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Étudier en France coûtera désormais plus cher : les étudiants marocains concernés

En remplaçant le seuil historique de 615 euros par 47% du SMIC brut, le gouvernement français ne se contente pas de revaloriser une exigence. Il arrime le visa étudiant à la capacité de travail autorisée, crée un indice mobile indexé sur l’inflation, et signe la fin d’une référence sociale figée depuis 2002. Pour le Maroc, premier pays d’origine des étudiants étrangers en France, cette mutation tombe au pire moment : les effectifs y reculent déjà. Ce que la réforme impose désormais, ce qui reste faisable, et ce qui ne passera plus.

Alors que le 1er septembre, date indicative souvent retenue pour la rentrée scolaire et universitaire en France, pointe à l’horizon, à Casablanca, Rabat ou Marrakech, des centaines de dossiers de visa étudiant attendent sur le bureau des consulats français.

Depuis quelques jours, une règle a changé, et elle pourrait redessiner la carte de la mobilité étudiante marocaine. Le 28 juillet, sans grande fanfare, le site France Visas a publié un avis laconique : à partir du 1er août, les ressources minimales exigées pour un visa long séjour étudiant passent de 615 € à 877,50 € par mois.

Derrière cette actualité, c’est un décret gouvernemental, le n° 2026-526 du 22 juin, qui a méthodiquement démonté un seuil en vigueur depuis 2002 pour le remplacer par un mécanisme indexé sur le SMIC. Pour les étudiants marocains qui rêvent de poursuivre leur études en France, l’onde de choc est réelle. Que s’est-il vraiment passé ? Que faut-il désormais prouver, et comment ? Zoom sur une réforme qui en dit beaucoup sur la nouvelle doctrine migratoire française.

Ce que révèle le décret
Tout commence le 24 juin 2026 au Journal officiel. Le décret n° 2026-526, signé par le Premier ministre Sébastien Lecornu et le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, enterre un montant qui n’avait plus bougé depuis l’arrêté du 31 décembre 2002.

À l’époque, les 615 € correspondaient à l’allocation d’entretien mensuelle versée aux boursiers du gouvernement français. Mais cette allocation n’a jamais été réactualisée, ce que la Cour des comptes française a vertement critiqué dans un rapport de mars 2025 sur l’attractivité de l’enseignement supérieur. Le décret reprend ces conclusions presque mot à mot : le seuil était «trop faible pour garantir des moyens d’existence suffisants» et sa référence n’était «pas pertinente ni évolutive».

Le nouveau mécanisme est radical. L’article R. 422-2 fraîchement créé dans le code de l’entrée et du séjour des étrangers (CESEDA) fixe désormais les ressources à «47% du montant brut du salaire minimum de croissance mensuel en vigueur au jour du dépôt de la demande pour une activité à temps plein».

Avec le SMIC applicable au 1er août 2026, cela donne très exactement 877,50 euros. Le taux de 47% brut équivaut à 60% du SMIC net. Pourquoi 60% ? Parce que, comme le rappelle le décret, les étudiants étrangers sont autorisés à exercer une activité salariée accessoire «à hauteur de 60% du temps de travail annuel».

Un choix qui est tout sauf anodin. Le gouvernement français ne se contente pas de revaloriser un chiffre. Il crée un lien mécanique entre le coût de la vie supposé de l’étudiant et sa capacité de travail autorisée. En clair, on vous demande de justifier au départ des fonds que vous pourriez, en théorie, gagner vous-même une fois sur place. Une philosophie de l’autofinancement qui rompt avec une logique d’accueil où l’étudiant était pensé comme un bénéficiaire de bourses.
L’autre rupture, c’est l’indexation. Le montant n’est plus figé. Il suivra, au moins annuellement, l’évolution du SMIC et l’inflation. Ce qui signifie que le seuil de 877,50 € pourra être relevé sans débat parlementaire. Pour les familles, c’est une variable budgétaire imprévisible. Le décret est publié le 24 juin, mais l’annonce grand public sur France Visas tombe le 28 juillet, quatre jours avant l’application.

Ce qui change concrètement
C’est aux guichets marocains que les conséquences se mesureront. Il va falloir expliquer aux familles que le montant à justifier a bondi de 42,7%. Une famille modeste qui avait épargné 7.380 euros pour une année de licence se retrouvera face à un besoin de 10.530 euros. La différence, 3.150 euros (environ 33.900 à 34.000 dirhams), n’est pas anecdotique dans le contexte économique actuel.

D’abord, les documents acceptés pour prouver ces ressources : épargne personnelle, garant financier, bourse, ou toute autre pièce reconnue par l’autorité consulaire. Ce qui est obligatoire et non négociable, c’est la traçabilité mensuelle. Un relevé bancaire montrant un solde ponctuel de 11.000 euros sans historique stable ne suffit plus. Le consulat va scruter la disponibilité effective pour chaque mois du séjour.

Pour beaucoup de parents marocains, l’option du garant résidant en France deviendra certainement la seule solution viable. Un oncle ou un cousin installé à Lyon ou Strasbourg, avec un avis d’imposition et des bulletins de salaire, peut s’engager à verser 877,50 euros mensuels. Le dossier doit alors inclure une attestation de prise en charge notariée ou un engagement bancaire. C’est un cadre qui existait déjà, mais qui pourrait se généraliser. Autre exemple concret : l’étudiant boursier.

Si vous bénéficiez d’une bourse d’excellence couvrant vos frais de vie, le montant de la bourse doit atteindre ce nouveau seuil. Une bourse de 700 euros par mois, qui passait avant 2026, devient désormais insuffisante. L’étudiant devra alors compléter par une épargne personnelle ou un garant pour les 177,50 euros mensuels manquants.

Les solutions dépassées

Il y a de quoi mettre en garde contre des pratiques qui ne passeront plus la rampe. Faire un virement unique de 10.000 euros sur un compte fraîchement ouvert et présenter ce relevé comme preuve de ressources mensuelles, c’est désormais inopérant. Les consulats connaissent ces schémas et exigent une continuité de ressources sur la durée totale du visa.

De même, le virement mensuel depuis une banque marocaine vers un compte français, bien que techniquement possible, se heurte à la rigueur du taux de change et aux frais de transfert. Une famille qui opte pour ce système doit démontrer qu’elle peut virer 877,50 euros chaque mois, quoi qu’il arrive, pendant un an. Un historique de virements irréguliers ou de montants variables pourrait entraîner un refus quasi automatique.
Le compte bancaire bloqué pourrait être une solution plus sécurisante aux yeux du consulat : une somme correspondant au montant total des ressources exigées, soit 10.530 euros pour un an, déposée sur un compte bloqué et qui est débloqué mensuellement à hauteur de 877,50 euros.

Autre piste : la caution solidaire d’un résident fiscal français. Le garant doit justifier de revenus stables, généralement trois fois le montant de l’engagement, soit environ 2.632 euros nets mensuels, et accepter d’être redevable solidaire des dettes éventuelles de l’étudiant. C’est un acte lourd. Beaucoup de garants potentiels dans la diaspora ne mesurent pas la portée juridique de leur signature.

Quant aux prêts étudiants, rappelons que l’offre est quasi inexistante pour un étudiant étranger avant son départ. Les banques françaises exigent généralement un cautionnement local. La piste du prêt transfrontalier reste donc marginale.

Un pari risqué
Replaçons la réforme dans une stratégie globale. La France veut 500.000 étudiants étrangers en 2027, selon la stratégie «Bienvenue en France». Mais cette hausse du seuil est contradictoire avec cet objectif. Les chiffres de Campus France 2025 sont à cet égard parlants : le Maroc reste le premier contingent, mais avec une baisse de 4% des effectifs en 2023-2024, et l’Algérie, troisième pays d’origine, a vu ses visas étudiants chuter de 23% en 2024.
La Cour des comptes française pointait un seuil trop bas pour couvrir les besoins réels.

Mais le passage brutal à 877,50 euros risque d’exclure une partie des étudiants des classes moyennes marocaines, précisément ceux qui ne peuvent ni bénéficier d’un garant familial en France ni mobiliser 10.530 euros d’épargne immédiate.
Le Maroc n’est pas le seul pays en jeu. La mobilité depuis l’Afrique subsaharienne, qui représente 25% des étudiants étrangers en France, a connu une croissance de 34% en cinq ans, mais c’est une population encore plus vulnérable à un relèvement des ressources.

Le Sénégal, cinquième contingent avec 16.955 étudiants, verra lui aussi un impact direct. Le décret ne prévoit aucune dérogation, sauf cas spécifiques prévus par les textes existants. Les étudiants déjà inscrits dans un établissement français avant le 1er août 2026 et qui solliciteront un renouvellement de titre de séjour seront soumis au nouveau critère, comme le précise l’article 4 du décret n° 2026-526. Un étudiant en troisième année de licence, qui a toujours eu des ressources de 615 € par mois et qui doit renouveler son titre, devra soudainement prouver 877,50 € mensuels. Les préfectures risquent de refuser le renouvellement si la situation financière n’a pas évolué.

Sur le terrain, certaines familles exploreront les bourses du programme Erasmus+, d’autres se tourneront vers les universités marocaines à partenariat français, le Canada, la Belgique et autres. Mais la voie royale vers la France vient de se payer un péage bien plus élevé, et pour beaucoup, c’est un rêve qui s’éloigne

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