Lamrabet plaide pour une nouvelle lecture réformiste et féministe de l’islam

L’écrivain et l’érudite marocaine Asmae Lamrabet a plaidé, ce jeudi, pour une lecture réformiste et féministe de l’islam qui est porteuse, selon elle, d’une véritable espérance pour l’émancipation de la femme dans les pays musulmans.

Asmae Lamrabet, qui était l’invitée spéciale d’un séminaire en visioconférence organisé à l’occasion de la journée internationale de la femme par l’Ambassade du Maroc en Argentine et l’ONG argentine AFIFA.org, a estimé que cette réforme pourrait être menée à travers la mise en œuvre d’une « lecture éthico-spirituelle » de l’Islam qui soit en rupture avec la lecture patriarcale traditionaliste – encore prédominante aujourd’hui, selon elle – et qui a donné lieu à une pratique religieuse discriminatoire profonde » à l’égard des femmes.

Selon Lamrabet, dont le dernier livre porte le titre « le prophète de l’Islam et les femmes », a affirmé que la vision réformiste qu’elle propose pourrait contribuer à amorcer une lecture de l’égalité, de la justice et de la libération aussi bien des hommes et que des femmes, car elle ne fait que rééquilibrer et ré-harmoniser le féminin avec le masculin chez l’être humain », en sauvegardant la dignité de tout un chacun et le besoin de vivre en paix.

Selon l’argumentaire développé par la conférencière, cette nouvelle vision réformiste devrait être le reflet du « contexte » dans lequel vivent les pays musulmans, de « leur histoire, leur mémoire collective et leur propres traditions culturelles, avec évidemment leurs contradictions, mais sûrement avec leurs richesses indéniables ».

L’objectif de cette lecture consiste, selon Lamrabet à « décoloniser les esprits de ce double ordre: celui de se conformer à un modèle abstrait d’«émancipation universelle» et de s’affranchir d’une aliénation fataliste de leur propre culture ».

Aux nombreux griefs sur la place de la femme en Islam, tels la polygamie, le voile, 50% de l’héritage pour une femme ou encore la soumission des femmes aux hommes, Lamrabet fait le distinguo entre la source éthico-spirituelle révélée au prophète, d’une part, et les interprétations et autres compilations islamiques classiques médiévales qui étaient le « produit de leur environnement patriarcal humain, social et culturel ».

Pour sa part, l’ambassadeur du Maroc à Buenos Aires, Yassir Fares, a fait savoir que l’évolution de la cause de la femme au Maroc est le parfait reflet de l’évolution de la société et de sa profonde transformation sur les plans social, économique et culturel.

Il s’est dit convaincu que le leadership de la femme dans la société marocaine se renforce chaque jour davantage, avec une présence de plus en plus visible de la femme dans des secteurs, jadis, exclusivement masculins.

Les politiques genre au Maroc sont une « réalité irréversible », a affirmé l’ambassadeur, une réalité qui permettra aux générations futures de femmes d’aller de l’avant pour davantage d’acquis et d’épanouissement.

Imane Dryef, ministre-conseiller à l’ambassade du Maroc, a indiqué que les droits des femmes et la question de l’égalité des genres figurent en bonne place sur l’agenda du Royaume.

Elle a rappelé que dès les premiers mois du règne du roi Mohammed VI, le Souverain avait identifié quatre grands projets pour affronter les problèmes des femmes au Maroc. Il s’agit de garantir les droits économiques des femmes, freiner la violence genre, promouvoir l’alphabétisation des femmes et enfin féminiser le champ religieux.

Lors de ce séminaire organisé sous le thème « Femmes, Amérique Latine et Maroc », Marisa Birsher, du secrétariat pour l’égalité à la Mairie de Buenos Aires, a détaillé les programmes développés par la capitale argentine pour promouvoir l’égalité Homme/Femme à travers le triptyque : autonomie physique, autonomie financière et autonomie dans la prise de décision.

La co-organisatrice du séminaire Melody Amal Khalil Kabalan, a fait un survol historique des femmes qui ont marqué l’histoire du Royaume depuis Fatima Al Fihriya, fondatrice de la première université au monde, jusqu’à Aicha Echchana, en passant par Assayda Al Houra et Fatima Mernissi, entre autres.

Une autre intervenante, Silvia Perazzo, historienne et présidente de l’Association pour les Nations Unies en Argentine, a déstructuré les stéréotypes autour du Maroc et de son histoire, notamment son implication en faveur de l’émancipation des pays africains, y compris l’Algérie.

S’agissant de la cause des femmes, Perazzo, a souligné que les femmes au Maroc et en Amérique Latine partagent les mêmes problèmes en termes d’éducation des enfants et de conciliation entre travail et vie de famille.

Maria Noel Vaeza, Directrice régionale de ONU Femmes, a abordé les 17 objectifs inscrits dans l’Agenda 2030 des Nations Unies, notamment ceux relatifs à la promotion de la situation de la femme et l’égalité de genre en Amérique Latine, qui est un objectif transversal.

Cette feuille de route ambitieuse (Agenda 2030) prend en considération l’approche genre et intègre des indicateurs de mesure sur les avancées réalisées par les pays de la région, a-t-elle conclu.

M.S. (avec MAP)


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