Maroc

Lamia El Guermai, l’artiste marocaine qui fait parler les couleurs

Née à Casablanca, Lamia El Guermai est une artiste peintre marocaine autodidacte dont l’univers s’est construit à la croisée de la poésie, de la pensée et de la peinture. Depuis l’enfance, les mots et les images nourrissent sa sensibilité. Peu à peu, la peinture s’est imposée comme son langage privilégié, jusqu’à devenir une manière d’habiter le monde, de l’interroger et de le réinventer.

Son parcours l’a conduite à participer à plusieurs expositions individuelles et collectives. Cofondatrice du groupe de quatre artistes peintres « Les Passionnées d’art », elle a également pris part à la réalisation de toiles à huit mains et à une exposition au Théâtre national Mohammed V.

Une peinture libre, entre ordre et vertige

L’univers de Lamia El Guermai échappe aux classifications faciles. Sa peinture explore les tensions qui traversent l’existence : le beau et le laid, le nouveau et l’ancien, l’ombre et la lumière, l’homme et la femme, le bien et le mal, la jeunesse et le temps qui passe.

Sa démarche repose sur une grande liberté d’interprétation. Elle puise dans les images, les figures et les références artistiques pour les transformer et les intégrer à son propre langage. Les formes deviennent des signes, les personnages se chargent de sens et les objets acquièrent une présence qui dépasse leur fonction première.

La couleur occupe une place centrale dans cette recherche. Exubérante, contrastée, parfois inattendue, sa palette fait cohabiter les nuances comme autant de voix dans une même composition. Les couleurs ne se contentent pas de représenter : elles suggèrent, interrogent, troublent et ouvrent des espaces d’interprétation.

L’artiste et son labyrinthe intérieur

Chez Lamia, l’œuvre ne livre pas immédiatement toutes ses clés. Elle se construit comme un récit ouvert, un puzzle dont chaque spectateur recompose les fragments à partir de sa propre sensibilité.

Figures humaines, silhouettes, gestes, tissus, tapis et éléments du quotidien se rencontrent dans des compositions où le réel dialogue avec l’imaginaire. Les références se déplacent, les formes se réinventent et les apparences deviennent le point de départ d’une lecture plus profonde.

Sa peinture interroge la condition humaine, les contradictions du monde et les frontières entre ce qui est visible et ce qui demeure caché. Derrière l’exubérance des couleurs se dessine une réflexion sur la liberté, l’identité, la mémoire et la place de l’individu dans son environnement.

Le regard de Christian Parisot

Dans les textes qu’il consacre à son travail, Christian Parisot, historien et critique d’art, souligne la singularité de la démarche de Lamia El Guermai : son indépendance, son énergie créatrice et sa capacité à faire dialoguer des figures et des références multiples sans enfermer sa peinture dans un mouvement unique.

Son regard met en lumière une artiste qui s’approprie les images pour mieux les transformer, qui fait de la toile un espace de liberté et qui laisse à l’œuvre le pouvoir de déstabiliser les certitudes du spectateur.

Cette rencontre entre création et regard critique révèle une dimension essentielle de l’art : l’artiste donne forme à une vision personnelle du monde, tandis que l’historien contribue à en éclairer les significations et à en préserver la mémoire.

Peindre, sans cesser de chercher

Lamia El Guermai poursuit son chemin à l’écart des frontières rigides et des définitions toutes faites. Sa peinture est un mouvement permanent, une exploration de l’inconnu, une manière de donner corps à des pensées et à des émotions que les mots ne suffisent pas toujours à exprimer.

Pour elle, créer revient à questionner, déplacer les regards et ouvrir des chemins vers d’autres interprétations. Chaque œuvre devient un espace de rencontre entre l’intime et l’universel, entre l’expérience personnelle et l’imaginaire collectif.

Lamia El Guermai ne cherche pas seulement à peindre ce qu’elle voit. Elle peint ce qui la traverse, ce qui la questionne et ce qu’elle souhaite nous donner à voir autrement.

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