
Jeudi, au siège de la CGEM, Fouzi Lekjaa a présenté pendant près de trois heures les grandes lignes du programme économique du PAM et échangé avec les représentants du patronat sur les freins à l’investissement, l’emploi, la formation et la compétitivité. Lekjaa a notamment assuré qu’aucune hausse de la pression fiscale ne serait appliquée aux entreprises en cas de victoire du PAM, tout en appelant à une formalisation plus large de l’économie.
Face aux représentants de la CGEM, Fouzi Lekjaa, membre du bureau politique du PAM, n’a pas cherché à dresser un tableau sans aspérités. « Malgré les grandes avancées, il y a des dysfonctionnements qu’il faut corriger », a-t-il reconnu, en citant plusieurs secteurs dans lesquels le Maroc doit, selon lui, franchir un nouveau cap.
La jeunesse constitue d’abord un défi majeur. « Nous avons un défi pour notre jeunesse. Les chiffres sont là. Je n’accuse personne… », a déclaré le responsable du PAM, avant de pointer la formation professionnelle. Pour lui, il est « inadmissible que peu d’entreprises profitent de la formation professionnelle », alors même que le rapprochement entre les besoins du marché et les compétences disponibles reste déterminant pour l’emploi.
Même exigence dans la santé. Lekjaa reconnaît les efforts réalisés par le système, mais estime que « de gros problèmes » persistent, particulièrement au niveau du pôle public. « Le public doit améliorer son attractivité », a-t-il insisté.
Sur l’investissement, le diagnostic porte davantage sur la gouvernance. Les réformes institutionnelles ont, selon lui, complexifié le processus avec la multiplication des structures régionales, sans toujours leur donner un véritable pouvoir de décision. La volonté du PAM est claire: « On veut que la décision soit régionale », mais surtout qu’elle soit « efficace ».
L’entreprise au cœur de la création de richesse
Pour Fouzi Lekjaa, le secteur privé doit occuper une place centrale dans cette nouvelle dynamique. Le slogan avancé devant le patronat est clair : « L’entreprise est un partenaire essentiel pour réussir nos objectifs ».
Le responsable du PAM considère ainsi que «le secteur privé, c’est la locomotive de la création des richesses». L’enjeu est également celui de l’emploi, qui doit, selon lui, être porté à un niveau supérieur en s’appuyant davantage sur les entreprises.
Cette approche passe aussi par un accompagnement plus important des très petites et moyennes entreprises. «Il faut accompagner la TPME pour franchir un palier», a-t-il souligné. Autre chantier évoqué : le foncier, que Lekjaa souhaite voir «géré par un seul opérateur», afin de simplifier et de rendre plus efficace l’accès au foncier économique.
Sur le plan fiscal, le message adressé aux entreprises est également sans ambiguïté. Le PAM entend poursuivre sa politique sans augmenter la pression fiscale pesant sur les entreprises. «Aucune hausse de la pression fiscale sur l’entreprise ne devra être faite», a insisté Lekjaa.
Dans le même temps, le parti ambitionne de doubler les recettes fiscales. Pour y parvenir, il mise notamment sur l’élargissement de l’assiette et la formalisation de l’économie, plutôt que sur une augmentation de la pression fiscale sur les acteurs déjà intégrés dans le circuit formel.
«On est déterminés à formaliser notre économie», a affirmé Lekjaa. Un chantier qui doit, selon lui, commencer en 2027 et sur lequel le PAM souhaite travailler avec la CGEM. «On ne veut pas de produit fiscal. On veut que les gens travaillent dans un cadre clair et transparent», a-t-il expliqué.
Le programme du PAM prévoit une enveloppe de 350 milliards de dirhams sur cinq ans. Lekjaa estime que cette vision doit permettre au Maroc de franchir un nouveau palier à l’horizon 2030.
CGEM-PAM, même combat
Du côté de la CGEM, le discours du responsable du PAM a manifestement trouvé un écho. Prenant la parole, Mehdi Tazi, président de la CGEM, a estimé que «90% des points dont nous avons parlé ce matin se retrouvent dans votre discours de présentation». Une convergence qu’il assure relever «en toute sincérité» et non pour faire plaisir au parti.
Le représentant du patronat a toutefois souhaité compléter cette vision avec plusieurs préoccupations du monde de l’entreprise.
Les décisions administratives qui freinent les investissements constituent, selon lui, un problème majeur. Lorsqu’une décision reste bloquée trop longtemps, «il faut trouver des solutions», a-t-il souligné.
La montée en gamme industrielle constitue également un enjeu important. Pour la CGEM, attirer des investisseurs uniquement sur la base d’une main-d’œuvre peu coûteuse ne peut constituer une stratégie durable. Le Maroc doit davantage miser sur la valeur ajoutée et la montée en gamme de son industrie.
Autre sujet soulevé : l’impôt sur les sociétés. Le patronat estime qu’un différentiel existe et qu’il peut, dans certains cas, ne pas encourager les entreprises à grandir.
Enfin, Tazi a salué la volonté du PAM de regrouper les quatre ou cinq instances qui s’occupent des jeunes au sein d’une seule structure. Une logique qui pourrait, selon lui, être appliquée également aux différents dispositifs dédiés à l’entreprise.
Au terme de près de trois heures d’échanges, Lekjaa a reconnu que le programme du PAM s’inscrit pour partie dans la continuité, tout en assumant des changements plus profonds. «Notre programme propose beaucoup de choses dans la continuité, mais il y a des situations de rupture avec un certain nombre de choses».
S.L.








