M’jid El Guerrab recense les préoccupations des Français du Maroc

M’jid El Guerrab – Député de la 9e circonscription des Français établis hors de France

La campagne pour l’élection présidentielle française (10 avril et 24 avril) bat son plein. Tous les candidats comptent sur les voix des Français de l’étranger, notamment au Maroc. Pourtant, ces derniers ont le sentiment d’être les grands «oubliés» des politiques publiques françaises. Éducation, santé, retraite, fiscalité… les attentes sont nombreuses. M’jid El Guerrab, député de la 9e circonscription des Français établis au Maghreb et en Afrique de l’Ouest, qui regroupe plus de 100.000 inscrits en mesure de voter, évoque les enjeux de se scrutin.

Au Maroc, comme partout à l’étranger, la campagne pour l’élection présidentielle est suivie de très près par les Français de l’étranger (FDE). Pourtant, peu de candidats parlent d’eux dans leur programme. Que répondez-vous, vous qui soutenez la candidature du président Macron ?

Le président de la République française, Emmanuel Macron, a effectivement déclaré sa candidature à sa réélection dans une «Lettre aux Français», publiée le jeudi 3 mars. Les circonstances internationales justifient cette annonce tardive. Cette campagne sera atypique et courte mais contingentée par les évènements pour lesquels le président est en première ligne ; d’abord au titre de son leadership personnel, ensuite au titre de sa fonction de président du Conseil de l’Union européenne, mais surtout au titre de notre pays, la France. Depuis cinq ans, le président de la République n’a de cesse d’écouter, de discuter et d’agir dans l’intérêt de tous nos concitoyens où qu’ils se trouvent : dans nos villes, dans nos campagnes, dans nos banlieues, dans nos outre-mers mais aussi et surtout par le monde ! Un des points culminants a été le Grand débat national lors duquel des réunions participatives ont eu lieu partout en France et à l’étranger.

À la demande du Président, nous avons tenu, en 2019, sur ma circonscription pas moins de 24 réunions publiques auxquelles plus de 1.200 concitoyens ont pris part, physiquement. En termes de consultation populaire, vous l’avouerez, c’est tout de même pas mal ! Ces consultations ont donné lieu à des engagements massifs pour nos Françaises et nos Français de l’étranger. Par exemple, au pic de la crise sanitaire, c’est un dispositif exceptionnel de 240 millions d’euros qui a été adopté pour leur apporter un soutien sanitaire, éducatif et social. Durant cette même période difficile, des efforts considérables ont été menés pour rapatrier et réunir des familles et pour augmenter et élargir le système de bourses. C’est plus de 50 millions d’euros qui ont pu être affectés au dispositif de bourses scolaires !

Le dispositif d’aides spéciales que nous avons appelés «SOS Covid», doté lui aussi de 50 millions d’euros, a été reconduit depuis 2020 jusqu’à la fin de l’année 2022. Des milliers de doses de vaccin ont été acheminées directement à nos concitoyens de l’étranger, en plus des 50 millions de doses livrées à ce jour par la France au sein du dispositif COVAX à destination de l’Afrique, et pour lequel nos concitoyens sont bien évidemment directement concernés. En juillet 2021, j’ai assisté aux côtés de Jean-Baptiste Lemoyne à la première injection en Tunisie. Au regard de ces actions concrètes sur le terrain, la candidature d’Emmanuel Macron est, à mon sens, la seule crédible, prenant en compte les particularités des Français de l’étranger. De plus, Emmanuel Macron a tenu à s’adresser directement à tous les Français de l’étranger dans une adresse qui leur était spécifiquement destinée.

Le programme complet, pour ces cinq prochaines années, sera dévoilé dans quelques jours, et inclura un nouveau contrat liant le gouvernement à nos compatriotes résidant à l’étranger. Jean-Baptiste Lemoyne, ministre délégué des Français de l’étranger, m’a redit cette semaine, au cours d’une réunion de la majorité, que les Français et Françaises résidant en Afrique seront pleinement pris en compte dans ce programme détaillé. Ainsi, je pense que la candidature d’Emmanuel Macron est, plus que toute autre, une candidature pour chacun de nos concitoyens, notamment pour les Françaises et Français résidant à l’étranger, preuve à l’appui !

Des comités de soutien à la réélection d’Emmanuel Macron ont été mis en place, notamment au Maroc. Comment sont-ils organisés et quels sont les moyens qui leur sont octroyés pour mener à bien leur mission ? Effectivement, des Comités de réélection d’Emmanuel Macron (CREM) ont été mis en place partout à l’étranger pour soutenir la candidature du président de la République. Avec Sophie Villaume, référente La République en Marche (LREM) de la 9e circonscription, j’assure la coordination de ces CREM. Pour assister le pilotage, quatre responsables ont été nommés, chacun endossant un rôle particulier. En ce sens, Mouhcine Benlhassen, coordinateur LREM pour le Maroc, est chargé de la Conformité de notre campagne sur le terrain avec à ses côtés Arthur Cheuhl. Sofiane Khelifa, coordinateur Algérie, s’occupe de la Mobilisation militante, Laurent Caizergues, élu Conseiller des Français de Tunisie, est notre directeur de la communication, et Tarik Darragi, coordinateur LREM pour la Côte d’Ivoire, est notre responsable des dons pour la campagne avec, à ses côtés, le président du Conseil consulaire à Abidjan, Jean-Luc Ruelle.

À cette équipe, s’ajoute Fatou Sagna Sow, coordinatrice LREM pour le Sénégal et responsable de la riposte politique, ainsi que Marie-Alix Valensi, coordinatrice LREM pour le Libéria et responsable des procurations. Enfin, nous retrouvons dans chacun des pays de ma circonscription, ou dans chacune des circonscriptions consulaires en fonction du nombre de Français résidents, un fondateur du CREM qui assure également des fonctions de mobilisation et de coordination des actions au niveau local. Ces comités sont d’ores et déjà structurés partout dans ma circonscription, de Casablanca à Bissau, en passant par Bamako ou Ouagadougou, et vont permettre de mener une campagne sur l’ensemble du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest.

Ils sont également très proches de ce qui est mis en place en France, au niveau local et national depuis le siège de campagne. Parfaitement impliqué, dans cette campagne présidentielle, ils sont de la campagne de notre candidat Emmanuel Macron. Ils poursuivent donc les mêmes objectifs et répondent à l’appel du Président : nous sommes les hussards sur le terrain pour la réélection de notre candidat.

En 2017, le candidat Macron avait remporté 93% des suffrages des FDE au second tour. La communauté expatriée représente-t-elle un véritable enjeu pour ce rendez-vous électoral ? Effectivement, la communauté des Français de l’étranger représente environ 1,6 million d’électeurs inscrits sur liste électorale consulaire, sur environ 3,5 millions de Français établis à l’étranger. Ma circonscription, la 9e, est celle des Françaises et Français établis au Maghreb et en Afrique de l’Ouest, regroupant plus de 100.000 inscrits en mesure de voter. En ce sens, les expatriés et les binationaux doivent être considérés comme un sujet d’intérêt national plus que comme un enjeu électoral ; ils sont une force à mobiliser. À chacun de mes déplacements, je n’ai eu de cesse de faire remonter leurs attentes et leurs réussites, que j’ai ensuite pu défendre au sein de l’Assemblée nationale. De plus, les Français établis dans les circonscriptions de l’étranger sont ce que la France fait de mieux à l’international. Les Alliances françaises et les Écoles françaises participent au rayonnement culturel de notre pays, à travers la francophonie, notamment. De même, les entreprises et les startups des Français de l’étranger favorisent, non seulement ce rayonnement culturel, mais aussi le développement économique, qui sera un axe majeur de cette campagne présidentielle. Comme Emmanuel Macron l’a écrit dans son mail adressé aux Français de l’étranger, «on voit souvent mieux depuis l’étranger la force du modèle français, la singularité de nos valeurs et la nécessité de s’engager pour les porter haut».

Après les présidentielles, viendront les législatives. Est-ce que vous allez vous représenter dans cette 9e circonscription ?

Le président la République française, Emmanuel Macron, a annoncé sa candidature à sa réélection il y a deux semaines. Je lui ai apporté mon plein soutien et je réitère ici ma confiance en lui, notamment dans cette période de crise, pour agir en tant que président de la République, quand il le devra, et candidat à l’élection, quand il le pourra. Les élections législatives se dérouleront les 12 et 19 juin prochain, soit dans près de trois mois. Je vois, ici-et-là, éclore des candidats métropolitains qui se réclament de notre circonscription. Je leur dis très sereinement à toutes et à tous, du calme ! Ne confondez pas les matchs. Rien n’est gagné !

Lors d’une réunion voilà quelques jours, avec Emmanuel Macron à Paris, nous étions autour de lui avec quelques députés sortants de la majorité présidentielle, et il nous a bien prévenus : «nos pires ennemis sont l’arrogance et l’abstention». Ainsi, dans un premier temps, il est nécessaire de se concentrer sur la campagne présidentielle afin d’offrir cinq années supplémentaires au président de la République pour présider la France, pour défendre nos valeurs, pour investir et pour développer notre économie et enfin pour poursuivre les transformations engagées. Évidemment, le temps de la campagne législative viendra, et il sera nécessaire de donner une majorité présidentielle pour mener à bien les futures réformes dont notre pays a besoin. Je vous dis à toutes et à tous : rendez-vous après le 24 avril !

Cette circonscription est d’ailleurs très convoitée par des candidats de tous bords. Pourquoi ?

Ma circonscription est unique, elle est innovante et attractive, et je mesure chaque jour tout le bonheur d’en être le représentant à l’Assemblée nationale. Je remercie également tous mes compatriotes qui y résident pour la confiance qu’ils m’accordent. Chacun de ces seize pays offre une multitude de paysages et de richesses culturelles devant lesquelles je ne cesse d’être ébahi. Premièrement, sa proximité géographique, pourtant hors de l’Union européenne, en est un formidable atout. D’ailleurs, durant les multiples longues périodes de fermeture des frontières ces deux dernières années, j’ai pu continuer à me rendre dans les pays de ma circonscription à la rencontre de mes compatriotes, ce qui ne fût pas le cas pour tous les continents.

Culturellement et historiquement, nos pays sont très proches et très liés. Les enjeux historiques sont passionnants et être un acteur de cette histoire attire les convoitises. Ensuite, cette région du monde regroupe toutes les problématiques globales actuelles : sociales, sécuritaires, économiques, environnementales. Le déploiement de troupes militaires françaises, le retrait récent du Mali de l’Europe et de la France, la présence de groupes terroristes armés en fait une région au cœur des enjeux politiques auxquels notre pays est confronté. Les partenariats économiques, tout comme les investissements liés à la présence de l’AFD, lui offre également une place essentielle au sein de notre politique de développement. La grande question climatique et écologique affecte en premier lieu le continent africain, le plaçant d’emblée au centre des politiques environnementales que nous devons mener.

C’est la plus belle circonscription du monde, dans tous les domaines et à toutes les échelles. Inévitablement, elle est donc une circonscription très convoitée. Mais je dis aussi à toutes ces candidatures, parfois un brin démagogique, attention, il y a aussi une réalité qui n’est pas celle décrite dans l’image en papier glacé. Il faut voir une population française qui se paupérise de plus en plus et qui n’est pas l’idée que l’on se fait d’un «expat». Il n’y a pas, sur ma circonscription, d’exilés fiscaux, par contre, je vois beaucoup d’exilés sociaux ! Des Français avec des petites retraites et qui ne parviennent pas à finir les fins de mois en France… J’encourage chacune et chacun à venir sur le terrain voir cette réalité avec moi.

Quelles sont les principales préoccupations des Français du Maroc ?

Les principales préoccupations des Français du Maroc se retrouvent dans la «Lettre de candidature» d’Emmanuel Macron. Cela vient confirmer ce que je vous affirmais plus haut : cette candidature est celle de tous les Français, y compris ceux résidant à l’étranger. Tout d’abord, les Français du Maroc me sollicitent très fréquemment concernant l’enseignement et l’éducation de leurs enfants. Les 40 écoles françaises du Maroc accueillent plus de 55.000 élèves.

Parmi elles, 19 sont directement gérées par le gouvernement français. Comme l’a annoncé Emmanuel Macron, et comme je me suis efforcé de le faire depuis le début de mon mandat de député, la priorité de ces cinq prochaines années pour la future majorité, sera donnée à l’école. Lors de chacun de mes déplacements, j’ai pu visiter ces nombreuses écoles et apprécier la qualité de l’enseignement qui y est dispensé et tous les projets qui y sont développés. Le second axe pourrait être celui lié à la santé, et particulièrement depuis la crise sanitaire. Tous les jours, nous recevons des sollicitations pour des problèmes de remboursement de soins, de vaccination, et d’accompagnement des personnes âgées. Plus largement, c’est la politique en matière de santé qui doit être repensée, notamment en renforçant la prévention.

Troisièmement, les Français rencontrent des difficultés dans leurs démarches au consulat. Le gouvernement a, par exemple récemment annoncé la mise en place d’une nouvelle plateforme pour simplifier la prise de rendez-vous. Les efforts pour simplifier le quotidien des Français de l’étranger doivent être poursuivis. Enfin, une dernière préoccupation récurrente des Français du Maroc est celle de la fiscalité. Une fois de plus, il faut mener à terme les réformes entamées pour permettre une meilleure fiscalité, mieux adaptée et mieux différenciée. Les Français du Maroc demandent à être traités comme les Français en Europe. Face à toutes ces préoccupations, il est essentiel de se rendre au plus proche de nos concitoyens et d’interpeller les administrations.

Après la crise sanitaire, voici celle liée à la guerre en Ukraine, et elle impactera forcément la situation de la communauté française du Maroc. Comment anticiper ces futures difficultés ?

Forcément, la situation actuelle impacte le Maroc et l’ensemble du monde. Nous pouvons évoquer ici les secteurs clés de l’agriculture et de l’énergie. Nous le savons, de nombreux pays dépendent des importations venues d’Ukraine et Russie, en céréales ou en gaz par exemple. Le Maroc est totalement en mesure d’anticiper ces difficultés, comme il le fait depuis de nombreuses années déjà. Le Royaume a su diversifier son économie, investir dans les petites entreprises, favoriser les partenariats multiples. La centrale Noor, plus grande centrale solaire au monde, en est l’un des symboles.

De même, il a massivement investi pour améliorer l’irrigation de ses cultures et réduire sa dépendance aux importations de céréales. La coopération et les partenariats développés entre la France et le Maroc sont également un atout majeur pour nos deux pays. Le 1er pays bénéficiaire de notre Aide publique est le Maroc. J’ai récemment rencontré M. Rezouaghi qui me disait à quel point notre coopération est une des plus vives au monde ! Il faut continuer à la développer dans le cadre du Nouveau modèle de développement.

Bientôt un retour à la normale ?

Les Marocains attendent, depuis plusieurs mois, le déblocage de la «crise» des visas. La décision du gouvernement français de réduire de moitié le quota des visas accordés aux Marocains a semé l’incompréhension parmi la communauté des affaires, les étudiants et les touristes. On nous promet un retour à la normale mais toujours rien de concret à ce jour. « J’ai interpellé, voilà quelques semaines, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, à ce sujet, lequel m’a fait une réponse chiffrée et circonstanciée.

La France attend la reprise de la coopération en termes d’immigration illégale notamment du retour des «illégaux» délinquants. Elle est disposée à reprendre la machine des visas qui, depuis l’année dernière, s’est totalement restructurée en deux grandes plateformes à Casablanca et à Rabat. Les questions techniques, qui ont été à l’origine du blocage, sont en passe d’être levées d’après les retours que j’ai. C’est une bonne nouvelle !», affirme le député M’jid El Guerrab. Il affirme être «conscient que cette situation engendre de grandes difficultés pour les Marocains, pour les proches de nos citoyens français et binationaux. La délivrance d’un visa est, certes, un acte administratif, mais qui relève aussi d’accords de coopération bilatérale».

Sami Nemli (Les Inspirations ÉCO)


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