Droit de réponse: pourquoi le pharmacien est-il absent?

Chers journalistes, chers lecteurs,
Après avoir lu l’article d’Al Massae sur l’absence des pharmaciens dans leur officine, je voudrais vous remercier de soulever cette problématique et vous demander de m’offrir en tant que pharmacien un droit de réponse.
Mais au-delà de cela, je souhaiterais aussi exprimer l’immense colère que cet article a suscité auprès de mes confrères, puisqu’il s’attaque de front à un problème superficiel, laissant de côté l’essentiel des origines ayant conduit à cette réalité amère et tout autant polémique qui n’est en fait que l’arbre qui cache la forêt.La présence du pharmacien est obligatoire et régie par la loi et la question qui émerge, après lecture de l’article, est la suivante:  » pourquoi donc le pharmacien marocain est-il absent ? »

J’aimerais contribuer à ma manière à fournir quelques éléments de réponse à qui voudra bien les entendre.
Le pharmacien est un citoyen lambda qui peut habiter Bouskoura et avoir sa pharmacie à Bouznika, voire habiter Marrakech et avoir sa pharmacie à Zagora. Un pharmacien a une famille et comme tout le monde espère avoir près de lui toutes les infrastructures sociales et culturelles qui n’existent ni à Zagora ni à Bouznika. Mais aussi, ce pharmacien absent à 9h de son officine peut être tout simplement à l’arrondissement le lundi, à la banque le mardi, en train de faire la queue comme tout citoyen ou attendre l’administré qui arrivera en retard ou même souvent quitte son lieu de travail avant l’heure.Et disons-le, sans aucune fierté, la réalité que peuvent voir de leurs yeux tous les Marocains, hormis dans les centres villes où les pharmaciens sont très souvent présents et aidés, c’est la majorité de nos confrères qui travaillent seuls ou avec un unique assistant et n’ont donc pas les moyens de prendre des coursiers pour faire ces besognes. Ils vivent la dure solitude, occultée par les médias, de ceux qui ne voient personne leur tendre la main et sont là à exercer bien plus que leur métier, à conseiller, à prêter sans gage, à participer activement à la vie de leur quartier respectif, mais en silence, sous l’indifférence tonitruante des responsables. Le pharmacien, malgré l’image triste que tiennent à lui conférer les médias, sacrifie sa vie, son argent, mais se voit toujours montré du doigt comme un marchand de santé.

Il est présent pour assurer la formation d’assistants qui souffrent de l’absence d’instituts à cet effet.
Il est présent pour accompagner les malades dans l’accès aux soins et aux médicaments, dans ces zones où l’état n’a pas investi pour la création de centres de santé ou d’hôpitaux.
Il est présent pour accomplir des actes qu’il n’est pas obligé de faire, à des prix symboliques ou souvent gracieusement et qui permettent de désengorger les hôpitaux et les centres de soin, lorsqu’ils existent.
Pour le malade, il est présent en acceptant à ses dépens des baisses de prix drastiques en échange de promesses de mesures de compensation invisibles et d’un espoir de retour de monopole qui s’évapore comme un nuage dans le désert, etc., etc.
Et il est présent pour bien d’autres actions citoyennes et malgré tout, les médias n’accorde à cet acteur essentiel que SON ABSENCE !Alors non ! Le pharmacien est bien présent, mais absent de toute politique de santé le concernant.

Il est absent de toute volonté de faire vivre la pharmacie de demain en tant que projet réalisable.
 Le pharmacien, victime de la démocratisation de sa profession, pourtant quand bien même présent, sera toujours qualifié d’absent.
Mais quand ce même pharmacien sera vraiment absent de ces quartiers où il contribue de manière réelle et substantielle à améliorer le quotidien de ses concitoyens, alors tout le monde comprendra que malgré tout il était toujours là…
Je lance un message à nos responsables: la dégradation de notre image est le résultat immédiat de vos insouciances politiques, de vos décisions destructrices politiciennes allant à l’encontre de la profession. Votre devoir et votre obligation consistent à protéger ce tissu économique et social, ce maillon faible qui est et restera un acteur incontournable, inévitable pour la réussite de vos politiques de santé et du médicament. Et, en revanche, sa marginalisation sera le point de chute vers l’échec dont la politique qui vise à promouvoir le générique n’est que le point le plus culminant.
Merci.
Jad Geronimo


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