Mariages marocains: Le parcours du combattant

Par Larbi Alaoui

Convoler en justes noces dans nos murs n’est plus une mince affaire depuis déjà belle lurette. Le mariage simple de papa-maman est de l’histoire ancienne, à jamais révolue, au grand dam des nostalgiques du bon vieux temps d’antan.

Place maintenant aux dépenses faramineuses, aux endettements que de longues années ne sauraient éponger et aux excès de tout genre et de tout poil! Il n’est donc pas étonnant que des Marocains choisissent de rester des célibataires endurcis, sans doute à vie. Il n’est pas non plus surprenant que des Marocaines, jeunes, belles et dont certaines ont une bonne situation professionnelle, préfèrent garder le statut de « célibattantes », un joli néologisme inventé par elles et qui leur sied à merveille.

Ne parlons pas d’autres Marocains des deux sexes qui ne pensent pas au mariage, même dans leurs rêves les plus fous pour différentes raisons sonnantes et trébuchantes. Au chômage, en arrêt de travail ou autre situation de précarité, ces trentenaires, voire quadragénaires, ont fait une croix (et un croissant de lune de miel!), une bonne fois pour toutes, sur le mot « mariage », tellement ce parcours de combattant est au-dessus de leurs maigres moyens et de leurs forces.

Pour les autres candidats aux liens sacrés du mariage, le quotidien Assabah a consacré un dossier de trois pages sur le phénomène du mariage à la marocaine, sous le titre éloquent et révélateur de « 9walab al a3rass », que l’on pourrait traduire par l’intitulé euphémique « Entourloupettes des mariages ».

Tout y passe et notre présent article ajoute ce qui a été omis! De la limousine longue et blanche, louée à des prix exorbitants avec chauffeur en livrée immaculée. Des « neggafates » grassement payées et leurs « 3amariyates », caftans, bijoux, des orchestres et des DJ entonnant chansons chaâbi, orientales et même, parfois, indiennes, payés rubis sur l’ongle. Les salles de fêtes rivalisent d’espace, de décor et de mobilier et sont quelque fois réservées des mois à l’avance de la date de cette soirée digne des contes des mille et une nuits. Bien entendu, les prix de location connaissent une hausse vertigineuse en juin, juillet et août et ne désemplissent pas, tout le long de la semaine et, spécialement, pendant les week-ends. Les traiteurs font de très bonnes affaires et présentent aux convives, tous tirés à quatre épingles, jus de toutes sortes, gâteaux et mets délicieux où le méchoui côtoie le poulet, le poisson , les fruits de mer et l’inévitable pastilla marocaine.

Tout cela pour que le mariage soit plus beau que celle de la voisine, de la cousine, de la rivale évincée. Pour clouer le bec aux « jaloux », pour faire mieux que telle famille fassie, marrakchie, tangéroise ou casablancaise. Un faste d’une arrogance et d’un ego démesurés!

Et la chambre d’hôtel 5 étoiles pour la nuit de noces où les jeunes mariée n’arrivent qu’aux aurores, accompagnés par un cortège de voitures klaxonnant à fond et faisant sursauter les citoyens de leurs lits ! Et la lune de miel, non plus à Agadir ou Martil, mais à Paris, Venise, Rome, Lisbonne ou Antalya! Démesure, luxe, lapidation d’argent, fanfarronade, de la poudre aux yeux sont les maîtres-mots du mariage à la marocaine.

Et si le proverbe de la sagesse populaire, que le journal rappelle, dit « que le mariage d’une nuit se prépare en une année », le mariage à la marocaine de nos jours, de ceux qui ont les yeux plus gros que le ventre exige beaucoup plus d’années pour que ses effets soient digérés! Sans oublier que quels que soient les moyens pécuniaires consentis pour la réussite de cette nuit exceptionnelle du couple qui a convolé aux justes noces, cette mauvaise habitude d’ingratitude manifeste de certains invités indélicats qui ne manqueront pas de critiquer telle ou telle chose, tel ou tel petit truc insignifiant!

Félicitations à tous les mariés des quatre coins du Royaume! Soyez heureux et ayez de beaux et (pas) de nombreux enfants!

L.A.




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