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Enseignement français au Maroc: les parents poursuivent leur mobilisation

Une semaine, jour pour jour, après la mobilisation d’ampleur organisée devant les établissements français en gestion directe (EGD) du pôle Rabat–Kénitra, la contestation des parents d’élèves ne faiblit pas. Bien au contraire. Le mouvement, né d’un profond sentiment d’injustice et d’une rupture de confiance avec les autorités de tutelle, entre dans une nouvelle phase, plus structurée et plus déterminée.

Après les rassemblements, ce sont désormais plus de lettres signées individuellement par les parents et dont nous avons pu consulter quelques-unes qui ont été déposées au pôle Rabat–Kénitra et à l’Ambassade de France au Maroc par une délégation conduite par les associations de parents d’élèves. Par cet acte collectif et coordonné, d’une symbolique forte, les familles réaffirment, une fois encore, leur refus net et définitif des augmentations tarifaires annoncées et dénoncent une méthode jugée brutale, opaque et déconnectée des réalités locales.

Une hausse jugée insoutenable et injustifiée

Au cœur de la contestation figure une augmentation cumulée des frais de scolarité pouvant atteindre 10.000 dirhams par an et par enfant, à laquelle s’ajoute la création de nouveaux droits d’inscription annuels. Pour de nombreuses familles, notamment issues des classes moyennes, cette trajectoire tarifaire rend toute projection scolaire impossible et fragilise gravement l’accès à l’enseignement français.

Les parents ne contestent pas le principe d’un effort collectif. Ils reconnaissent le contexte budgétaire contraint de l’État français ; mais ils refusent que cet effort repose quasi exclusivement sur les familles du Maroc, sans partage équitable, sans concertation préalable et sans contreparties visibles sur le terrain.

Au-delà des montants, les familles pointent une crise plus profonde, celle de la gouvernance du système. Des décisions majeures sont prises par un conseil d’administration de l’AEFE alors même que le financement repose de plus en plus sur les parents. L’absence de transparence budgétaire, les dérives constatées sur certains projets immobiliers et le manque de concertation nourrissent une spirale de défiance.

Refus de compenser le désengagement de l’État français

Un point cristallise particulièrement la colère : la contribution demandée aux familles pour financer les retraites des fonctionnaires de l’Etat français détachés à Rabat, représentant à elle seule plusieurs dizaines de millions de dirhams à l’échelle du pôle Rabat–Kénitra. Les parents dénoncent un transfert direct de fonds vers Paris, sans réinvestissement local dans les établissements, les infrastructures, les options pédagogiques ou l’amélioration des conditions d’enseignement.

Le collège Saint-Exupéry, symbole d’un malaise plus profond

La colère parentale est également alimentée par le dossier emblématique de la reconstruction du collège Saint-Exupéry de Rabat. Initialement estimé à environ 6 millions d’euros, le projet a vu son budget grimper à 18 millions d’euros, sans justification détaillée, sans transparence sur les arbitrages opérés et sans adhésion des familles.

Alors même que le réseau enregistre une baisse continue des effectifs, le projet est dimensionné pour accueillir jusqu’à 900 élèves, contre environ 600 aujourd’hui. Pour beaucoup de parents, cette démesure illustre une gouvernance déconnectée, où des décisions structurantes sont prises à Paris, loin des réalités locales.

Une mobilisation appelée à se durcir

Les associations de parents d’élèves sont formelles : la mobilisation se poursuivra et se durcira tant que des réponses claires et des mesures concrètes et vérifiables n’auront pas été apportées. Les familles attendent des preuves tangibles que leurs revendications ont été entendues et que les décisions futures s’inscriront dans une vision lisible, concertée et équitable.

Elles refusent d’être mises devant le fait accompli et alertent sur les conséquences à long terme d’une perte de confiance durable. À défaut de réponses correctives urgentes et d’actions concrètes pour la restaurer, c’est l’avenir même du système EGD au Maroc, pilier historique de l’enseignement français dans le pays, qui pourrait être profondément fragilisé.

En attendant, elles donnent rendez-vous mardi prochain pour une nouvelle action !

S.L.



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