Bouziane Outiti, le développeur des projets écologiques (Portrait)

En s’installant en Suisse, il y a une trentaine d’années, le jeune informaticien Bouziane Outiti ne s’imaginait guère en mesure de monter un jour des projets écologiquement durables et économiquement viables pour son pays d’origine.

C’est une histoire qui sort des sentiers battus : ce natif de Nador en 1958 avait au départ séjourné en Suisse pour des études en psychologie à l’Université de Fribourg au milieu des années 80 du siècle dernier.

Peu après, il décide de changer complètement de trajectoire pour embrasser un métier qui résonne en lui depuis des années déjà, celui de développeur informatique. Et c’est en cette qualité qu’il rejoindra en 1988 le très réputé Institut suisse pour l’aménagement, l’épuration et la protection des eaux (EAWAG).

A partir de là, Bouziane a vite compris tout ce qu’un organisme de renom et ses scientifiques de stature mondiale pourraient apporter à son pays dans le domaine de l’environnement. « Dans une nation qui accède à l’émergence économique, il ne saurait y avoir de développement durable sans protection et aménagement efficaces du milieu naturel et des écosystèmes », confie-t-il à la MAP. Et qui, mieux que l’EAWAG, peut apporter au Royaume savoir-faire et expertise en la matière.

Toujours est-il que le scientifique marocain avait besoin d’un cadre fédérateur des compétences pour servir, avant tout, la cause verte dans le pays des ancêtres. C’est pourquoi il a été, en 2004, à l’origine de la création de l’Association maroco-suisse pour l’environnement et le développement » (AMSED), qui ambitionne de contribuer, par un apport de savoir-faire de pointe, à l’amélioration de la gestion des eaux à la faveur de projets sur tout le territoire marocain.

« Nous avons fondé une plateforme qui permet aux projets d’adduction et d’épuration des eaux de bénéficier de l’aide d’experts internationaux », souligne non sans fierté Bouziane dont le sens du relationnel s’avère un atout précieux.

Par une heureuse coïncidence, il se trouve que le patron de l’EAWAG, le Pr. Alexander Zehnder, non seulement vouait une haute estime pour le Maroc, mais lui porte une admiration sans bornes depuis qu’il était enseignant à l’Ecole Mohammedia des ingénieurs.

Ce microbiologiste reconnu, qui présidait le Conseil des prestigieuses Ecoles polytechniques fédérales helvétiques, n’a donc pas résisté à l’envie, ni aux demandes pressantes de son ami Bouziane, pour rejoindre l’association naissante.

L’AMSED regroupe d’autres experts de premier ordre : l’expert Markus Boller, chef du département Gestion des eaux de l’EAWAG, le spécialiste de l’eau potable Snozzi Mario, le chimiste Laurence Meunier, et le biologiste Herbert Goettinger.

Sans conteste, l’une des actions pionnières de l’association fut la réalisation d’un projet « ami de l’environnement » pour le traitement des eaux usées à Asselda, un douar reculé de la province d’Al-Haouz. « Le projet a vu le jour un peu par hasard, à l’initiative d’une étudiante qui s’est vue confrontée au problème de l’assainissement dans ce village alors qu’elle préparait sa recherche de master », raconte-t-il.

Le village de 1.200 habitants ne disposait que d’égouts de fortune, les eaux usées étant directement déversées dans une zone agricole comme dans la rivière voisine. « Vous pouvez imaginer ce que cela signifie en termes d’hygiène sanitaire », a-t-il fait observer, relevant que cette situation donne la possibilité d’élaborer le meilleur système d’assainissement possible pour la région.

L’expert estime que la station d’épuration réalisée sur environ 2.000 m2, dotée de trois réseaux de renouvellement, d’assainissement et des eaux pluviales, « représente un modèle à répliquer pour d’autres douars ».

Ce projet lui a valu en juin dernier le célèbre prix Energy Globe Award, décerné à Zurich par la Fondation du même nom pour « récompenser les actions novatrices en matière de conservation et de protection des ressources ou de recours aux énergies renouvelables à cet effet ».

Le concept prôné par Bouziane consiste à développer des unités d’épuration en mesure de produire un effluent utilisable pour l’irrigation des terres et des arbres fruitiers. Combinant un lagunage classique et des filtres plantés de roseaux, ce système est doté d’un siphon qui se déclenche automatiquement pour l’alimentation intermittente des filtres plantés et une pompe à énergie solaire pour l’irrigation des vergers.

En effet, l’installation est une véritable nouveauté au Maroc, assure-t-il, en indiquant que nombreuses sont les communes qui souhaitent suivre l’exemple d’Asselda pour construire une station de ce type.

L’informaticien marocain se réjouit de la prise de conscience citoyenne quant au défi environnemental à l’heure où le Royaume s’apprête à accueillir la très attendue COP22, grand-messe mondiale du climat. A ses yeux, le partenariat public-privé fondé sur l’expertise de pointe demeure la clé de voûte de toute solution au problèmes d’assainissement et d’approvisionnement en eau.

Abdallah Chahboun


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