Economie

Marché. Adil Bennani : “C’est le moment le plus intéressant pour acheter”

Le marché automobile vit un mois de décembre particulièrement animé. Si les marques ont consenti des efforts pour proposer des promotions, la demande se fait encore quelque peu attendre en raison d’un pouvoir d’achat érodé par l’inflation. Ceci dit l’année devrait se terminer sur une note positive. Le point avec Adil Bennani, président de l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (Aivam). 

La frénésie du mois de décembre va-t-elle permettre de sauver l’année ? Quelles sont les perspectives ?
Les perspectives de l’année tablent sur une stabilité du marché des ventes automobiles. A la lumière de ce que nous constatons, cette stabilité devrait être positive. 2023 pourrait se terminer sur une progression de 0,5 ou 1% des ventes. Le mois de novembre a été, à la surprise générale, assez bon (ndlr: +22%) et le mois de décembre s’inscrit sur la même lignée. Et pour cause, en cette fin d’année, les stocks de véhicules sont disponibles. Et puisqu’il y a du stock, il y a des promotions ! Comme l’année n’a pas été très bonne, les uns et les autres essaient de se rattraper dans un contexte où, il faut le reconnaître, n’est pas totalement au rendez-vous. Ce qui explique les efforts des marques en termes de promotions. Il est aujourd’hui, clairement, le moment le plus intéressant pour un particulier – d’un point de vue purement prix – par rapport à il y a trois ou six mois.

Les braderies de fin d’année peuvent être assimilées à une perte de valeur pour les marques qui peut aussi conduire à une perte d’image ?
 Dans cette période, particulièrement, chaque marque veut écouler ses stocks sans pour autant donner l’impression de brader pour préserver un minimum son image. L’équilibre doit se faire sur l’équation entre les volumes et les prix. C’est un choix à faire. Maintenant si tout le monde s’engage dans une guerre fratricide des prix, tout le monde y laissera des plumes. C’est le client qui en ressort le plus gagnant au final. Le marché automobile qui est en train de revenir à la normale va se diriger de manière naturelle vers une situation meilleure que celle avant covid. Cette pandémie nous a permis d’expérimenter que nous pouvions tout à fait avoir une taille de marché convenable et réaliser des bénéfices lorsque nous savons nous approvisionner à la hauteur de la demande. Mais comme cela reste théorique, la guerre des volumes tire la valeur vers le bas. L’arbitrage devra se faire par rapport à l’image que la marque souhaite maintenir de sa gamme et de ses produits.

Comment voyez-vous le marché automobile en 2024 ?
Il est encore un peu tôt pour se prononcer. L’Europe, qui est notre premier client et notre premier fournisseur, semble ne pas bien se porter. Certains pays européens seraient même en récession. Et cela n’arrange pas forcément les choses pour nous. A cela il faut ajouter l’inflation des matières premières et des prix. Si elle devrait exister, l’inflation sera moins importante puisqu’en termes d’amplitude nous ne serons pas sur les niveaux que nous avions connus les années passées. Les prix devraient jusqu’à une certaine mesure se stabiliser. Les conditions d’accès au crédit devraient continuer à se durcir compte tenu du niveau de risques observés dans le secteur bancaire. Parallèlement, les taux ne vont pas baisser, ce qui fait que le crédit continuera à coûter cher. Parallèlement, l’investissement public va être colossal sur les deux à trois prochaines années pour financer les grands projets structurants du pays comme la reconstruction d’Al Haouz, les préparatifs à l’organisation de la CAN, les gros projets en matière de décarbonation, la montée en puissance à l’export de l’industrie automobile qui devrait permettre de redynamiser les choses. Si on y ajoute la dose naturelle d’optimisme que nous devons avoir et l’attentisme des deux dernières années causé notamment par l’inflation, on devrait aboutir sur un 5% de croissance en 2024.

Quid du véhicule électrique?
 Les véhicules électrifiés représentaient au cours des deux dernières années quelque 700 unités. Dans le détail, il y avait 520 véhicules plug-in hybride et 180 électriques. Nous allons cette année finir au minimum à 1000 unités (ndlr: ce chiffre exclu les véhicules full hybride). Si dans ce total, l’hybride rechargeable représentera 550 unités, en croissance de 10%, le 100% électrique passera à 480 véhicules vendus. C’est plus qu’un doublement du marché de l’électrique pure. Cela veut dire qu’il y a un véritable appétit pour cette technologie drivée par les early adopters. Mais, au-delà, il y a un vrai bénéfice produit compte tenu de l’inflation des carburants, d’une part, et de la baisse des prix de ces véhicules, de l’autre, sans parler de l’impact écologique indéniable. Nous sommes donc satisfaits de cette tendance. Cela dit, ce trend pourrait être plus important si nous avions pu bénéficier davantage d’incitations à l’acquisition de ce genre de véhicules propres. Lorsque l’on voit ce que le Maroc promeut pendant la COP 28, il y a encore des efforts à faire. Il y a également un effort à faire pour développer un réseau de bornes qui couvre le territoire national. Il faut absolument que l’on ait une véritable dynamique de l’ensemble des partenaires pour promouvoir un écosystème qui va proposer des bornes pour les véhicules électriques ainsi que tout le dispositif de recharge que l’on peut avoir dans les entreprises, à domicile, dans la voie publique et dans les autoroutes.

Et le véhicule d’occasion, est-il concerné par cette vague de promotions de fin d’année ?
 Le marché du véhicule d’occasion (VO) se dynamise. Il va connaître une double tendance. Déjà une première trajectoire qui est dictée par une stabilisation de l’inflation. Sous l’effet de la raréfaction des véhicules neufs, nous avons assisté l’année dernière à un véritable renchérissement du prix du VO. Aujourd’hui, le renflouement des stocks des voitures neuves réduit sensiblement la tension sur ce segment.

Néanmoins, le marché du neuf continue de souffrir de l’inflation, du renchérissement du coût du crédit, du durcissement de l’accès au financement… Cela conduit une partie de la clientèle à se diriger vers le VO. Il y a donc là un double effet à la fois positif et négatif qui veut dire que le VO va peser sur le marché. Il n’y aura certainement pas de promotion sur ce segment, mais bel et bien de l’offre et moins de pression à la hausse sur les prix.

Mehdi Labboudi & Moulay Ahmed Belghiti / Les Inspirations ÉCO

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