Maroc

Ramadan: fort engouement pour les tenues traditionnelles

Par LeSiteinfo avec MAP

Au cœur de la Médina de Rabat, Fatiha s’engage dans la Rue des Consuls, le regard absorbé par la symphonie chatoyante des tenues traditionnelles qui contrastent avec la grisaille du ciel en ce mois d’hiver. La seule pensée qui l’obsède est de trouver une tenue traditionnelle élégante pour l’offrir à son petit neveu résidant en France afin d’accueillir comme il se doit le mois béni de Ramadan.

Ici dans les souks de la Médina (ancienne ville), l’odeur du thé à la menthe se mêle magiquement à celle des encens de « serghina » (racine aromatique traditionnelle du Maroc), imbibée d’eau de fleur d’oranger. L’espace est aussi sublimé par les voix de clientes venues chercher une étoffe aux couleurs ravissantes et chaudes qu’elles comptent transformer en un costume traditionnel à leur goût, alors que d’autres clients marchandent ardemment pour acquérir au meilleur prix les meilleurs designs confectionnés par des maîtres artisans.

Les préparatifs au mois sacré de Ramadan ou « Sidna Ramadan » comme aime l’appeler Fatiha, à l’instar des Marocains fiers de cette célébration religieuse, ne sauraient s’achever sans un habit traditionnel marocain authentique, aux effluves du pays (Rih’t leblad), qui incarne une leçon d’identité et de culture devant être transmise de génération en génération, même au-delà des frontières, d’après Fatiha.

Dans une déclaration à la MAP, elle dit qu’elle se prépare à rendre visite à sa sœur en France et compte lui offrir de la « zemmita » (un mélange de céréales torréfiées, d’huile d’olive et de sucre) et du « sefouf » (un mélange de farine torréfiée, d’amandes croquantes et de graines de sésame, subtilement parfumé à l’anis et à la cannelle), mais pense que le costume traditionnel est un « must » et que « les produits marocains authentiques ont un cachet spécial ».

Les marchands le savent bien et s’y préparent deux mois à l’avance pour présenter à leurs clients des créations uniques cachant dans leurs fils une beauté marocaine captivante qui réchauffe l’âme avant le corps.

« Nous n’oublions jamais la tenue traditionnelle », lance Fatiha avec un visage radieux après avoir acheté un « jabador » (vêtement composé de deux pièces: sarouel et tunique ou gilet) en bleu indigo à son neveu pour qu’il le porte lors des prières à la mosquée avec son père.

« C’est un habit qui représente le patrimoine authentique de notre pays en Europe », dit-elle, ravie de sa trouvaille.

De tels habits doivent être achetés durant Chaâbane pour qu’ils soient portés au Ramadan, ajoute Fatiha, mue par le désir de transmettre aux générations montantes cette culture reçue dès l’enfance. Pour elle, porter nos traditions lors du mois sacré de Ramadan est un devoir de mémoire, ici au Maroc comme à l’étranger.

Les habits traditionnels destinés aux enfants ne sont pas les seules marchandises convoitées par les clients. Rachid, vendeur de tenues traditionnelles depuis deux décennies, témoigne de cet engouement immuable des Marocains, hommes, femmes et enfants, pour de tels habits à l’approche des fêtes religieuses et des cérémonies.

La demande augmente particulièrement durant les dix jours précédant le mois sacré, enchaîne Rachid, assis derrière son comptoir alors qu’il plie soigneusement des tissus ornés de « s’fifa » (galon de soie tissé à la main) et « âaqad » (boutons de passementerie), faits avec grande finesse par le « mâallem » (maître-artisan).

Qu’il s’agisse de la « jellaba », du « caftan », de la « gandoura », du « pantalon kendrissa » ou de la « sedriyya » (gilet), ces habits aux mille nuances demeurent les parures de prédilection des Marocains qui témoignent d’un attachement profond aux valeurs spirituelles et de la joie d’accueillir ce mois béni.

La vente des tenues traditionnelles à Bab Lhad à Rabat n’est plus l’apanage des hommes. Des femmes s’y imposent désormais avec brio à l’image d’Asmae qui a hérité du métier de son père, étalant fièrement ses pièces triées sur le volet.

« Nous nous préparons avant le Ramadan en apportant de nouvelles collections afin d’offrir à la clientèle un choix varié », déclare-t-elle à la MAP, précisant que jusqu’à la mi-Ramadan, les hommes privilégient les jellabas et les gandouras, alors que l’attention se tourne vers les enfants à l’approche de l’Aid Al Fitr.

Alors que l’appel à la prière d’Addohr retentit, figeant l’effervescence du souk, les rideaux des boutiques se baissent pour le recueillement. Fatiha, elle, serre contre son cœur le jabador comme un trésor. Son regard scrute encore les étals comme si, à travers ces étoffes, elle cherchait à capturer et emporter avec elle chaque fragment de ce patrimoine identitaire

S.L.



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