La refondation de la gauche

Omar Bendjelloun, avocat universitaire de Gauche, avait donné ces idées en 2015 dans Zamane. Elles sont aujourd’hui plus que jamais d’actualité.

La refondation est passée par la réunification des courants. Depuis les divisions successives causées par la participation aux institutions dans le cadre tutélaire des Constitutions de 1972 à 1996, et la montée de la corruption et de l’intégrisme, le débat unitaire muri au sein de la gauche.

Cette conscience du rassemblement trouve ses racines dans les luttes syndicales et revendicatives, les solidarités carcérales, le mouvement des droits de l’homme, l’action médiatique, les tentatives de transition entreprises par l’Etat. Cet héritage doit se prémunir aujourd’hui des erreurs du passé liées au boycott mais aussi au participationnisme, à l’ouverture aux acteurs allogènes au socialisme, pour regagner la confiance populaire et renforcer la dynamique fusionnelle entre celles et ceux qui n’ont pas connu la défaite morale.

Depuis un siècle, les socialistes ont présenté des stratégies de rupture ou de réforme sur fond doctrinal avant-gardiste, et doivent aujourd’hui tracer une troisième voie qui refuse à la fois le néolibéralisme et le fondamentalisme. Auront-ils un rapport critique envers le marché? En apporteront-ils les outils régulateurs ? Quel serait leur rôle dans le triomphe de la pensée rationnelle légale sur la pensée fondamentaliste? Que faire de l’individualisation sinon de la fragmentation de la société? Répondre à ces questions impliquerait de trancher sur les nuances du marxisme (communisme, socialisme démocratique, socialisme scientifique) quant à leur appréhension des sociétés contemporaines, en maintenant l’éternelle conviction que « le développement de chacun est la condition de l’épanouissement de tous ». En tant que pré-requis du développement chez les socialistes, l’objectif de protéger le travail du capital se confronte à la virtualité financière et se dilue dans des luttes catégorielles, comme le culturalisme ethnique ou la défense de micro libertés.

Tout en ayant tiré les conséquences des économies administrées, la gauche continue à défendre les libertés économiques. Cela suite à l’identification de ce que le marché se doit d’intégrer comme objectif : celui de la redistribution par des espaces de cohésion comme l’éducation, la santé, la culture, la gratuité et la qualité des services publics. Afin de se prémunir contre les dysfonctionnements ravageurs causés par le marché, les socialistes militent pour la primauté des droits humains sur le marché qui tend vers le monopole privé et par conséquent le diktat des détenteurs du capital.

En réaction, le néolibéralisme tente un argumentaire qui jette l’opprobre sur l’interventionnisme accusé d’être responsable des crises économiques. Avec cette illusion quant à la nocivité de l’Etat, il justifie aussi bien l’austérité comptable que les privatisations de secteurs névralgiques. La gauche est convaincue que c’est au contraire le recul de l’Etat qui accélère les crises systémiques et corrompt l’équilibre entre le travail et la richesse, et que la para structure (l’Etat) demeure la source même de la régénérescence du capital. C’est ainsi que le retour du souverainisme dans la pensée et l’action socialistes, et la fédération des luttes distinctes, ont redonné le pouvoir à la gauche dans plusieurs régions du monde à l’instar de l’Amérique latine ou l’arc nord de la Méditerranée.

Dans leur défense de l’Etat-Nation comme espace d’appartenance, d’identité et d’expression du droit, les socialistes suggèrent aussi le rassemblement de la diversité pour prévenir des perversions communautaires ou individualistes d’une jeunesse qui oscille entre l’indifférence et la réaction religieuse à la condition de classe. Il y a quelques années, cette jeunesse a bouleversé le monde par la foi en la justice sociale que propose la démocratie.

Une justice sociale qui passe par l’intégration de la liberté et de l’égalité dans la relation des jeunes avec le reste de la société. Le socialisme est donc synonyme de démocratie des institutions, des entreprises, de la propriété, qui sont les cadres de stabilité d’un Etat en capacité de libérer les énergies des générations montantes. Contrairement à cela, les opposants au socialisme adoptent le principe de «l’exploitation de l’homme par l’homme» comme fondateur de l’organisation de l’humanité, aidés par l’intégrisme qui en apporte la légitimité religieuse. Ce cynisme a rendu orthodoxe la notion de «lutte des classes» dans la pensée de gauche et l’a amenée, par moments, à être tentée par le totalitarisme.
C’est pourquoi la gauche se réconcilie aujourd’hui avec sa genèse libérale, qui promeut les valeurs universelles et la rationalité de l’esprit dans la direction d’une démocratie radicale, constituant le point de départ de la stratégie économique du socialisme. Le «politique», du fait du succès des bateleurs, n’étant plus sensible au centrisme mais à la radicalité et au discours extrémiste, seule une ligne cohérente de gauche peut réussir ce passage de la pluralité à l’unité qui puisse proposer une troisième voie pour les peuples du monde arabe. Celui d’arbitrer entre la prédation du néo libéralisme et l’archaïque insuffisance de l’intégrisme.


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