Réponse d’un musulman à la lettre de Tahar Ben Jelloun

La Lettre aux Musulmans parue dans Le Monde du 30 juillet a suscité, à juste titre me semble-t-il, la polémique.

Le problème avec Tahar Ben Jelloun ne réside ni dans ses intentions ni dans sa bonne foi pour défendre l’islam. Ce sont ses formulations à la va-vite et son manque d’analyse qui causent trop souvent le malaise des lecteurs. Certes, on peut lancer un cri d’alarme, s’indigner, dénoncer et c’est tout à son honneur qu’un écrivain de renom comme lui le fasse. Mais sa notoriété ne lui permet pas de s’indigner sans prendre garde aux dérives que sa lettre peut susciter. Car un texte, l’écrivain le sait très bien, est exigeant. Il est lu et relu. Il constitue une trace indélébile. Les mots sont à bien penser et à bien peser. Que reproche t-on à notre écrivain ?

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Il affirme qu’il ne suffit pas de dire : «Ça ce n’est pas l’islam». Cette affirmation est largement dépassée depuis que des penseurs, des islamologues ont déclaré : «Ça aussi c’est l’islam». Qu’est ce à dire ? Que les versets qui prônent la haine existent et que les jihadistes s’appuient sur le texte sacré pour commettre leurs atrocités ? Non, disent nos penseurs, il faut contextualiser ces versets et les situer dans leur époque, une époque où le prophète était dans une logique de combat. Ce sont les versets de la période mecquoise.

«Dégageons l’islam des griffes de Daech», écrit Tahar Ben Jelloun. Or les analyses ont démontré que Daech a bien d’autres raisons d’exister, tout autant politiques, idéologiques qu’économiques.

«Il faudra nous adapter aux lois de la république» poursuit-il : la dérive commence ici. Qui est ce «nous» ? Les musulmans ? Leur grande majorité ne respecte-elle pas lois françaises ? Pourquoi inclure dans le «nous» les Daechiens potentiels et ceux qui sont passés à l’acte ?

Parlons des surenchères religieuses : les signes ostentatoires, la séparation des sexes… Tahar Ben Jelloun a raison de mettre en garde contre cette religiosité rampante qui flirte avec l’extrémisme et qui peut mener tout droit au fanatisme, au terrorisme, sous un habillage religieux. Mais en parlant de «nous», il ne se situe pas dans l’analyse et se prête à l’amalgame.

Enfin, quand il évoque la possibilité de «faire nos valises et retourner dans le pays natal» il confond les migrants et les musulmans nés français ou ayant acquis la nationalité et dont le pays est d’abord l’Hexagone.

La lettre de Tahar Benjelloun a ceci de salutaire : elle ouvre le débat, elle est courageuse, car il dénonce clairement tous les extrémismes et les surinterprétations religieuses. Mais en ayant écrit sans doute sous l’effet de la colère, il n’approfondit pas son analyse et il offre sur un plateau des arguments aux mouvements identitaires qui ne demandent que le départ de tous les étrangers.

M. C.


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