio-économique, le groupe a attiré l’attention sur le paradoxe entre l’aisance macroéconomique « dont a hérité le gouvernement » et le recul flagrant par rapport à ses engagements électoraux fondamentaux, expliquant que la prise des rênes de la gestion dans un contexte de baisse de l’inflation à moins de 1%, d’enregistrement d’un taux de croissance frôlant les 5% et de réduction du déficit budgétaire à 3%, exigeait la présentation d’un programme plus ambitieux.

Par ailleurs, il a critiqué l’absence de politiques proactives en matière de gestion des crises et des catastrophes naturelles dans le programme, et l’omission des orientations relatives au développement des zones montagneuses et frontalières, ainsi que la négligence des mesures liées au développement de l’économie des soins.

De son côté, le Groupe Justice et Développement (PJD) a estimé que le programme gouvernemental est dénué de toute conception politique claire ou d’une vision réformatrice intégrée pour traiter les grands chantiers stratégiques.

Le silence du gouvernement par rapport à la moralisation de la vie publique reflète une véritable absence de volonté de rompre avec la rente, ce qui affaiblit la crédibilité des institutions et ébranle la confiance des citoyens à leur égard, a-t-il averti.

S’agissant de l’architecture gouvernementale, le groupe a déploré un décalage manifeste par rapport aux promesses électorales, outre la négligence de secteurs prioritaires, tels que les droits de l’Homme, le développement du monde rural et les affaires des MRE, affirmant que cette situation a donné lieu à une « composition hybride manquant de cohérence ».

Le groupe a également souligné l’incapacité du programme à présenter une vision stratégique intégrée pour répondre aux questions des jeunes, qui représentent les deux tiers de la population, ainsi que l’absence d’un plan clair pour promouvoir le sport national en tant que levier de développement global.

De son côté, le groupe Haraki a qualifié le programme gouvernemental de simple « déclaration d’intentions », dépourvue de mesures concrètes et de chiffres précis.

Sur le plan économique, le groupe a attiré l’attention sur l’absence de mesures concrètes pour protéger le pouvoir d’achat face à la flambée des prix, appelant à faire preuve de courage pour plafonner les prix des carburants.

Il a également insisté sur la nécessité de généraliser les aides sociales aux catégories vulnérables sans conditions complexes, de désenclaver le monde rural et d’assurer l’accès aux services essentiels, notamment l’eau et les soins de santé.

Par ailleurs, il a déploré le retard dans le chantier de mise en œuvre du caractère officiel de l’Amazighe, qui demeure, selon le groupe, au stade des slogans malgré les budgets qui lui sont alloués.

Quant au groupement parlementaire de l’Alliance de la Gauche, il a indiqué que le programme ne comporte ni indicateurs permettant de mesurer les performances, ni calendrier précis pour la mise en œuvre des engagements, considérant la subordination de cette mise en œuvre aux conditions de « faisabilité opérationnelle et de durabilité financière » comme un désengagement anticipé de toute responsabilité et un recul par rapport aux promesses électorales de la majorité.

En ce qui concerne le volet socio-économique, le groupement parlementaire a critiqué l’absence de mesures décisives en faveur de la création d’emplois et de la réduction du chômage, ainsi que l’atteinte à la gratuité des services de base, rappelant que la réforme de la santé, de l’enseignement et de l’université exige la garantie de leur gratuité et la revalorisation des bourses.

En outre, il a appelé à instaurer une justice fiscale par la mise en place d’un impôt progressif sur la fortune, les revenus de rente et les bénéfices monopolistiques, afin de financer la protection sociale.

D’autre part, il a plaidé pour la garantie des droits des personnes en situation de handicap et la réforme du système de retraite dans le respect de la dignité des retraités, sans relèvement de l’âge de départ à la retraite ni réduction des pensions, tout en appelant à la mise en œuvre effective de la parité, des droits constitutionnels relatifs à l’amazighité et aux MRE.

S.L

A regarder aussi


Lions de l’Atlas: Bouaddi et Zabiri au top, l’analyse des experts (CHEBKA)