Maroc

Mohamed Filali : «La liquidité et la sécurité sont les clés du succès du marché à terme»

La publication, en janvier 2026, au Bulletin officiel, de l’arrêté du ministre de l’Économie et des Finances accordant à Attijariwafa bank l’agrément de membre négociateur–compensateur sur le marché à terme marque une étape structurante majeure dans le processus de lancement de ce nouveau compartiment du marché des capitaux marocain.

Cet agrément, ainsi que ceux qui ont été octroyés à d’autres confrères, viennent finaliser le dispositif institutionnel et opérationnel nécessaire au démarrage effectif du marché à terme, après plusieurs années de travaux réglementaires, techniques et de place, menés en coordination avec les autorités et les infrastructures concernées.

C’est dans ce contexte que Mohamed Filali, Responsable Marchés des Capitaux Maroc, au sein d’Attijariwafa bank, revient sur les enjeux de ce marché naissant, le rôle des membres négociateurs–compensateurs et des market makers (teneurs de marché), ainsi que les perspectives de développement du marché à terme au Maroc.

1. Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer ce qu’est un Future sur actions et quels en sont les principaux usages pour les investisseurs ?

Un future sur actions est un contrat financier qui permet de se positionner sur l’évolution du marché actions (à la hausse comme à la baisse) sans avoir à acheter directement les actions.

Il peut être adossé soit à une action individuelle, soit, plus fréquemment au démarrage d’un marché, à un indice boursier regroupant plusieurs valeurs.

Plutôt que d’acheter les actions une par une, l’investisseur utilise un contrat indexé sur un indice, comme le MASI 20, qui regroupe les valeurs les plus liquides de la Bourse de Casablanca. Lorsque l’indice progresse, la valeur du future augmente. Lorsqu’il recule, la valeur du contrat baisse. Le future reflète ainsi directement les mouvements du marché auquel il est adossé.

Dans la pratique, cet instrument répond à trois usages très concrets :

  •  La couverture d’un portefeuille existant : un investisseur déjà exposé aux actions peut vendre un future afin de se protéger temporairement contre une baisse du marché, sans avoir à céder ses titres. En cas de repli, la perte sur les actions peut être partiellement compensée par le gain sur le contrat.
  • L’exposition rapide au marché : un gérant ou un trader souhaitant s’exposer rapidement au marché actions peut acheter un future, plutôt que de constituer progressivement une position en achetant plusieurs valeurs une à une.
  •  L’ajustement flexible du niveau de risque : le future permet d’augmenter ou de réduire l’exposition actions sur une période courte, sans modifier la composition du portefeuille, offrant ainsi une grande souplesse dans la gestion.

C’est précisément pour ces usages (couverture, ajustement tactique et gestion plus agile des expositions) que le future sur indice, et en particulier le Future MASI 20, constitue un point de départ naturel pour le lancement d’un marché à terme.

2. Dans ce contexte, pourquoi le Future MASI 20 s’est-il imposé comme le produit inaugural du marché à terme marocain ?

Le Future sur MASI 20 s’est imposé comme le produit inaugural naturel du marché à terme marocain. Adossé à un indice composé des valeurs les plus liquides et représentatives de la place, il offre un sous-jacent lisible, transparent et largement compris par les investisseurs.

Il permet à la fois la couverture du risque actions, l’ajustement tactique des expositions et une gestion plus agile des portefeuilles, sans mobilisation des actifs sous-jacents.

Le choix d’un produit unique au démarrage répond également à une logique de concentration de la liquidité, indispensable pour assurer une formation des prix robuste et favoriser une appropriation rapide par le marché.

En ce sens, le Future MASI 20 constitue un socle opérationnel solide pour le lancement du marché à terme.

3. Comment s’organise concrètement le fonctionnement du marché à terme et le rôle de chacun des acteurs ?

Le marché à terme repose sur une répartition claire et complémentaire des responsabilités :

  • La Bourse de Casablanca organise le marché et assure la transparence des échanges
    et la formation des prix.
  • Les membres négociateurs exécutent les ordres pour le compte de leurs clients.
  • Les membres négociateurs–compensateurs, qui sont des établissements bancaires, exécutent et compensent les transactions. Parmi ces établissements, certains s’engagent volontairement en tant que market makers. C’est le cas pour le groupe Attijariwafa bank, qui devrait cumuler les statuts de membre négociateur-compensateur et de teneur de marché.
  • La chambre de compensation garantit le bon dénouement des transactions et la gestion du risque de contrepartie.

L’ensemble du dispositif est coordonné au sein de l’ICMAT (Instance de Coordination du Marché à Terme), placée sous la coordination de l’AMMC et de Bank Al-Maghrib, et regroupant notamment Maroclear.

Cette instance assure la cohérence opérationnelle du marché à terme, la coordination entre les différentes infrastructures et contribue à la stabilité et à la crédibilité du dispositif.

4. Votre banque fait partie des toutes premières à avoir obtenu l’agrément de membre négociateur–compensateur et à postuler comme market maker. Que signifie concrètement ce double statut ?

Pour Attijariwafa bank, ce double statut signifie intervenir au cœur du fonctionnement du marché à terme, dès son lancement.

En tant que membre négociateur–compensateur, nous dénouons les transactions pour le compte de nos clients et en assurons la compensation, en portant les engagements financiers correspondants vis-à-vis de la chambre de compensation.

En tant que market maker, nous nous engageons à animer le marché par des cotations continues à l’achat et à la vente.

Être présent sur ces deux volets traduit un choix stratégique clair pour notre banque : contribuer activement à la construction du marché, et non se limiter à un rôle d’utilisateur. Cela renforce la crédibilité de notre salle des marchés et notre capacité à accompagner l’appropriation progressive de ces nouveaux instruments.

5. Pourquoi le rôle de market maker est-il central pour un marché à terme naissant ?

Un marché à terme ne peut fonctionner correctement que s’il est liquide, continu et transparent.

En tant que teneur de marché, nous contribuons fortement à cette continuité en affichant des prix acheteurs et vendeurs sur une large partie de la séance, y compris lors de phases de volatilité.

Ces engagements – continuité des cotations, qualité des spreads et volumes significatifs – sont encadrés et suivis par la Bourse de Casablanca et par l’AMMC (Autorité marocaine des marchés de capitaux).

6. Comment conciliez-vous animation du marché et maîtrise des risques ?

Chez Attijariwafa bank, la tenue de marché repose sur un équilibre assumé entre apport de liquidité et maîtrise du risque, dans un cadre clairement défini avec la place.

À l’issue des échanges avec la Bourse de Casablanca et des travaux de la Commission « Marché à Terme » de l’Association Marocaine des Salles de Marchés (AMSM), qui regroupe les principales salles des marchés de la place financière marocaine, des paramètres de cotation ambitieux et structurants ont été entérinés dès le lancement.

Concrètement, notre engagement se traduit d’abord par des dispositifs forts en matière de liquidité :

  • spreads plafonnés dès la première maturité, avec une gradation encadrée sur les
    suivantes
  • volumes minimums significatifs à la cotation (≈ 1 million MAD par sens)
  • présence à la cotation d’au moins 80% du temps de marché quotidien.

En parallèle, ces engagements sont strictement encadrés par des mécanismes de maîtrise du risque, conçus pour garantir la continuité du marché :

  • un seuil de suspension des cotations adapté en situations de forte volatilité (±3%), permettant de maintenir les cotations tant que les mouvements de marché restent gérables, et d’éviter ainsi des interruptions trop rapides de la liquidité
  • un plafonnement clair de l’engagement net quotidien, avec des mécanismes de suspension au-delà de certains seuils, afin de limiter les expositions et préserver la robustesse financière du dispositif.

Cette approche reflète la volonté de notre banque de démarrer le marché avec des standards crédibles, tout en conservant un cadre strictement compatible avec la stabilité financière.

7. Quels mécanismes sécurisent les opérations sur le marché à terme ?

La sécurité du marché à terme repose sur le principe fondamental de la compensation centrale, dont l’objectif est d’éliminer le risque de contrepartie entre acheteurs et vendeurs et de garantir le bon dénouement des transactions, quelles que soient les conditions de marché.

Concrètement, chaque intervenant est soumis à un dispositif de garanties gradué et permanent.

À l’ouverture d’une position, un dépôt de garantie initial est exigé afin de couvrir les risques potentiels liés aux fluctuations de marché. Ce niveau de garantie est calibré en fonction de la volatilité du sous-jacent et des caractéristiques du contrat.

Les positions sont ensuite réévaluées quotidiennement, voire en cours de séance si nécessaire, donnant lieu à des appels de marge dans les deux sens. Ce mécanisme permet d’absorber en continu les variations de valeur et d’éviter toute accumulation de pertes non couvertes.

En cas de défaillance exceptionnelle d’un intervenant, un fonds de garantie mutualisé, alimenté par l’ensemble des membres compensateurs, constitue un niveau de protection supplémentaire. Il permet d’assurer la continuité du marché et d’éviter toute propagation du risque au reste du système financier.

L’ensemble de ces dispositifs garantit que le marché à terme fonctionne dans un cadre robuste, sécurisé et discipliné, y compris dans des phases de forte volatilité ou de stress de marché.

8. Au-delà du Future MASI 20, comment voyez-vous la structuration et le développement du marché des dérivés au Maroc dans les prochaines années ?

Le lancement du Future MASI 20 constitue une première étape structurante dans la construction du marché des dérivés au Maroc. À court terme, la priorité sera d’installer durablement ce produit, en favorisant son adoption par les investisseurs et l’appropriation des usages de couverture et d’allocation.

À moyen terme, le marché pourra naturellement s’élargir vers des produits sur les taux, en particulier des futures sur bons du Trésor, qui présentent un fort potentiel d’intérêt sur le marché des taux en dirhams.

Dans un second temps, l’offre pourra évoluer vers d’autres segments, tels que des futures sur valeurs individuelles (single stocks) ou des instruments plus sophistiqués, en fonction de l’appétit du marché, des usages observés et du cadre réglementaire.

L’enjeu est de construire une trajectoire de développement progressive, cohérente et pragmatique, en veillant à ce que chaque nouveau produit réponde à un besoin réel et s’inscrive dans un cadre de liquidité et de sécurité maîtrisé.



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