Groupe Renault: cap sur la relance

Groupe Renault

Optimisation des ressources humaines, amélioration de l’outil de production, réajustement des capacités industrielles vers le bas, rationalisation des fonctions support… tels sont les axes phares du plan de relance annoncé par Renault et visant à réduire ses coûts fixes de plus de 2 milliards d’euros sur 3 ans. Dans ce plan, le Maroc semble peu impacté, jusqu’à preuve du contraire.

Très attendu depuis plusieurs semaines, le projet de plan de relance du Groupe Renault est tombé la veille du weekend dernier. Une feuille de route «dont l’objectif est de réaliser une économie de plus de 2 milliards d’euros sur 3 ans et de constituer les bases d’une nouvelle compétitivité», explique la firme au losange dans un long communiqué. Avant d’entrer dans le vif de ce sujet d’actualité, il incombe d’abord de revenir quelques mois en arrière pour constater que le Groupe Renault, qui englobe cinq marques (Renault, Dacia, Renault Samsung Motors, Alpine et Lada), était en difficulté bien avant la crise de l’industrie automobile découlant du coronavirus. En effet, Renault avait annoncé en début d’année des résultats négatifs avec une baisse de 3,4% de ses ventes mondiales en 2019 et un résultat net ayant fondu de 3,3 milliards d’euros en 2018 à -141 millions d’euros en 2019. Depuis 2009, c’est la première fois que Renault affichait une perte nette! En fait, dans ce «contexte fait d’incertitudes et de complexité», c’est toute l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi qui a décidé de revoir ses priorités pour viser désormais la rentabilité plutôt que la course aux volumes.  Près de 15.000 suppressions d’emploi Or, pour redevenir compétitif (et donc rentable), le groupe français veut à la fois réduire ses coûts de développement, optimiser ses ressources ainsi que son outil industriel. Pour ce qui est des effectifs, Renault parle d’ajustements (nécessaires) plutôt que de «suppressions» et encore moins de «licenciements secs». «Ce projet d’ajustement des effectifs s’appuierait sur des mesures de reconversion, de mobilité interne et des départs volontaires. Il s’étalerait sur 3 ans et concernerait en France près de 4.600 postes auxquels s’ajouterait la réduction de plus de 10.000 autres postes dans le reste du monde», précise le constructeur dans un communiqué. Autrement dit, il sera question de départs volontaires ou à la retraite, non remplacés et qui seront réalisés en privilégiant le dialogue avec les partenaires sociaux et les collectivités locales.

Optimisation de l’outil industriel

Outre l’accélération de la transformation des usines par la généralisation des outils de l’industrie 4.0, dont la digitalisation, le groupe va aussi revoir ses capacités industrielles à travers le monde pour les ramener de 4 millions de véhicules en 2019 à 3,3 millions d’ici à 2024. Ce redimensionnement capacitaire vers le bas implique le réajustement des effectifs en France et la suspension de toute extension précédemment annoncée. C’est le cas en Roumanie et au Maroc, où cette question constitue le seul impact du plan de transformation de Renault (lire encadré). En France, plusieurs sites sont concernés par une éventuelle fermeture, cession ou reconversion. Il s’agit notamment des usines de Douai, Maubeuge, Flins et Dieppe. Les décisions seront prises après «une concertation approfondie avec l’ensemble des parties prenantes».

Repenser la gamme et l’électrifier

Même s’il ne le dit pas dans son communiqué, Renault devra aussi repenser sa gamme de produits, en accélérant son offensive en matière de véhicules électriques et de SUV. Le succès des Clio et Captur n’étant pas suffisant, il faudra revoir les SUV Kadjar et Koleos tout en électrifiant une bonne partie de la gamme via la technologie e-tech (hybride). En même temps, ces projets liés à la technologie électrique devront être localisés en France. Telle a été la condition posée par le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, pour l’octroi d’un prêt de 5 milliards d’euros de l’État français au groupe Renault qui a d’ailleurs été approuvé par la Commission européenne.
Enfin, l’optimisation des frais généraux et du marketing, notamment grâce à la digitalisation permettra de réduire les coûts liés aux fonctions supports à hauteur de 700 millions d’euros. Au total, ce sont plus de 2 millions d’euros de coûts fixes que ce plan vise à épargner sur 3 ans afin de permettre au groupe de renouer avec la rentabilité. En même temps, le coût estimé de la mise en œuvre de ce plan est d’environ 1,2 milliard d’euros, selon Renault. «J’ai confiance dans nos atouts, dans nos valeurs et dans la direction de l’entreprise pour réussir la transformation envisagée et redonner à notre groupe toute sa valeur en déployant ce plan», a confié Jean-Dominique Senard, président du Conseil d’administration de Renault. Et d’ajouter : «les évolutions projetées sont fondamentales pour assurer la pérennité de l’entreprise et son développement sur le long terme». «Ce projet doit permettre à terme d’envisager l’avenir avec confiance», a pour sa part commenté Clotilde Delbos, directrice générale de Renault par intérim, qui sera remplacée le mois prochain par Luca de Meo. Ce dernier, après la page tournée de Carlos Ghosn, aura à endosser le rôle de sauveur pour un losange en difficulté. Prévue le 1er juillet prochain, la prise de fonctions de ce brillant manager italien constituera, d’ici là, l’échéance la plus attendue.

Quel impact sur Renault au Maroc ?

Comme au Brésil et en Russie, Renault reste un groupe solide au Maroc où il compte des usines et maintient une forte part de marché. Sauf qu’avec le plongeon de la demande mondiale entraîné par la crise sanitaire du coronavirus, augmenter les volumes produits par l’usine Somaca serait une hérésie. «Le projet de doublement de la capacité totale de la Somaca annoncé en 2018 est venu en réponse à la demande des véhicules de la gamme Global Access», explique la direction de la Communication du Groupe Renault Maroc qui rappelle que son usine casablancaise est déjà passée d’une capacité de production de 80.000 véhicules en 2018 à plus de 100.000 véhicules par an en 2020. Du coup, la capacité industrielle installée du groupe dans le royaume est aujourd’hui à 440.000 véhicules par an répartie entre les sites de Tanger et de Somaca. Quid des emplois à l’avenir? À cette question, la même source déclare: «nous restons attentifs à tous les signaux de reprise et suivons de près l’évolution des mesures de restriction ainsi que de la conjoncture économique mondiale». Une réponse policée, mais logique, puisque plus de 90% de la production marocaine du groupe Renault est destinée à l’export.

Jalil Bennani, Les Inspirations ECO

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