Maroc-Espagne: un spécialiste analyse la crise actuelle

L’universitaire Abdelali Barouki, spécialiste des relations maroco-espagnoles à l’Université Mohammed V de Rabat, met en lumière, dans un entretien à la MAP, les problématiques posées par la crise actuelle entre Rabat et Madrid et les bévues du gouvernement espagnol, qui remettent en question l’étendue de la démocratie du système espagnol et de la séparation entre les pouvoirs judiciaire et exécutif, et leur respect des principes démocratiques suprêmes.

1- Quelle est votre lecture de la crise actuelle entre le Maroc et l’Espagne?

Pour un spécialiste des relations entre le Maroc et l’Espagne, la crise actuelle n’est ni étrange ni surprenante. Les crises font partie de ces rapports, d’autant plus qu’il s’agit de trois questions structurelles : le Sahara marocain, l’immigration et les présides occupés de Sebta et Mellilia.

2- Quelles sont les manifestations du non-respect par l’Espagne de ses obligations internationales après avoir reçu un criminel de guerre sur son territoire?

Le gouvernement espagnol n’a pas encore trouvé de justification convaincante à sa décision de recevoir le chef des séparatistes du « polisario », le dénommé Brahim Ghali. Un fait que lui reprochent les médias espagnols ainsi qu’un certain nombre de politiciens. Cette affaire vient remettre en question la démocratie du système espagnol et l’étendue de la séparation entre les pouvoirs judiciaire et exécutif et leur respect des principes démocratiques suprêmes.

Il est vrai que l’Espagne a tenté de justifier l’accueil du dénommé Brahim Ghali en invoquant des raisons « humanitaires », comme elle l’avait fait auparavant avec de nombreux séparatistes qui sont soignés dans les hôpitaux espagnols, mais la question est différente cette fois-ci, en raison des procès et chefs d’accusation intentés depuis des années contre ce criminel.

3- Comment expliquer la position de l’Espagne, étant donné que le Maroc a toujours été un pays ouvert à la coopération dans tous les domaines, y compris la sécurité et la lutte contre l’immigration clandestine?

Ce double langage dans les positions de l’Espagne a toujours marqué ses relations avec le Maroc et l’Algérie. Nous connaissons très bien les intérêts de l’Espagne avec le voisin de l’est, en particulier ceux liés au gaz, et nous connaissons également les intérêts de l’Espagne avec le Maroc. Madrid a toujours tenté de trouver un équilibre dans ces relations, surtout au niveau du discours officiel, sans pour autant tomber dans le piège de pencher pour l’une ou l’autre partie. Cependant, l’accueil en secret du dénommé Brahim Ghali, sous une fausse identité, en connivence avec l’Algérie, témoigne de la prise de conscience des Espagnols de la sensibilité du dossier. Mais l’Espagne a violé les normes et coutumes diplomatiques avec le Maroc et n’a même pas pris la peine d’informer son voisin du sud, d’une manière ou d’une autre. Maintenant, après que l’affaire a éclaté au grand jour, l’Espagne se trouve devant un dilemme. Elle n’a pas osé s’excuser auprès du Maroc, ni pour autant exprimer sa bonne intention de remédier à la situation et faire en sorte que la justice suit son cours normal contre le criminel de guerre qu’elle accueille.

4- Comment expliquer le double langage de l’Espagne sur le dossier de l’intégrité territoriale du Royaume?

Le discours des Espagnols change à chaque fois que l’on traite de la question du Sahara marocain ou des présides occupés de Sebta et Mellilia. Ce discours diffère selon la source des positions entre la gauche et la droite. Le traitement de la question du Sahara marocain varie entre le Parti populaire et le Parti socialiste, sachant que le premier ne sympathise pas idéologiquement avec la thèse séparatiste, alors que les socialistes soutiennent les séparatistes dans tous les forums, en dépit de certaines positions récemment enregistrées à leur égard, en empêchant par exemple l’organisation d’une session au Parlement espagnol à la faveur du « polisario ». Cependant, les tendances de l’Espagne en faveur des séparatistes, qui se sont renforcées avec l’arrivée récemment de « Podemos » au gouvernement, l’ont empêché d’accepter la proposition marocaine. Si la question de Sebta et Mellilia trouve une résonance plus large au sein du Parti populaire, de nombreux symboles du Parti socialiste y voient en revanche l’un des derniers bastions du colonialisme qu’il faudra traiter.

5- Le Maroc refuse d’être une carte à utiliser dans les conflits internes (par les partis politiques) en Espagne, qu’en pensez-vous?

Tout ce qui touche au Maroc fait partie de la politique étrangère espagnole. Dans les nouvelles approches de l’étude des politiques étrangères des pays, il n’est pas possible de séparer les variables internes et externes. Car de nombreuses questions internes ont toujours un impact sur les politiques étrangères des pays et ont donc une incidence directe sur l’élaboration des politiques étrangères.

Pour ce qui est de l’Espagne, ce qui ne devrait pas arriver, c’est que les partis luttent, selon leur position au gouvernement ou dans l’opposition, pour faire de la relation avec le Maroc une référence de succès ou d’échec dans les politiques menées dans les différents domaines.

S.L. (avec MAP)


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