Maroc: une campagne contre « la nudité » indigne

C’est quoi un homme? Question existentielle à laquelle, depuis la nuit des temps, les hommes essaient de trouver une réponse adéquate, selon leurs us et coutumes et leur vision de la pseudo « virilité ». Entre « Tu seras un homme, mon fils », titre du roman de Rudyard Kipling et « Couvrez-moi ce sein que je ne saurai voir » du Tartuffe de Molière, des internautes « bien-pensants » ont choisi la dernière option!

C’est ainsi que sur les réseaux sociaux a été lancée, il y a quelques jours, une campagne sous le hashtag « Koune rajal » (Sois un homme!). Il y est demandé aux hommes de veiller à ce que leurs femmes, leurs filles, leurs soeurs…. ne portent point des vêtements « serrés, choquants et indécents » et s’abstiennent de mettre des maillots de bain à la plage ou à la piscine. Et pour légitimer leur injonction à la gent masculine, ils font référence à des hadiths du Prophète dont l’un stipule que « toute femme qui enlève ses vêtements en dehors de la maison de son mari, en vérité elle a enlevé la sutrah (voile) entre elle et son Seigneur ».

Ces gardiens de la pudeur, par Web interposé, ont eu des milliers d’adeptes qui ont souscrit à leur injonction et ont fait leur le hashtag « Sois un homme! ». Ainsi, depuis le 9 juillet, date du lancement de cette inédite campagne à nos jours, ce sont plus de 3300 « J’aime » que la page a récoltés et 13500 internautes ont partagé la publication. De surcroît, d’autres pages ont pris la relève et se sont évertuées à propager le même discours sexiste, exigeant que les Marocains fassent à ce que leurs femmes cachent leurs charmes féminins s’il veulent être des… »hommes »! Alors, « sois un homme, ô Marocain et couvre tes femmes! ».

En revanche, d’autres citoyens se sont insurgés contre cette campagne qu’ils jugent misogyne et du fait d’intégristes obscurantistes et phallocrates. Evoquant la jeune fille marocaine des années 60 et 70, ils regrettent le temps où les Marocaines sortaient en robe ou mini-jupe sans que personne n’y trouvait à redire. Alors que maintenant, burqa et autre voile intégral, importés d’ailleurs, investissent l’espace public et font ressembler certaine gent féminine à des manchots de l’Antarctique.

Entre partisans et détracteurs de cette censure vestimentaire émanant d’une police des bonnes moeurs, nouvelle dans nos murs, qui ne dit pas son nom et veut imposer sa loi, l’été 2018 va être chaud, très chaud. « L’été s’ra chaud/Dans les tee-shirts dans les maillots », chantait Eric Charden. Au Maroc, il sera caniculaire avec cette nouvelle guerre vestimentaire où d’aucuns veulent imposer « de force » leurs choix, tandis que d’autres prônent la liberté individuelle de s’habiller comme on le veut. Cela ajoutera de l’eau trouble, polluée et polluante aux eaux de nos plages et de nos piscines. Aussi contribuera-t-il au débat houleux et vain, sous l’Hémicycle, sur le burkini, le bikini, le voile, ainsi que sur la discrimination physique et vestimentaire, épée de Damoclès sur la tête des libertés individuelles de tout un chacun.

Larbi Alaoui


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