Economie

La donnée et le cloud, c’est comme l’argent et la banque

La transformation digitale des entreprises a cristallisé comme jamais le recours au cloud qui présente de nombreux avantages. Se pose la question de savoir quelle stratégie pour un «Move to cloud» en toute confiance ?

Les données n’ont jamais été autant convoitées depuis la naissance du Net. La big data est aujourd’hui au cœur des débats publics et des enjeux mondiaux. C’est donc tout naturellement que la rédaction du journal Les Inspirations ÉCO s’est penchée sur la question en organisant une table ronde sur le sujet du cloud souverain, clé de la souveraineté numérique. Pour mener à bien cet échange autour de cette question d’actualité, trois intervenants ont répondu à Moulay Ahmed Belghiti, modérateur de la rencontre et rédacteur en chef du journal. Il s’agit de Imane Najari, directrice cloud et cybersécurité chez inwi , de Hicham Chiguer, président de l’Association des utilisateurs des systèmes d’information au Maroc (AUSIM), et de Zouheir Lakhdissi, tech entrepreneur et digital consultant.

Premier constat général : en 2023, la transformation digitale au Maroc est plus qu’une réalité. Les entreprises y ont davantage recours bien que le niveau de transformation varie d’un secteur à l’autre. En effet, il y a des opérateurs plus matures que d’autres. Parmi les acteurs les plus aguerris figurent notamment l’offshoring, et le secteur financier qui drainent des champions nationaux et mondiaux, souligne le président de l’Ausim pour qui l’enjeu consiste aujourd’hui à encourager davantage cette dynamique au niveau sectoriel. «Nous le faisons à travers nos assises et aujourd’hui nous travaillons avec d’autres acteurs, notamment touristiques par le biais de la Confédération nationale du tourisme (CNT)», ajoute Hicham Chiguer, très convaincu du potentiel de l’écosystème digital, qui présente des perspectives prometteuses.

le move to cloud

On remarquera d’ailleurs que la pandémie a eu un effet d’accélération contraignant les entreprises à accélérer leur adoption des technologies digitales. Dès lors se pose le débat sur la gestion et le stockage de cette masse de data au niveau des entreprises ayant l’ambition de se développer au niveau national et international, étant appelées de plus en plus à recourir à des serveurs informatiques à distance pour stocker, gérer et traiter leurs empreintes digitales. On entre, sans transition, dans le domaine du cloud.

Gage d’agilité et de flexibilité, le cloud joue un rôle primordial en termes de rentabilité et de croissance de l’entreprise. Il est considéré comme un accélérateur de prise de décision rapide, notamment au niveau du «time to market» qui représente le temps entre la conception d’un produit et sa mise en vente.

En plus de permettre un faible coût et une disponibilité continue, d’augmenter la sécurité et la flexibilité, il donne la possibilité, également, à une PME donnée d’optimiser ses coûts et charges relatifs à la gestion et la maintenance de ses services informatiques, explique Zouheir Lakhdissi.

Les freins au cloud

Malgré ces nombreux avantages qu’offre le cloud, plusieurs entreprises au Maroc hésitent encore à externaliser leurs données informatiques vers des serveurs distants. Il existe plusieurs explications à cela. Dans un premier temps, indique le tech entrepreneur, plusieurs chefs d’entreprise assimilent le cloud à des coûts importants alors qu’en réalité c’est l’inverse qui est plus coûteux.

«En mettant de la donnée sur le cloud, cela permet de sécuriser sa data à moindre coût, plus intéressant que si on devait gérer notre propre infrastructure en dehors du système en question», soutient le digital consultant. L’autre frein à l’externalisation des données au Maroc est d’ordre sociétal dans ce sens que la data demeure une propriété sensible qui pourrait tomber entre de mauvaises mains aux yeux de nombreux patrons.

À ce niveau, se pose la question de savoir comment s’opère un «Move to cloud» ou comment réussir sa transition vers le cloud ? «Il n’existe pas une seule et unique stratégie qui s’applique à tout le monde. Il est très important de prendre en considération les enjeux, visions et objectifs de l’entreprise qui veut passer au cloud. Est-ce que c’est pour accélérer le «time to market», ou améliorer l’efficacité opérationnelle ou pour des besoins d’innovation ? En un mot, il faut avoir une vision cloud claire avant de passer à l’acte, recommande Imane Najari pour qui le «cloud-first» est un élément clé de la stratégie des entreprises existantes qui veulent voir plus grand. Dès lors, le conseil devient un passage obligé sur le parcours cloud de chaque entreprise.

En fonction de tous ces éléments, poursuit  la responsable de l’opérateur télécoms, on détermine la nature du cloud à proposer au client, à savoir un cloud privé, public ou hybride. «Les entreprises ont besoin de conseils mais tout dépend de leur maturité. En ce qui concerne inwi, nous accompagnons nos clients en prenant en compte leurs impératifs en termes de business et d’infrastructures ainsi que leurs objectifs en matière de cloud. En fonction des use cases, nous leur proposons de meilleures solutions optimisées. Ce qui leur permet de créer de la valeur en interne comme en externe», a expliqué Imane Najari.

En effet, de cette première étape s’établit une stratégie de «move to cloud» adaptée au contexte de l’entreprise qui veut externaliser ses services informatiques. Si à priori le parcours paraît compliqué, «on assiste à de plus en plus d’entreprises qui prennent conscience de l’importance d’externaliser leurs services afin de bénéficier de l’ensemble des avantages qu’offre le cloud en termes de sécurité et d’agilité, entre autres», a-t-elle poursuivi.

Imane Najari, Directrice cloud et cybersécurité chez inwi.

«La transformation digitale est un impératif pour le développement économique et social de notre pays. Elle contibue à l’attractivité et la compétitivité de notre pays dans un contexte mondial en constante évolution. Les entreprises et les organisation marocaines doivent réinventer leurs business model et accélerer leurs adoption du cloud pour être agiles, résilientes et innovantes afin de livrer de nouvelles expériences aux clients et citoyens et créer de la valeur ajoutée pour notre pays. Le rythme s’est d’ailleurs accéléré ces dernières années mais nous sommes encore loin du niveau d’adoption observé à l’échelle internationale afin de faire du cloud un vrai levier de transformation».

 

Khadim Mbaye / Les Inspirations ÉCO

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