Comment le Maroc infiltre la France: que cherche Marianne?

MarianneMarianne

“Comment le Maroc infiltre la France”: le titre vendeur de ce dossier concocté par Marianne suscite beaucoup de curiosité. Mais le magazine apporte-t-il du nouveau ou des révélations dans la relation Maroc-France? Éléments de réponse.

“Sur fond d’intérêts économiques et stratégiques, de droits de l’homme et de guerre contre le terrorisme, le Maroc n’a cessé d’étendre ses réseaux d’influence en France. L’élection d’Emmanuel Macron n’a pas changé la donne et de nouvelles figures incarnent désormais une diplomatie parallèle”, écrit Marianne en guise de présentation.

L’auteur de l’article, Valdimir de Gmeline, commence par avancer que les rapports très forts entre le Maroc et la France, entretenus depuis bien longtemps, sont inquiétants. Mais aucun argument n’explique réellement en quoi cela est inquiétant et l’auteur semble oublier que les relations Maroc-France, notamment économiques, sont positives pour les deux pays. Ce qui agace, c’est que Marianne dresse plutôt un tableau noir des relations Maroc-France, sans mentionner l’aspect positif des rapports entre nos deux pays.

L’article cite les “nombreux amis” qui sont en France et sur lesquels peut compter le Maroc, comme Elisabeth Guigou, Dominique de Villepin, Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn, Jamal Debbouze, Brice Hortefeux, Rachid Benzine, Najat Vallaud-Belkacem ou encore Gad Elmaleh.

LIRE AUSSI: Les Français du Maroc en colère contre Emmanuel Macron

Ces “amis” perpétuent donc l’ancestrale amitié qui unit les deux pays. Un soutien de Macron affirme au magazine “qu’à chaque nouvelle présidence, on observe l’arrivée de nouveaux acteurs”. Une affirmation logique puisque les visages changent et que les jeunes prennent la relève…

Le nouveau visage de cette nouvelle génération est incontestablement Leïla Slimani, récemment nommée représentante personnelle du président pour la francophonie.

Le numéro de Telquel, datant du 17 novembre et consacré à la visite du premier ministre français au Maroc, est cité par Marianne. “La plupart des anciens acteurs de la diplomatie informelle sont en train de quitter la scène” car l’actuel président français serait “rétif à la culture des réseaux et de la connivence, il préfère s’en remettre à un lien direct avec le roi”, peut-on lire.

Et Marianne de ressortir du grenier l’affaire Zakaria Moumni Vs Hammouchi, qui date de 2014. Histoire de rappeler que les relations Maroc-France n’ont pas toujours été un long fleuve tranquille, le magazine a jugé intéressant de relater cette affaire qui n’est pourtant plus d’actualité.

Marianne revient ensuite sur les mésaventures d’un entrepreneur français qui détient une maison d’hôtes à Taroudant. Il aurait été “spolié de ses biens, privé de son passeport et a dû se cacher durant vingt et un mois”. L’occasion de pointer du doigt le problème de la corruption et d’évoquer “les Français emprisonnés arbitrairement, arnaqués et dépouillés”. Faisant le parallèle entre le satellite espion lancé par le Maroc et le récent drame d’Essaouira, on se demande (encore) ce que cherche réellement à prouver le magazine qui semble avoir une dent contre le royaume.

Et pour corroborer son oeuvre, le journaliste ne manque pas d’évoquer l’affaire Leïla Aïchi. Arnaud Leroy, membre de la direction collégiale de LREM (La République en marche!) jusqu’à la semaine dernière, a fait savoir au magazine que “son parti a écarté Leïla Aïchi afin d’éviter un incident diplomatique” en précisant: “Vous êtes au courant de la susceptibilité extrême sur ce sujet de nos amis marocains qui nous sont très utiles dans la lutte contre le terrorisme”.

Par ailleurs l’hebdomadaire ajoute que c’est bel et bien “la première fois, sans doute, dans l’histoire politique française, qu’un pays étranger a officiellement pesé sur le choix d’un candidat par un grand parti politique. Un tel tour de force témoigne de la capacité du Maroc à mobiliser ses réseaux d’influence”.

Pourquoi Marianne a jugé intéressant de faire ce dossier? Pourquoi avoir ressorti d’anciennes d’affaires au lieu de parler en profondeur des récentes visites d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe? Le lecteur en ressortirait plus informé sur l’actualité des relations entre les deux pays.

Contacté par Le Site info, un acteur très investi dans les relations franco-marocaines, macroniste et lobbyiste, au courant de ce dossier depuis quelques mois, nous a déclaré que “ce type d’article est assez classique venant de Marianne. Cela constitue l’ADN du magazine du milieu gauchiste, voire même plus, et connu pour sa position anti-monarchique”. La même source nous confie qu’il y a aussi “un peu de gêne de voir des Franco-Marocains émerger”. Et de conclure: “Il faut avouer que le titre ainsi que la une sont assez provocateurs, mais sincèrement il n’y a pas grand-chose dans l’article, si ce n’est que les journalistes relèvent des faits et les ré-interprètent”.

Contacté par Le Site info, Jawad Kerdoudi, président de l’Institut marocain des relations internationales apporte quelques explications: “Ce qu’il faut tout d’abord indiquer, c’est que les liens entre le Maroc et la France sont très forts historiquement et géographiquement parlant. Car la France est notre premier partenaire économique: 1,5 millions de Marocains sont en France et la France est notre premier marché après l’Espagne”.

En ce qui concerne les réseaux, pour l’expert en relations franco-marocaines, “tous les pays constituent des réseaux. En relation internationale il n’y a pas de sentiments mais que des intérêts. C’est le cas de la France aussi”.

“Lorsqu’il y a un nouveau président, on essaie de se rapprocher des personnes influentes pour faire passer un message, bien sûr en parallèle des institutions. Tous les pays usent de cette diplomatie dite parallèle et celle-ci se fait par les artistes, les acteurs et les gens du spectacle… L’article de Marianne n’apporte vraiment rien de nouveau”, conclut-il.

Faiza Rhoul

Articles similaires

Suggestions d’articles

Conseil de gouvernement: ce qui est prévu jeudi prochain

Un Conseil de gouvernement se réunira jeudi prochain sous la présidence du Chef du gouvernement Saad Dine El Otmani.