Pourquoi le Festival de Marrakech n’aura pas lieu (entretien exclusif)

La Fondation du Festival International du Film a annoncé vendredi, dans un communiqué de presse, l’interruption momentanée de la manifestation qui devait avoir lieu en décembre. Sarim Fassi-Fihri, son vice-président délégué, répond sans ambages aux interrogations nombreuses suscitées par une nouvelle inattendue.

Propos recueillis par Olivier Rachet

Le Site info : La Fondation du Festival International du Film (FIFM) de Marrakech a annoncé vendredi, à l’issue de son Conseil d’Administration et de son Assemblée générale, que l’édition 2017 n’aurait pas lieu. Cette décision est-elle consécutive au départ de madame Mélita Toscan du Plantier qui présidait jusqu’alors le Festival ?

Sarim Fassi-Fihri : Mélita Toscan du Plantier, directrice du Festival de 2003 à 2016, n’a jamais présidé le festival… et elle n’est jamais partie ! Au contraire ! Mme Toscan du Plantier accompagne le comité de direction dans une réflexion qui a débuté il y a un an environ, après la quinzième édition, sur la manière d’éviter de faire tomber le festival dans une monotonie qui risque de lui être fatale.

Par exemple depuis 2004, une cinématographie est à l’honneur. Nous avons commencé par le Maroc puis la France, le Royaume Uni, l’Egypte, l’Inde etc… 11 grandes cinématographies mondiales ont été présentées à Marrakech avec des délégations de haut niveau de ces pays invitées chaque année.

Ce concept a fait son temps, comment donc innover là-dessus ? Que peut-on offrir aux festivaliers autour de la compétition officielle ? Comment rendre les masterclass encore plus attractives ?

La révolution numérique et les réseaux sociaux font du monde un village. Comment donc toucher tous les cinéphiles (et pas seulement marocains) et qui ne peuvent se déplacer à Marrakech ? Les médias traditionnels y compris électroniques, sont importants, certes, mais les jeunes générations ne vivent qu’à travers leurs smartphones et accessoirement leurs PC…

Tout cela nous a amené à une remise en question du devenir du Festival : Que veut-on ? Où devons-nous aller ? Afin de maintenir au FIFM son rang de festival de cinéma majeur dans le monde…

Le Site info : L’agence co-organisatrice du Festival, Le Public Système Cinéma, a-t-elle aussi jeté l’éponge ?

Sarim Fassi-Fihri : LPSC n’a pas jeté l’éponge. Son contrat triennal est arrivé à terme en décembre 2016. La Fondation du FIFM ne l’a pas renouvelé tant que les pistes de réflexion sur l’évolution du Festival n’ont pas abouti. De plus, depuis 2001, le Festival n’a cessé de développer des compétences nationales. Ces ressources devront donc être utilisées au mieux.

Le Site info : N’a-t-il pas été possible d’anticiper la situation de blocage actuel ?

Sarim Fassi-Fihri : Comme je vous l’ai dit, ce travail sur soi a débuté il y a un an et je ne vois pas de blocage, la preuve en est que les équipes permanentes restent en activité et les autres actions de la Fondation maintenues : je pense aux opérations cataracte que la Fondation organise annuellement (quatre par an), à la résidence d’écriture qui débutera le 17 juillet à Marrakech au lieu d’Ifrane, et aux rapports développés avec d’autres festivals majeurs dans le monde…

Le Site info : La Fondation du FIFM dit vouloir, dans son communiqué de presse, se concentrer sur la promotion de l’industrie cinématographique marocaine singulièrement absente de la dernière sélection. Quels projets sont à l’étude ?

Sarim Fassi-Fihri : Plusieurs pistes sont à l’étude…

Le Site info : Ne craignez-vous pas que les retombées économiques de cette annulation ne grèvent la reprise du Festival, en 2018 ?

Sarim Fassi-Fihri : La Fondation a toujours géré le Festival « en bon père de famille », elle a donc les moyens de subvenir à ses besoins pendant cette année de réflexion et sans faire appel ni à ses partenaires ni à ses sponsors.

Le Site info : La Fondation dit vouloir concentrer ses efforts sur le développement des outils numériques. Un nouveau festival verra-t-il le jour en 2018 dans lequel pourraient disparaître programmation officielle et rencontres avec les artistes ?

Sarim Fassi-Fihri : Pas du tout, il s’agit de rapprocher davantage les amoureux du Festival de par le monde des activités qui se dérouleront à Marrakech, et notamment de la compétition officielle.

Le Site info : En dehors des retombées économiques, ne craignez-vous pas que la ville de Marrakech ne souffre, notamment en termes d’image, de cette annulation, d’autant plus qu’une menace semble aussi peser sur l’organisation de la Biennale qui devrait avoir lieu l’an prochain ? L’industrie du divertissement ne se porte-t-elle pas mieux que les manifestations à caractère artistique ?

Sarim Fassi-Fihri : Nous sommes conscients que le Festival contribue au rayonnement de la ville mais les améliorations qui se préparent seront indéniablement bénéfiques pour le Festival…et donc pour Marrakech.

Le Site info : Pour quelles raisons objectives l’édition 2017 a-t-elle été annulée ? La décision a-t-elle été prise à l’unanimité ?
Sarim Fassi-Fihri : Toutes les raisons que je vous ai énumérées sont des décisions objectives. La décision proposée aux membres du Conseil a été prise à l’unanimité.

O.R.

 

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