Voyages: la flambée des prix force les Marocains à partir

Les vacances ont commencé pour un grand nombre de Marocains. Et à cause de la flambée des prix, ils préfèrent choisir des destinations autres que le Maroc, où les prix sont finalement moins chers.

Certains propriétaires d’appartements et de restaurants profitent en effet de la haute saison pour faire grimper les prix, au grand dam des estivants qui se retrouvent obligés à payer des sommes vertigineuses.

La région du nord n’a pas dérogé de la règle et plusieurs Marocains se sont plaints de la hausse des prix. D’après une source de Le Site info, le prix de location de certains appartements à Martil, Mdiq et Tétouan a atteint 800 dirhams, ce qui a provoqué la colère de ceux qui ont choisi cette région pour leurs vacances.

«Cette année, les villes du nord ont été touchées par une hausse scandaleuse des prix. Parkings, snacks, restaurants, appartements et hôtels ont doublé, voire triplé les prix. Malgré ces abus, les responsables adoptent la politique de l’autruche et ne bougent pas le petit doigt pour mettre fin à ces dépassements. Le nombre de touristes va certainement baisser cette saison à cause de ces pratiques», a déploré le président de l’association Karama pour la défense des droits de l’Homme. Et d’ajouter : «Une enquête doit être ouverte et des commissions doivent être dépêchées pour contrôler les prix afin de permettre aux Marocains de différentes catégories sociales de s’offrir des vacances».

En parallèle, le président de l’association de défense des droits du consommateur Mohamed Mghafri a indiqué que ces régions connaissent en effet une hausse de prix importante, précisant que ces pratiques sont totalement illégales.

Concernant les hôtels, « il est déplorable que les étrangers bénéficient de deal intéressants, tandis que les Marocains sont obligés de payer le tarifs le plus haut », déplore un Marocain ayant choisi un grand Resort d’Agadir pour passer ses vacances en famille. « C’est la haute saison. Même en réservant à l’avance à partir du Maroc, il est très difficile d’obtenir de bons prix. Si vous allez à Agadir ou Marrakech par exemple, un week-end peut vous coûter entre 10.000 et 15.000 dirhams tout compris avec vos enfants. Autant passer quelques jours au sud de l’Espagne où les prix sont plus attrayants », ajoute-t-il.

Les Marocains sont donc de plus en plus nombreux à préférer l’étranger pour leurs vacances d’été. Beaucoup consacrent un budget conséquent, (au moins deux fois par an), pour les vacances d’été et celles du Nouvel an.

Et à n’en juger que par le nombre de visas délivrés en 2018 aux Marocains par les services consulaires français à eux seuls, ils seraient environ 400.000 à avoir obtenu l’accès à l’espace Schengen. Ce chiffre fait du Royaume le deuxième pays pour la délivrance de visas français, après la Chine, un constat dressé et claironné par les autorités françaises à haut niveau. « Jamais dans l’histoire la France n’a délivré autant de visas aux Marocains qu’en 2018 », assure le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, lors d’une récente visite à Rabat.

Dépenses de voyages des Marocains à l’étranger

Cela sans compter les visas délivrés par les autres ambassades européennes et celles d’autres pays, ou encore les dossiers rejetés qui se comptent également par milliers. Ce sont donc des milliards de dirhams qui transitent chaque année vers l’étranger.

En effet, ces voyages ont coûté près de 19 milliards de dirhams (MMDH) en devises au titre de 2018, en progression de 9% par rapport à 2017, année qui avait déjà enregistré une hausse de 21%, selon les chiffres de l’Office des changes.

En 2018, les dépenses de voyages des Marocains à l’étranger ont augmenté de 1,55 MMDH pour s’établir à 18,9 MMDH, soit une hausse plus forte que celle des recettes touristiques en devises engrangées par le Maroc (+1 MMDH), d’après les mêmes chiffres. Et la facture ne va que s’alourdir à coup sûr avec l’augmentation de la dotation touristique décidée en 2019 et qui passe à jusqu’à 100.000 DH par personne par an.

Ces 19 milliards de dépenses constituent une importante sortie de devises, dont l’évolution constante risque d’aggraver le déficit qui pénalise la balance commerciale du Maroc.

Cette tendance, de plus en plus en vogue chez les jeunes, couples ou familles, a donc au moins un côté sombre, économique en l’occurrence, mais les Marocains ont adopté ce « style de vie », un choix irréversible d’autant plus motivé par une offre étrangère envoûtante.

« Ça fait pratiquement quatre ans que je passe mes vacances en famille hors du Maroc. Un ami avant moi m’a parlé de son aventure et, à l’entendre, je n’ai pas vraiment trop hésité à me convaincre. Au début c’était un peu dissuadant, surtout en termes des formalités pour l’obtention du visa et la paperasse y afférente, mais une fois arrivé à destination, on sent tout de suite que ça vaut le détour ! », résume Amine El Yazidi, un entrepreneur de 38 ans, père de deux enfants de 15 et 10 ans.

« Même les enfants ont été piqués et ce sont eux qui  effectuent désormais toutes les démarches, de la prise de rendez-vous pour visa à la réservation du bateau et aux propositions d’hébergement, tellement l’offre est abondante, le tout en un clic », illustre-t-il dans une déclaration à l’agence MAP, vraisemblablement soulagé alors que s’approche le départ.

Et comme des milliers d’estivants marocains, la famille El Yazidi a jeté son dévolu sur l’Espagne pour la deuxième année consécutive, mais cette fois-ci au nord de la péninsule ibérique, toujours en voiture.

« Si tout se passe comme envisagé, le congé à l’étranger, c’est vraiment la vie où tout a un goût!”, philosophe Nabil Ghazi, un ingénieur informaticien qui, lui, en couple, opte pour l’avion. Offres attractives pour les vols low-cost qui nous reviennent moins chers, d’autres offres aussi diversifiées qu’alléchantes proposées pour tous les goûts en termes d’accueil et de divertissement, un cadre où le rapport qualité-prix prend tout son sens, « c’est irrésistible », argue-t-il.

Effectivement, si pour des destinations lointaines (Brésil, Turquie, Amérique du nord….), l’aérien demeure pour certains l’unique voie possible, d’autres, ceux en particulier en partance pour l’Europe, font la traversée en bateau avec leurs propres véhicules, l’idée logique et compréhensible étant de profiter à plein régime de leurs vacances à travers une mobilité libre envisagée à travers tout l’espace Schengen, en pleine saison estivale.

Les adeptes du shopping ne sont pas non plus désenchantés: ils profitent des périodes de soldes pour s’approvisionner en gros, pour des produits de qualité à des prix abordables.

C’est dire que l’offre est vraiment irrésistible ! En quête de voyages qui les transforment et transforment leur manière de voir, que ce soit pour le culturel ou le balnéaire, pour le dépaysement ou pour la découverte, tout le monde y trouve son compte.

« Notre cher pays est pourtant beau et ce ne sont pas les atouts touristiques qui manquent, mais le voyage en interne (…) nous est plus coûteux qu’à l’étranger, pour un service, à vrai dire, souvent en deçà des attentes », déplore Mohamed Belmoudden, un super dénicheur des offres « last-minute », lui qui parfois prend l’avion ou tente la traversée de la Méditerranée même en week-end.

N.M. et Salah Aouni

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