Maroc

Départ du RNI vers le PAM : la mise au point de Marouane Chbaatou

Suite au communiqué du Rassemblement national des indépendants (RNI), dénonçant des « pressions » et des tentatives de ralliement visant plusieurs de ses élus au profit du Parti authenticité et modernité (PAM), le député de la province de Midelt, Marouane Chbaatou, sort du silence pour expliquer les raisons de son départ.

Dans une déclaration adressée à l’opinion publique, l’élu annonce avoir décidé de quitter le RNI après plusieurs années d’engagement au sein du parti pour poursuivre son parcours politique au PAM. Une décision qu’il présente comme mûrement réfléchie et qui, selon lui, n’est liée ni à une querelle personnelle ni à une quelconque pression politique.

« La décision n’a pas été facile et ne résulte ni d’un différend personnel ni d’un moment de colère », explique-t-il, assurant avoir toujours privilégié le règlement des désaccords au sein du parti et la défense de ses intérêts.

Mais, poursuit-il, plusieurs épisodes ont progressivement nourri son malaise. Le député affirme notamment avoir eu le sentiment que la province de Midelt ne bénéficiait pas de l’attention qu’elle méritait au sein du parti et que le travail réalisé sur le terrain par les élus et les militants ne trouvait pas toujours le même écho au niveau central.

Il cite notamment une récente rencontre partisane organisée à Midelt. La présence du président du RNI, Mohamed Chaouki, est saluée par l’élu, mais l’absence de membres du gouvernement l’aurait interpellé, alors que plusieurs ministres et responsables se trouvaient, au même moment, dans une autre province.

Pour autant, Marouane Chbaatou affirme avoir dépassé cet épisode, comme il dit l’avoir fait pour d’autres situations auparavant.

Le dossier de l’artisanat, « la goutte d’eau »

C’est finalement un dossier concernant le secteur de l’artisanat qui aurait précipité sa décision. Le député explique avoir rencontré plusieurs professionnels du secteur à Midelt et recueilli leurs doléances. Il s’était alors engagé à organiser une rencontre avec le secrétaire d’État chargé de l’Artisanat afin qu’ils puissent exposer directement leurs difficultés et chercher des solutions.

Selon son récit, ses tentatives pour contacter le responsable gouvernemental sont restées sans réponse pendant plus d’un mois.

« Je ne demandais rien pour moi et il ne s’agissait pas d’un intérêt personnel », affirme-t-il. Il explique qu’en tant que député, son rôle était de porter les préoccupations des citoyens de sa circonscription auprès des responsables concernés.

Cette situation l’aurait placé dans une position particulièrement délicate vis-à-vis des professionnels qui attendaient de lui qu’il respecte son engagement.

Pour lui, le problème dépasse largement la question d’un appel téléphonique resté sans réponse. « Un député, lorsqu’il contacte un responsable gouvernemental pour porter les problèmes de citoyens, ne le fait pas pour satisfaire un intérêt personnel », souligne-t-il, estimant qu’il doit au minimum pouvoir être entendu, même si la réponse consiste à reporter ou à refuser une rencontre.

Il dit alors s’être posé une question fondamentale : « Quelle est la valeur d’un poste politique s’il ne vous aide pas à servir les personnes qui vous ont accordé leur confiance ? » C’est, selon lui, cette réflexion qui a finalement conduit à son départ.

« Je quitte le RNI sans animosité »

La déclaration de Marouane Chbaatou intervient dans un contexte particulier. Dans son communiqué publié mardi, le RNI a dénoncé ce qu’il considère comme des opérations de recrutement politique menées par le PAM auprès de ses élus et responsables, estimant que ces pratiques portent atteinte à l’éthique du jeu politique et au principe d’une concurrence démocratique saine.

Sans répondre directement à ces accusations, le député présente son départ comme un choix personnel, motivé par son expérience politique et son rapport au terrain.

Il prend d’ailleurs soin de ne pas rompre avec son ancienne formation. « Je quitte le RNI sans animosité envers quiconque », affirme-t-il, ajoutant conserver « tout son respect » pour plusieurs dirigeants et militants du parti, notamment son président, Mohamed Chaouki.

En rejoignant le PAM, Marouane Chbaatou dit vouloir entamer une nouvelle étape de son parcours politique sans renier son passé ni nourrir de rancœur à l’égard de ses anciens camarades.

Son ambition, assure-t-il, reste toutefois la même : rester proche des habitants de Midelt, porter leurs préoccupations et défendre leurs intérêts.

« Je quitte aujourd’hui une formation politique pour en rejoindre une autre, mais je ne renonce pas à l’engagement qui m’anime depuis le début », conclut-il.

Cette prise de parole apporte ainsi la version du principal intéressé au débat déclenché par le RNI. Alors que le parti dénonce des tentatives de débauchage de ses élus à l’approche des prochaines élections, Marouane Chbaatou affirme, de son côté, que son départ relève avant tout d’un choix politique personnel, nourri par plusieurs mois de frustrations et par le sentiment de ne plus disposer des moyens nécessaires pour défendre efficacement les intérêts de sa circonscription.

Soufiane Laraki

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