Une justice injuste

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Par Nadia Essalmi, éditrice

935 agressions sexuelles en 2015, en majorité sur les garçons mineurs. La Coalition contre les abus sexuels sur les enfants annonce des chiffres effrayants, 713 victimes d’abus sexuels en 2012, 768 en 2013, 850 en 2014 et 935 en 2015, soit une augmentation de 31%.

Pas moins de 70 enfants sont abusés sexuellement chaque jour. Les victimes sont surtout des garçons (635 en 2015, contre 300 filles la même année). 69% de ces abus ont lieu au sein de la famille. Les pères représenteraient 7% des cas.

Il est à souligner qu’il ne s’agit là que des cas qui ont été dénoncés. On peut imaginer le nombre de plaintes qui n’ont pas été déposées pour des raisons culturels tels que le tabou, le déshonneur et la honte d’exprimer les agressions sexuelles surtout quand elles sont subies par des proches. Les parents ou les tuteurs de ces enfants se résignent et vivent leur malheur dans le silence de la souffrance.

Ce phénomène est loin d’être pris au sérieux. En témoigne l’absence d’étude nationale pouvant rendre compte de l’immensité de ce phénomène. La sexualité demeure un sujet tabou. Les enfants ne reçoivent aucune éducation sexuelle à l’école. Cette dernière a pourtant la responsabilité de protéger les enfants et donc de les mettre en garde contre les dangereux abuseurs.

Les pédophiles à la recherche de proies font du Maroc leur terrain de chasse. La plupart d’entre eux viennent de l’Occident. Les villes touristiques sont les plus touchées : Agadir, Marrakech, Essaouira, Tanger… Sont visées également les populations très modestes. Les principales victimes sont les laissés-pour-compte, notamment les enfants des rues. Ils sont des proies faciles. Leur vie est quotidiennement exposée à tous les dangers moraux et physiques, à la violence qui mange leur vie. Leur enfance volée est violée. Ils sont estimés au nombre de 30 000.

Ils sont souvent des mineurs en rupture avec leur milieu familial. Au lieu de jouer, ils jouent leur vie. Ils sont en proie à toute sorte d’abus et de violence. Ils sont à la merci des adultes qui les exploitent économiquement et sexuellement. Pour se faire de l’argent, ils vont mendier, laver les pare-brises, offrir leur corps. Pour se nourrir, ils vont faire leur marché dans les poubelles au même titre que les chats et les chiens.

Ne parlons pas des petites bonnes qui sont violées dans le silence assourdissant. La mère-patrie ne démissionne-t-elle pas en livrant ses enfants aux prédateurs ? Pourquoi permet-elle que des enfants mendient dans les carrefours à des heures tardives de la nuit ? Qui est censé protéger ces enfants ? Pourquoi les députés, qui touchent des millions et dont le souci est de s’offrir des voitures luxueuses payées avec l’argent du contribuable, ne sacrifieraient-ils pas une partie de leur argent pour construire des maisons ou des centres qui abriteraient les enfants des rues ? Ne sont-ils pas là pour servir le peuple comme il leur plait à dire ?

L’étude de l’Unicef conclut : «La principale cause, selon les acteurs, reste l’impunité et le laxisme judiciaire à l’égard des abuseurs : décisions judiciaires et sentences inadéquates sans commune mesure avec la gravité des infractions».

Pourquoi nos juges sont-ils «laxistes» quant il faut sévir ? Ne s’agit-il pas de vies humaines détruites ? Un enfant violé, même si son cœur continue de battre, il est en réalité psychologiquement mort. Ce qui est encore insupportable au quotidien, c’est le traumatisme psychologique ressenti et par la victime et par sa famille.

Le code pénal, mais aussi la clémence des juges sont en causes, car ils continuent vraisemblablement à voir en ces faits de simples délits plutôt que des crimes graves. Les verdicts prononcés contre les pédophiles sont très réduits et souvent en deçà de la gravité des actes. Ces juges ont certainement des enfants. Ils peuvent imaginer la souffrance de ces enfants et celle de leurs parents. Comment un parent peut-il vivre avec le fardeau que son enfant a servi d’objet de plaisir à un monstre ?

L’inefficacité de la politique ajoutée à celle de la justice restent manifestement très dangereuses.

Existe-t-il seulement une police judiciaire spécialisée en pédo-criminologie ? Je ne le pense pas, ou alors me trompe-je ?

Lire aussi: Maroc: un pédophile américain condamné à (seulement) 2 ans de prison ferme

 

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