Chroniques

Futurs lauréats : à vos marques, prêts pour l’emploi !

Par Doumou Khalid
Chercheur pluridisciplinaire

Le monde de 2023 est hyperconnecté, et le Maroc doit encore réussir sa transformation numérique au niveau académique et institutionnel. L’Université Mohammed V de Rabat est très bien positionnée pour ce faire. Elle est en effet première, pour la troisième fois consécutive, dans l’espace maghrébin et également au niveau national avec l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, l’Université Hassan II de Casablanca et l’Université Mohammed Ier d’Oujda, également classées.

Aujourd’hui, le Maroc regorge d’universités bien cotées, mais dans un monde du travail hyperconcurrentiel de par son ouverture sur le monde, les soft skills (compétences non techniques, également appelées compétences de pouvoir, compétences communes, compétences essentielles ou compétences de base, qui sont applicables à toutes les professions) deviennent aussi, sinon plus importantes que les hard skills (à savoir les compétences techniques qu’il est possible d’acquérir au cours de formations ou de stages professionnels). Elles concernent avant tout des savoir-faire pratiques indispensables à l’exécution de certaines tâches récurrentes, d’où l’importance des mentors et autres approches métiers pointues qui devraient aider les mentorés pour la réussite professionnelle née des débouchés qui s’ouvrent devant les lauréats fraîchement émoulus des grandes universités marocaines. Le monde post-covid est celui de l’économie du savoir et de la connaissance, qui est une économie dans laquelle la part des emplois intensifs en connaissance s’est considérablement accrue.
Tirer parti de la puissance du digital
Le poids économique des secteurs liés à l’informatique, la communication et le traitement de l’information jouent un rôle déterminant. Ce monde est donc celui des nouvelles technologies de pointe (high-tech), des industries de substitution, du big data, des ordinateurs quantiques et de l’Intelligence artificielle, des énergies renouvelables (dépollution et lutte contre la désertification), de l’e-learning et du e-commerce destinés à étendre au maximum l’accès à un bassin de clientèle plus large géographiquement dans des domaines divers et variés  : la santé, l’éducation, le logement, et de l’e-gov (administration électronique ou administration en ligne ou encore dématérialisation des services publics désignant l’utilisation des TIC par les administrations publiques visant à rendre les services publics plus accessibles à leurs usagers et à améliorer leur fonctionnement interne). En ce moment où le travail hybride connaît un grand intérêt, il y a un recours toujours plus grand aux applications et services numériques. L’urgence et la nécessité de connecter ceux qui «télé-travaillent», de fournir des outils de collaboration, d’organiser des téléconsultations de santé (39% des médicaments vendus en pharmacie au Maroc sont des génériques – aux États-Unis, ce sont 89% de génériques), de délivrer des solutions dans l’enseignement, c’est ce qui alimente la connectivité vers le cloud, en termes d’adaptabilité et d’agilité. Le monde post-covid est celui de la genèse de l’information et celui de la protection des données sensibles, stratégiques ou critiques, donc également celui de la cybervigilance et de la cybersécurité.
L’objectif du système de gouvernance marocain actuel, on l’aura tous bien compris, vise l’atteinte d’un taux d’intégration supérieur de l’industrie domestique dans une offre économique mondialisée, et donc hyperconcurrentielle, mais surtout en créant en masse des emplois nouveaux dans un pays encore très jeune et très dynamique. Les nouveaux modes de travail en distanciel ou hybrides sont venus bousculer l’ancien mode de travail en présentiel des temps modernes, et cette donnée doit encore être mieux intégrée dans l’offre académique. Et comme disent nos amis anglo-saxons «If you cannot measure it , you cannot improve» (Si vous ne pouvez le mesurer, vous ne pourrez pas l’améliorer). Un apprentissage – quel qu’il soit et qui plus est académique – se fait toujours en dents de scie. Vous travaillez, un mentor corrige votre travail et vous propose de nouvelles pistes de réflexion. Le mentoré ouvert à la recherche et au progrès est celui qui reste à l’écoute du monde environnant, tout en ne se départissant pas d’un objectif clair, net et précis à la fois.
Concentration
L’éparpillement des idées est le grand problème de l’ère post-moderne, mais l’apprenant doit avec patience essayer de franchir des paliers successifs en dépassant à chaque fois ses seuils d’incompétence précédents. Qui domine actuellement le reste du point de vue de la capacité productive ? Les modèles productifs nord-américain et chinois sont ceux qui «drivent» aujourd’hui l’économie mondiale. Mais un tropisme à l’Est est en train de faire du Moyen et de l’Extrême-Orient la nouvelle plaque tournante de l’économie mondiale. Cette réalité est irréfutable. La puissance américaine, qui a dominé l’économie mondiale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’au début du troisième millénaire, s’est fait rattraper par de nouveaux entrants dans la course à l’hégémonie économique et financière mondiale : la Chine et ses nouveaux alliés des Accords de Shanghai et des BRICS, nouvellement renforcés par six pays (Iran, Argentine, Égypte, Éthiopie, Arabie Saoudite et Émirats Arabes Unis), sont le nouveau centre névralgique de l’économie mondiale. Ce tropisme à l’Est doit donc être pris en compte par nos néo-étudiants du supérieur en 2023.
Recyclage efficient
La veille stratégique est également très importante pour ne pas perdre toutes nos éminences grises nationales. Acqui-hiring ou Acq-hiring est un néologisme qui décrit le processus d’acquisition d’une entreprise principalement pour recruter ses employés, plutôt que pour prendre le contrôle de ses produits ou services. Le tout n’étant plus aujourd’hui seulement d’engager les meilleurs talents marocains, mais de savoir les garder au sein de nos entreprises stratégiques. «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme». Cette fameuse citation d’Antoine Lavoisier ne s’applique pas qu’à la conservation de la matière, mais est applicable à toutes les sciences, et, bien entendu, au savoir académique. La découverte ex nihilo est une denrée de plus en plus rare, et il faut que nos étudiants en herbe puissent s’adapter à un monde en constante évolution, et qui change à vitesse grand V. C’est sûr que le chat GPT est un outil à la mode, qui peut aider les étudiants les mieux équipés et les plus outillés intellectuellement, à avoir une vision plus synoptique de toutes les sciences aujourd’hui, mais seuls les étudiants attirés par la formation continue et permanente feront la pluie et le beau temps dans l’avenir. Celui qui nourrit le langage machine et les algorithmes est toujours cette fameuse machine très complexe qui se dénomme le cerveau humain. Il est vrai que les cartes à puces et autres processeurs électroniques risquent de révolutionner notre avenir très proche, et c’est pour cela que ce petit territoire de 36.008 km2 qui s’appelle l’île de Taiwan est si important sur la mappemonde. Où donc doit-on aller chercher la compréhension la plus aboutie de notre environnement économique, social et environnemental qui nous procure cet avantage décisif sur nos congénères du reste du monde ?

 

Lucidité
L’utilisation idoine du multimédia, du «mobile first», la curiosité intellectuelle et la soif inextinguible d’expertises plus approfondies passe par le recours aux sociétés savantes, aux universités qui offrent des cours en ligne (MOOC) et aux leaders d’opinion connus et reconnus qui acceptent de jouer leur rôle de leader d’opinion, et de mentors. Car la transmission du savoir de la génération descendante à la génération montante est la seule garantie qu’un pays pourra se développer dans le domaine de la R&D et grandir dans la durée sur l’échiquier mondial. Les bibliothèques numériques permettent de donner naissance à des illuminati au sens noble du terme. Sommes-nous touchés par la grâce et l’effluve divine dénommée «Elbaraka» chez nous, ou la lucidité et la perspicacité dans nos choix de carrière et de vie peuvent-ils également provenir d’un travail d’analyse et d’introspection de longue haleine ? Pour un quinquagénaire qui a touché à de nombreux domaines, et a travaillé dans le public comme le privé, la réponse est claire et sans appel.

Le travail assidu et continu sur soi-même paie toujours en fin de compte quand on sait garder la tête froide et toute l’humilité nécessaire au processus d’apprentissage dans la durée. C’est la constance dans l’effort et la persévérance qui sont la clé du succès de toute entreprise humaine. Et c’est dans la recherche de l’excellence dans tout ce que l’on entreprend à l’Université comme en dehors de ses murs, c’est ça le fin mot de l’histoire. L’Université d’excellence n’est qu’un outil parmi d’autres pour renforcer nos acquis dans tous les domaines possibles et imaginables. Ceux qui considèrent le diplôme comme une fin en soi n’ont rien compris. Le diplôme n’est qu’un moyen parmi d’autres d’atteinte de la reconnaissance sociale. Mais les lettrés ou les profils dits «quants» ne sont pas tous issus des bancs de l’école. Faites donc pour le mieux, jeunesse, pour bien choisir vos études en fonction de vos penchants personnels et de vos passions secrètes.

Pour phosphorer dans n’importe quel domaine, que ce soit au niveau académique ou professionnel, c’est l’amour éperdu qui dicte le degré d’engagement que l’on met à la tâche ou à l’ouvrage. Comme disait Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues, «un Homme sans passion est un roi sans sujets». Et pour qu’une université d’excellence réussisse au Maroc, il faut qu’elle offre à chacun de ses étudiants l’opportunité de découvrir ses atouts spécifiques, son talent individuel et ses penchants naturels. Toute autre mission allouée à l’enseignement supérieur ne serait que peine perdue.

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