Maroc

Importation des ovins : le PAM soutient Lekjaa et appelle à la transparence

La récente déclaration de Fouzi Lekjaa sur les résultats de l’opération d’importation des ovins pour l’Aïd al-Adha ne cesse d’alimenter le débat politique. Après avoir reconnu que les objectifs affichés (garantir une offre suffisante à des prix accessibles) n’ont pas été pleinement atteints, le ministre délégué chargé du Budget a haussé le ton, jeudi dernier à Fkih Ben Saleh.

L’échange met en lumière des clivages sur la répartition des responsabilités dans la gestion des filières stratégiques, sur l’évaluation des politiques publiques et sur la transparence des mécanismes de contrôle. Au sein du Parti authenticité et modernité (PAM), cette actualité est suivie avec une attention soutenue, mais sans division : la position de Lekjaa est lue comme une défense cohérente de ses principes et de la rigueur institutionnelle.

Lekjaa a répondu sans détour, lors d’une rencontre avec les cadres du PAM à Ouled Naceur (province de Fkih Ben Saleh). Il a rejeté la logique de la « distribution des butins » et a martelé que sa culture politique est celle du « sérieux, du travail et de la sincérité au service du pays ». Il a qualifié de « vrais terroristes » ceux qui, selon lui, ont « gâché la joie des Marocains » lors de l’Aïd al-Adha, en référence implicite aux dysfonctionnements ayant entouré l’approvisionnement du marché en viande ovine.

Une lecture unanime au PAM

Selon des sources internes au PAM, la prise de parole de Lekjaa ne surprend pas. Elle s’inscrit dans la ligne qu’il n’a cessé de défendre au Parlement : celle d’une évaluation lucide des politiques publiques, et de la reconnaissance, quand nécessaire, des écarts entre les objectifs et les résultats.

Un responsable du parti, sous couvert d’anonymat, confie : « Si Lekjaa a rappelé une évidence institutionnelle : le Budget mobilise les fonds, mais les filières agricoles sont pilotées par le ministère de l’Agriculture, placé sous la tutelle du RNI depuis 2007. Pointer les résultats insuffisants de l’opération d’importation, c’est légitimement interroger le pilotage sectoriel, pas seulement l’enveloppe financière ». Un autre cadre ajoute : « La qualification de “terroristes” est forte, mais elle traduit une colère légitime face à une situation qui a affecté des millions de foyers. Ce n’est pas un règlement de comptes personnel, c’est une mise en garde contre l’improvisation et le manque de suivi dans des dossiers aussi sensibles ».

Le PAM, dans son ensemble, ne voit pas de division sur ce point. La position de Fouzi Lekjaa est interprétée comme un appel à la cohérence des rôles : il ne s’agit pas de contester la légitimité du gouvernement, mais de rappeler que chaque département doit rendre compte des résultats de ses politiques, surtout lorsqu’elles impliquent des fonds publics importants.

Le refus de la commission d’enquête : une question de crédibilité démocratique

Ce débat sur les responsabilités est d’autant plus prégnant que le groupe parlementaire du RNI a refusé de participer à la commission d’enquête sur le soutien à l’importation des ovins et à la filière d’élevage. Pour le PAM, ce refus ne peut être éludé par des arguments de procédure ou de calendrier. Un élu du parti souligne : « La commission d’enquête est un outil constitutionnel.

Si l’exécution des politiques est satisfaisante, pourquoi la redouter ? Les Marocains ont le droit de savoir comment les aides ont été distribuées, à qui elles ont profité, et pourquoi les prix n’ont pas baissé comme espéré. Se retrancher derrière le pacte de majorité, c’est esquiver l’essentiel ». Cette exigence de transparence est d’autant plus légitime que Lekjaa lui-même a plaidé, dans ses interventions parlementaires, pour la « vertu de reconnaître l’échec » lorsqu’une politique publique n’atteint pas ses objectifs. Pour le PAM, cette approche devrait être généralisée à tous les secteurs, et non limitée à un seul département.

Evaluer pour mieux agir 

Au-delà des polémiques et des échanges vifs, l’affaire met en lumière un enjeu de fond, celui de l’évaluation des politiques publiques au Maroc. Nos sources internes au PAM insistent sur ce point : « La question n’est pas de savoir qui sera ministre demain, ni de distribuer les postes. Elle est de savoir si nos politiques agricoles, nos mécanismes de soutien et notre régulation des marchés sont efficaces. Si ce n’est pas le cas, il faut le dire et corriger. C’est du réalisme, pas du populisme ».

 S.L.

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