Ce que pense Moulay Hicham du prince héritier d’Arabie Saoudite

Chercheur à Harvad et fin connaisseur de la monarchie saoudienne, le prince Moulay Hicham a publié une chronique dans le dernier numéro du Nouvel Observateur. L’hebdomadaire français a consacré un dossier sur Mohammed Ben Salmane, MBS de son surnom, le prince héritier d’Arabie Saoudite.

Est-il un réformateur qui veut moderniser son pays ou tout le contraire? Moulay Hicham analyse la personnalité de ce jeune prince de 31 ans qui ne compte pas marcher dans les pas de son père pour se forger une carrière politique digne de ce nom. Consolidation du pouvoir dynastique, modernisation de l’économie et réorientation de la politique étrangère, ce sont les trois axes constituant la politique de MBS depuis qu’il a entamé son ascension politique. Il était, d’ailleurs, derrière l’arrestation de onze princes, quatre ministres en exercice et plus d’une trentaine d’anciens hauts-responsables, décidée par un comité anti-corruption qu’il préside. Le prince milliardaire Al Walid Ben Talal, cousin de Moulay Hicham, figure également parmi les personnes arrêtées. “L’arrestation de membres d’une élite que l’on pensait intouchable, la saisie de leurs biens, ont en fait donné naissance à une nouvelle forme de populisme. Et la politique de MBS est bel et bien populaire”, analyse le chroniqueur.

Concernant la réforme de l’économie, ce dernier encense MBS qui, explique-t-il, est le seul membre important de la famille royale saoudienne à reconnaître qu’un système économique reposant sur la rente pétrolière et sur des fiefs autonomes est “en bout de course”.

Au niveau de la politique étrangère, le prince héritier cherche à faire du pouvoir saoudien l’un des acteurs centraux de la région. “Dans ce domaine, il a enregistré de nombreux échecs. Cette politique s’inscrit dans un cadre antagonique qui accorde à l’Iran le rôle d’ennemi numéro un. Mais l’interventionnisme militant engendré par cette position anti-iranienne n’a pas rencontré grand succès”, constate Moulay Hicham, ajoutant que la guerre au Yémen n’a pas vu la défaite des Houthis, le Hezbollah est toujours aussi fort et le Qatar s’est rapproché de l’Iran.

Il explique également que la politique étrangère saoudienne a tenté de s’en prendre aux acquis des printemps arabes en Lybie et en Egypte sans pour autant apporter une alternative aux politiques autoritaires qui avaient suscité ces mouvements de protestation. “L’Arabie Saoudite est plus anti-révolutionnaire que contre-révolutionnaire. Elle reste allergique à la mobilisation populaire tout en étant incapable d’offrir un nouveau cadre idéologique de gouvernance”, conclut-il.

Noura Mounib

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  • firch

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