Maroc

“Ce geste vient d’ailleurs” : exposition collective au Palais Bahia, Marrakech

Cette exposition est née d’une conviction simple : une scène n’existe pleinement que lorsqu’elle accepte d’entrer dans l’espace public du regard, là où les récits circulent, se discutent, se confrontent et deviennent lisibles.

La présence de cette scène dans le temps fort de 1:54, à travers le programme “What’s On”, n’a rien d’un signe mondain. Elle constitue au contraire une manière d’affirmer que l’émergence mérite mieux que des périphéries. Elle mérite des lieux, des cadres, une exigence. Elle mérite sa place.

“Ce geste vient d’ailleurs” réunit dix artistes autour d’une question directrice : comment les gestes circulent-ils, se déplacent-ils et se transforment-ils au fil du temps ? Ici, ce qui se transmet n’appartient ni au récit écrit ni à des catégories figées. La transmission passe par l’usage, la matière, et par des formes de connaissance où le symbolique et le rituel occupent une place discrète mais active. L’exposition ne cherche pas à produire une unité artificielle, mais rend perceptible une proximité de situations, faite de réalités partagées, de matières situées et d’héritages multiples, à la fois matériels et immatériels.

Une partie des œuvres a été produite à Casablanca lors d’un temps de résidence réunissant des artistes du Sénégal, du Mali, du Togo et de la Côte d’Ivoire avec le Maroc, dans un espace de conversations interrégionales. Les matériaux parlent sans décor : filets de pêche récupérés, tongs usées collectées en déchèterie, images superposées, éléments issus d’usages maritimes, agricoles, domestiques ou artisanaux. Le travail ne gomme pas l’origine ; il la déplace, et fait de l’ordinaire un lieu de correspondances et de charges mémorielles.

Présentée au Palais Bahia, ancien lieu de pouvoir local au tournant du XXe siècle, l’exposition assume un frottement fécond : faire circuler des formes artistiques contemporaines dans un espace marqué par des usages passés, afin d’envisager le patrimoine non comme un objet figé, mais comme un lieu à activer. La scénographie prolonge cette ligne par une dialectique subtile entre intégration et distinction.

Elle dialogue avec la matérialité chromatique et architecturale du palais tout en affirmant une présence contemporaine minimaliste, à travers des modules légers et autonomes, articulés au système de suspension existant et organisant un parcours sans s’imposer aux parois.

“Ce geste vient d’ailleurs” — Exposition collective au Palais Bahia, Marrakech
Dans le cadre du programme “What’s On” de 1:54

L’association BASMA présente “Ce geste vient d’ailleurs”, une exposition collective au Palais Bahia à Marrakech, conçue comme une traversée entre les scènes émergentes du Maroc et de l’Afrique de l’Ouest, et comme un geste fort de transmission.

Ce choix n’est pas seulement esthétique, il est politique au sens noble. BASMA a souhaité que cette exposition soit entièrement conçue, curatée et scénographiée par des jeunes. Non comme un thème, mais comme une responsabilité confiée. Parce que l’enjeu n’est pas de montrer l’émergence, mais de lui donner une architecture du sens, la rigueur d’un cadre et le droit d’écrire sa propre grammaire.



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