Maroc

AL Kitenge Lubanda : “L’agriculture africaine est en train de se réveiller”

AL Kitenge Lubanda
Économiste, spécialiste de l’Afrique

Malgré le contexte de changement climatique pas du tout favorable, l’agriculture africaine est appelée à se moderniser, renforcer sa productivité afin de répondre aux défis de la souveraineté alimentaire. Et pour l’économiste AL Kitenge Lubanda, le train est en marche.

Comment se porte l’agriculture africaine ces dernières années ?
L’agriculture africaine prend conscience de son rôle. Elle devient de plus en plus intelligente et augmente ses ambitions. Plusieurs pays font des progrès dans leurs stratégies sectorielles. Nous avons, par exemple, le cas du Zimbabwe qui a réussi à gagner sa bataille dans le blé. Ils ont désormais réussi le pari de l’autosuffisance en la matière. Le Sénégal a également réalisé des avancées et pris des décisions importantes.

Le Cameroun s’active pour substituer les importations des produits agricoles, et la RD Congo a terminé sa stratégie de faire de l’agriculture un business dans toute sa chaîne de valeur. Cela sous-entend que l’agriculture, qui était totalement absente dans certains niveaux de production à cause des méthodes héritées de la colonisation, est en train de se réveiller afin de se mettre au rythme des investissements, de la production, et surtout s’imposer dans toute la chaîne.


Quels sont les enjeux de l’agriculture africaine, dans ce contexte de crises qui se multiplient ?
Les enjeux actuels sont des enjeux de commerce. Les supermarchés qui se déploient sur le continent sont des supermarchés entonnoirs, destinés à écouler des produits venant de l’extérieur. De ce fait, à l’époque, on assistait à des supermarchés français et européens, aujourd’hui, on assiste à l’essor de supermarchés chinois et indiens. L’objectif c’est de prendre possession du terrain pour être en mesure d’y écouler des biens produits ailleurs. Le continent prend toutefois conscience qu’il lui faut déployer des supermarchés modernes capables d’attirer, dans le cadre d’une logistique organisée, des biens cultivées localement et transformés localement. D’où toute la question de l’intelligence liée aux technologies et aux équipements, sans parler bien évidemment de l’organisation liée à la modernisation agricole.

Pensez-vous que l’Afrique a réussi le pari de l’autosuffisance alimentaire grâce à son agriculture ?
L’Afrique a dépassé l’ambition de l’autosuffisance. Nous voulons une ambition beaucoup plus grande. Celle de la souveraineté alimentaire. La souveraineté nous donne le pouvoir de faire du business agricole, du business alimentaire. Et cela pour être en mesure de nourrir à la fois le pays, le continent, et par la suite, répondre à la demande mondiale. L’ambition c’est celle d’être détenteurs de terres agricoles plus viables que celles du continent, en termes de nombres de personnes, mais aussi de pouvoir dépasser les contraintes climatiques qui compliquent le développement agricole.

Comment transformer cette agriculture en agriculture productive et moderne ?
Je crois que l’Afrique se trouve à un moment où elle peut nourrir ses enfants, mais aussi les enfants du monde. Les progrès scientifiques peuvent aujourd’hui accélérer la concrétisation de cette ambition. L’intelligence et la capacité de créativité des Africains peut aussi être sollicitée pour réussir ce pari. Cela sous-entend que l’autosuffisance ne suffit pas, mais il faut être dans une logique de souveraineté. Une gouvernance économique est nécessaire, ainsi que l’ouverture du marché continental entre pays africains. Et dans ce sens, je pense que le partage d’expérience est plus que nécessaire. Les pays africains qui ont de l’avance dans le domaine agricole peuvent servir d’exemple aux autres.

Abdellah Benahmed / Les Inspirations ÉCO

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