Meurtre de George Floyd: l’Amérique pousse un ouf de soulagement

Coupable ! A ce mot, répété stoïquement trois fois par le juge Peter Cahill au terme du procès du meurtre de l’Afro-Américain George Floyd, c’est l’Amérique toute entière qui a poussé un grand ouf de soulagement. Du président Joe Biden à la communauté afro-américaine, beaucoup ont vu dans la décision du jury le dénouement heureux d’un procès qui a tenu tout le pays en haleine pendant quatre semaines.

Mardi, après dix heures de délibérations, le jury a annoncé avoir atteint son verdict final. Dans les deux heures ayant précédé la lecture du verdict, la tension était palpable à travers le pays. Dans le métro, les arrêts de bus ou les supermarchés, les Américains étaient suspendus à leurs écrans de smartphones. Les 12 membres du jury ont déclaré l’ex-officier blanc coupable de meurtre non intentionnel au second degré, de meurtre au troisième degré et d’homicide involontaire au deuxième degré. Dès l’annonce du verdict, il a été menotté et conduit en prison.

Les chaînes d’information en continu, CNN, MSNBC et compagnie ont d’ailleurs convoqué en urgence leurs présentateurs vedettes pour commenter en direct la lecture du verdict.

A travers le pays, bien des magasins ont barricadé leurs devantures, anticipant des actes de violence et vandalisme en cas de verdict non-coupable. A Minneapolis, des foules se sont rassemblées devant le palais de justice et la supérette « Cup Foods » devant laquelle Floyd a perdu la vie.

Dans la place rebaptisée « George Floyd Square », les manifestants scandaient: « Dites son nom! George Floyd ». Ces slogans ont aussitôt laissé place à des cris de joie et de soulagement à la lecture du verdict. Dans cet instant cathartique, beaucoup se sont jetés dans les bras les uns des autres, alors que d’autres se sont effondrés, laissant couler leurs larmes après des mois de crispation.

Sur Twitter, les réactions n’ont pas tardé à pleuvoir. « Justice », a simplement écrit la célèbre animatrice Ellen DeGeneres.

« Un commencement… une petite lueur d’espoir pour notre avenir », a renchéri, pour sa part, la chanteuse Mariah Carey.

Même son de cloche chez les Obama. « Aujourd’hui, le jury a pris la bonne décision », a écrit l’ancien couple présidentiel dans une déclaration conjointe. « Mais si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous savons que la véritable justice est bien plus qu’un simple verdict dans un seul procès », ont-ils relevé.

Un sentiment partagé par Philonise Floyd, le frère de George Floyd, qui a raconté que lorsque le juge lisait le verdict du jury, il « priait pour qu’ils le déclarent coupable » car « en tant qu’Afro-Américain, nous n’obtenons généralement jamais justice ».

« J’espère aussi que ce verdict (…) nous aidera à avancer sur le chemin d’une humanité meilleure », a souligné, de son côté, le procureur Jerry Blackwell, en charge de l’affaire.

Fait rarissime, l’Ordre national fraternel de la police, qui représente plus de 350.000 officiers de police du pays, a qualifié le procès d' »équitable » et affirmé que « la procédure a été respectée », selon une déclaration publiée par l’organisation sur Twitter.

Ce verdict, aussi historique soit-il pour une communauté noire habituée aux bavures judiciaires, la guerre est loin d’être terminée. Pour les militants des droits civiques et les progressistes, l’objectif est désormais de faire adopter des réformes radicales des pratiques policières, afin d’éviter qu’un tel drame ne puisse se reproduire. « Nous ne pouvons pas oublier ce moment ou détourner le regard en pensant que notre travail est terminé », a réagi le président américain dans un discours prononcé depuis la Maison Blanche, saisissant cette occasion pour exhorter le Sénat à adopter la législation portant le nom de Floyd qui avait été adoptée l’an dernier par la Chambre et qui appelle à de nombreuses réformes de la police. « Cela peut être un moment de changement significatif », a martelé Biden, affirmant que son département de la Justice, dirigé par le procureur général Merrick Garland, est déterminé à restaurer la confiance entre les forces de l’ordre, chargées de protéger les communautés.

De son côté, Derek Chauvin, 45 ans, a quitté le tribunal menotté, la tête basse. Il devra patienter huit semaines en prison avant de connaître sa sentence finale. Reconnu coupable de meurtre non intentionnel au second degré, de meurtre au troisième degré et d’homicide involontaire au deuxième degré, l’ex-officier blanc, en disgrâce, risque de passer le restant de ses jours derrière les barreaux.

S.L. (avec MAP)

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