Le vieux conflit Boeing-Airbus refait surface

Airbus A380Airbus A380

Par Taoufik El Bouchtaoui

Ultime épisode d’un conflit à rebondissements qui oppose depuis 2004 Bruxelles et Washington au sujet des aides allouées à leurs avionneurs phares, Airbus et Boeing, le verdict de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) autorisant les Etats Unis à taxer des produits européens laisse présager de nouvelles tensions commerciales transatlantiques, dans un contexte marqué par le ralentissement de l’économie mondiale, alors que le spectre de la récession plane sur 2020.

Dans cette “bataille juridique des subventions”, la plus longue et la plus complexe jamais traitée par l’OMC, chacun des deux belligérants conteste systématiquement la légitimité des aides accordées au camp opposé. Si les Etats-Unis se sont vus accorder par l’OMC le droit d’imposer des taxes sur près de 7,5 milliards de dollars de biens et services européens importés chaque année, l’UE pourrait être à son tour autorisée à imposer des sanctions douanières sur des produits américains, si elle parvient à convaincre l’an prochain les juges de l’Organisation que l’avionneur américain Boeing a également bénéficié de subventions illégales du gouvernement américain.

Pour le moment, les responsables de l’UE ont indiqué qu’ils souhaitaient trouver un règlement négocié avec les Etats-Unis, afin d’éviter une nouvelle escalade dans les tensions commerciales actuelles.

Dans le premier volet du plus gros dossier à instruire de son histoire, l’Organisation mondiale du Commerce a reconnu que les prêts publics préférentiels accordés à Airbus pour la réalisation de l’A350 et de l’A380 ont bien causé un préjudice pour les Etats-Unis, évalué à 7,5 milliards de dollars. Washington peut donc, en guise de riposte, appliquer des droits de douane sur les produits européens à la même hauteur.

Airbus a rapidement réagi dans un communiqué, estimant que des hausses de taxes “constitueraient un obstacle au libre-échange et auraient un impact négatif non seulement sur les compagnies américaines mais également sur les emplois, les fournisseurs et les passagers américains”.

Bruxelles a prévenu que l’Europe était prête à “défendre fermement ses intérêts” si de nouveaux droits de douane étaient imposés. “Nous sommes déterminés à poursuivre un agenda commercial positif avec les États-Unis, mais nous sommes prêts à défendre fermement nos intérêts, si nécessaire, dans le cadre des règles de l’OMC”, a déclaré Ville Skinnari, ministre du Commerce de la Finlande, après une réunion avec ses collègues européens.

Toutefois, les menaces entre les Etats-Unis et l’Europe ne datent pas d’aujourd’hui. La guerre commerciale impacte aussi les deux “alliés” commerciaux depuis que Donald Trump a décidé de taxer l’acier et l’aluminium européens, en juin 2018. Bruxelles avait alors riposté en visant, à son tour des produits américains. La menace de Trump de taxer l’automobile allemande a remis le feu aux poudres.

Reste que cette bataille juridique autour d’Airbus ne date pourtant pas de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Elle a débuté il y a 15 ans lorsque Washington avait déclaré caduc un accord américano-européen de 1992 régissant les subventions dans le secteur aéronautique. Les Etats-Unis accusaient alors la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Espagne d’accorder des subventions illégales à Airbus, faussant ainsi la concurrence entre le constructeur européen et son rival Boeing.

La réplique fut immédiate: cinq heures plus tard, l’Europe dépose à son tour une plainte qui détaille par le menu les aides indirectes perçues par son homologue américain, notamment à travers des contrats avec la Nasa et le département de la Défense. La guerre est ouverte, et les nombreuses tentatives de conciliation n’y feront rien: mi-2005, le dialogue entre les deux groupes est rompu. Au reste, ce nouvel épisode de la guéguerre dans le dossier Boeing-Airbus n’est pas de bon augure pour l’économie mondiale qui traverse déjà une mauvaise passe et les incertitudes freinent la croissance sur fond de tensions commerciales entre de grandes puissances économiques.

L’OMC, qui traverse, quant à elle, une crise existentielle aggravée ces derniers mois avec les attaques en règles du président américain menaçant régulièrement de quitter l’institution, est appelée à trouver une solution à l’impasse dans laquelle se trouve son système de règlement des différends, avec le blocage par les Etats-Unis des nominations de nouveaux juges de l’Organe d’appel, une situation qui pourrait conduire à une paralysie de cet organe d’ici décembre.

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