Quelles mesures pour encourager les véhicules électriques au Maroc ?

Pour verdir le parc automobile marocain et encourager le recours aux véhicules électriques, plusieurs mesures doivent être prises, allant dans le sens de la mise en place du principe du « pollueur-payeur » et de l’utilisation des véhicules propres notamment dans le transport urbain, a souligné Khalid Ziani, directeur général de VTEEM, une société de location des véhicules électriques pour une longue durée, filiale à 100% du groupe Marita.

Si certaines mesures ont été déjà adoptées dans le cadre de la feuille de route de mobilité durable, préparée par le gouvernement, les collectivités locales et certaines entreprises, d’autres doivent être prises en considération comme l’inscription du taux d’émission du CO2 sur les cartes grises, a indiqué Ziani dans une interview à la MAP.

Cette mesure permettra d’ »identifier les véhicules qui émettent le plus de pollution et (…) d’instaurer des politiques de pollueur-payeur (….) pour élaborer des politiques de mobilité dans les villes où on peut restreindre la circulation des véhicules diesel, comme ça se fait dans certaines villes européennes ou aux Etats Unis », a-t-il expliqué, rappelant, dans ce cadre, que certains pays ont déjà annoncé l’interdiction, en 2025 ou 2030, de circulation des véhicules à énergie fossile.

Il faut aussi mettre une vignette sur le pare-brise qui indique le taux d’émission du CO2 du véhicule, a-t-il renchéri, estimant que la prime pour les taxis doit être conditionnée par le passage aux voitures électriques.

« Ça se fait dans plusieurs villes du monde. Il n y a pas une raison pour que l’on ne fasse pas au Maroc », a insisté le patron de VTEEM, mettant en garde contre l’impact urbain « très fort (des taxis, ndlr) sur la pollution de l’air ».

« Il faut que nos taxis deviennent électriques. Ça rendra service au chauffeur de taxi. Il gagnera plus d’argent parce qu’il paiera moins cher le carburant et ça rendra service à la population », a ajouté le DG de cette compagnie qui a lancé ses activités lors de la Conférence des parties à la convention-cadre des Nations-unies sur les changements climatiques (COP22) de Marrakech pour sensibiliser les Marocains aux avantages de la mobilité propre.

Il a aussi proposé que l’ensemble des appels d’offres des bus soit conditionné par la fourniture de véhicules propres, faisant savoir que la demande a été déjà formulée à certaines entreprises qui font le service de proximité auprès des citoyens et qui ont des parcs des entreprises d’Etat.

« Il est inconcevable qu’en 2018 une ville puisse émettre un appel d’offres sans mettre la condition que ces bus soient propres », a-t-il déploré, se réjouissant, toutefois, que cette mesure bénéficie de l’appui du gouvernement.

Dans la même veine, Ziani a relevé que l’Office national de l’électricité et de l’eau (ONEE), les services délégataires dans certaines villes et les régies doivent proposer un tarif spécial pour les bornes de recharge électrique, « comparable au tarif de l’éclairage public qui est un tarif réglementé ».

« Le particulier est soucieux de ne pas passer de la tranche 4, à laquelle il était habitué, à la tranche 6. (…). Si on lui dit que l’installation de la borne résidentielle chez lui va être tarifée au prix de l’éclairage public (tranche 2), il va être incité à installer une borne chez lui et il va adopter une voiture électrique », a-t-il expliqué, estimant que les grands opérateurs électriques « tardent un peu à adopter ce nouveau tarif réglementé ».

Quatre mesures ont été « prises courageusement » en vue de transformer le parc automobile en un parc propre et durable, à savoir la baisse des droits de douane, la réduction des frais de vignette à zéro, ainsi que la baisse des droits d’enregistrement et de la taxe de luxe, a-t-il noté.

Il a, dans ce cadre, vanté les avantages des véhicules électriques, notamment une nette contribution à l’environnement à travers un moteur électrique qui ne dégage aucune émission de CO2 et qui peut être alimenté par des sources d’énergie diverses et propres : solaire, hydroélectrique ou éolienne.

Les véhicules électriques « sont plus puissants que les véhicules thermiques, beaucoup plus réactifs, ont une puissance linéaire » et procurent une impression de « confort de conduite exceptionnelle », a souligné le patron de VTEEM, une compagnie qui offre à ses clients une location longue durée (LLD), incluant l’entretien, les assurances et les services, une formation d’une ou deux journées sur l’usage de ces véhicules, outre l’installation de bornes de recharge.

Hormis les cas de bornes de recharge publiques installées dans les stations-services ou dans des parkings de villes « qui permettent de rassurer le client lors de ses déplacements péri-urbains ou plus longs », la société installe une borne résidentielle « pour que chaque personne puisse recharger sa voiture quand elle remonte du garage », a-t-il indiqué.

Les voitures louées ont des batteries de 22kw, soit une autonomie qui oscille entre 150 et 180 km pour une seule charge, a-t-il précisé, ajoutant qu’elles ont la vertu du silence, de n’émettre aucune vibration et d’avoir une « puissance sous l’accélérateur qui permet de sortir des mauvaises situations ».

La société, dont les clients sont l’Agence d’aménagement de la vallée de Bouregreg (société de tramway de Rabat), SISTRA et des clients institutionnels, a été confrontée à des difficultés d’adaptation de la législation et de la réglementation, ainsi qu’à une lenteur pour faire adopter les mesures incitatives, pour éduquer, expliquer et sensibiliser les clients et les particuliers sur les avantages de « cette transformation (du parc automobile, ndlr) », a dit Ziani.

« Nous avons eu la chance d’avoir des concordances d’événements qui nous ont permis de résoudre cette problématique de sensibilisation et de prise de conscience, notamment la COP22 qui a joué un très grand rôle dans la réussite de vente de voitures électriques au Maroc », s’est-il rattrapé, se félicitant que son entreprise a « égalé certains pays parmi les plus avancés en termes de vente » lors de la COP22.

Le prix de location de ces voitures varie entre 4.000 et 6.000 DH/mois selon le modèle, la capacité de batterie et les bornes installées (rapides ou résidentielles – plus lentes), a-t-il révélé, faisant savoir qu’il y a une forte demande de la part des particuliers, mais l’offre « très compétitive » qui leur est dédiée ne peut voir le jour qu’après leur sensibilisation aux avantages de ces véhicules qui permettront aux « Marocains de ne plus subir ces augmentations de gasoil et d’essence sans pouvoir réagir ».

Pour l’année 2020, le patron de VTEEM a promis d’offrir aux collectivités territoriales, aux établissements publics, aux PME, aux corporations de taxis, aux services délégataires de bus et à toutes ses cibles les moyens de transformer leurs parcs en un parc totalement électrique ou propre, assurant que les véhicules électriques est la « seule alternative » à l’essence ou le gasoil dont la facture ne cesse d’augmenter et qui affectent la santé et contribuent à la pollution de l’air.

S.L. (avec MAP)




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