Economie

Henri Nzouzi : “L’Afrique Centrale ne repose sur aucun secteur en particulier”

La diversification économique dans les pays dotés de ressources naturelles, comme en Afrique Centrale, passe par la promotion de nouveaux secteurs. C’est le cas dans les services, où l’on essaie de se faire une place. Exemple de l’Afrique centrale dans cette interview avec Henri Nzouzi, spécialiste de l’Afrique.

Quels sont les secteurs les plus attractifs actuellement pour les investisseurs en Afrique centrale ?
L’Afrique Centrale est un des marchés qui connaît la plus forte croissance au monde grâce à son économie en expansion, ses nombreux secteurs industriels et sa population jeune. La RDC, le Congo (Brazzaville), l’Angola, le Gabon, le Cameroun et la Guinée Équatoriale, par exemple, connaissent une croissance spectaculaire de leurs revenus économiques dans plusieurs secteurs.

L’agriculture, les télécommunications, les services bancaires, les infrastructures ainsi que les mines, le pétrole et le gaz font partie des industries qui enregistrent la croissance la plus rapide. Les secteurs économiques en pleine croissance se caractérisent aussi par des taux de croissance élevés, une rentabilité impressionnante et une très faible consolidation. L’Afrique Centrale ne se repose sur aucun secteur en particulier, mais demeure très attractive dans les six domaines clés.

Quels sont ces domaines clés ?  Pouvez-vous nous les citer de façon synthétique ?
D’abord, il y a le secteur bancaire et financier en premier. Ce secteur a connu une croissance rapide au cours des dernières décennies en Afrique Centrale. Alors qu’il était autrefois une pâle copie du secteur bancaire occidental, il est devenu une industrie clé, qui contribue fortement à l’expansion de l’économie régionale. Il est aujourd’hui une source d’emplois essentielle, pour les Africains et les entreprises de tous types, et offre des perspectives intéressantes pour les investisseurs étrangers.

Ensuite, je vais citer le secteur des technologies de l’information et des télécommunications (TIC). Il a connu un redressement spectaculaire, faisant entrer l’économie de la région dans une nouvelle ère. Il est en même temps devenu extrêmement concurrentiel et seules les meilleures entreprises survivent.

L’Afrique Centrale compte plusieurs dizaines de millions d’abonnés à des services de télécommunications. Ce nombre important a permis à de nombreux commerçants en ligne de prospérer, même dans des marchés de niche. La demande croissante de services de télécommunications attire de nombreux investissements dans ce secteur.

On parle aussi des secteurs du transport et de la logistique, sans oublier l’industrie minière bien évidemment ?
Effectivement. Le troisième secteur que je répertorie c’est justement celui du transport et de la logistique. Ces dernières années, plusieurs gouvernements africains de la région ont fait d’importants investissements dans des infrastructures de transport modernes et étendues. Ces efforts de financement visent généralement à encourager le développement économique et à le diffuser.

Ce secteur peut contribuer à la croissance d’autres secteurs attrayants pour les investisseurs. Le quatrième, comme vous l’avez souligné, c’est l’industrie minière. Le potentiel jusque-là inexploité de ce secteur dans certains pays a depuis été révélé par des projets gouvernementaux visant à faire grimper sa contribution au PIB dans les prochaines années. Un pays comme la RDC concentre à lui seul près des 3/4 des ressources minières d’Afrique Centrale. Ce secteur offre donc de nombreuses possibilités aux investisseurs étrangers.

Enfin quels sont les deux derniers domaines clés que vous avez relevés ?
Il s’agit du secteur agricole et agro-industriel. L’agriculture est un secteur important de l’économie de la région depuis des décennies. Qu’il s’agisse des activités économiques autour de l’agriculture ou du marché des produits agricoles, les possibilités d’investissement sont légion. Tant l’agriculture que le secteur de la transformation des produits agricoles ont un important potentiel de croissance, et ils ont une grande influence l’un sur l’autre. Enfin, le secteur des soins de santé. Au vu du nombre croissant d’entreprises pharmaceutiques qui produisent des médicaments génériques, il est probable que certaines d’entre elles investissent sur le continent africain, et plus spécifiquement en Afrique Centrale.

Cela dit, comment se porte l’économie d’Afrique Centrale ?
Il faut distinguer en Afrique Centrale, deux organisations régionales à caractère économique ou monétaire :
la CEMAC et la CEEAC. Dès lors, il convient de bien distinguer l’une et l’autre qui n’évoluent pas au même rythme en matière d’intégration.

Au cours des deux dernières décennies, les économies d’Afrique Centrale ont connu des changements structurels limités, même si la situation a été variable selon les pays. L’évolution de la structure des économies de la région sur la période 2010-2020, par exemple, a été caractérisée par une augmentation de la part du secteur extractif dans le PIB dans la plupart des économies de la région, et une baisse progressive de la contribution de l’industrie manufacturière et du secteur des services, même si l’on note quelques spécificités selon les pays.

Aujourd’hui, si on prend la région dans son ensemble, après la crise sanitaire de la Covid-19, la part du secteur manufacturier a baissé, tandis que celle du secteur des services a fortement augmenté.

Qu’en est-il du climat des affaires ?
Il existe aujourd’hui des critères précis en matière d’attractivité. Je fais notamment allusion à la qualité des infrastructures, l’administration, l’économie, la finance, le social, le développement durable et les facteurs de coûts de production. Globalement, la plupart des pays d’Afrique Centrale ont engagé de vastes réformes et adopté diverses stratégies pour améliorer le climat et leur environnement des affaires.

Quels sont les défis auxquels les économies de la région sont confrontées ?
Aujourd’hui, d’autres défis cruciaux attendent l’Afrique Centrale dans un monde qui se recompose très vite. Il faut créer les conditions pour la ZLECAF et la libre circulation effective dans l’espace CEMAC et CEEAC. Il faut mettre l’accent sur l’intégration par les infrastructures. Plusieurs projets intégrateurs prioritaires retenus pour la période 2023-2028 font d’ailleurs la part belle aux corridors routiers et ferroviaires, parmi lesquels le fameux pont-route-rail qui doit relier, à l’horizon 2028, les capitales des deux Congo, Brazzaville et Kinshasa.

Abdellah Benahmed / Les Inspirations ÉCO

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